Indélébiles – Luz

Comment raconter sa douleur, sa souffrance? Comment mettre en mots et en dessins un tourment si profond? Luz se prête à l’exercice pour exorciser son chagrin.

Difficile de reprendre son quotidien quand on a vécu l’horreur. Celle qui dépasse l’entendement et dont nous devons faire avec. Comment pouvoir imaginer que des hommes armés puissent pénétrer dans un journal et tirer sur tout le monde? La France n’est pas dans une zone de guerre. Tuer des journalistes, des dessinateurs, des secrétaires, des vigiles… cela n’a aucun sens. Même si certains diront que c’est à cause d’une représentation interdite par un culte. L’attentat de Charlie Hebdo a bouleversé le pays mais surtout ceux proches de Cabu, Charb, Tignous, Wolonski, Honoré, Elsa Cayat, Bernard Maris, Franck Brinsolaro, Moustapha Ourrad, Michel Renaud et Frédéric Boisseau. Ce mercredi 7 janvier 2015, Luz arrive en retard à la conférence de rédaction. C’est ce qui lui permis de ne pas être compté au nombre des victimes. Après avoir dessiné la couverture du post-attentat avec le message tout est pardonné, il quitte le journal satirique et le dessin de presse. Il concentre son travail sur des albums : « Catharsis », « Puppy », « O frères humains » et aujourd’hui « Indélébiles ».

Un titre au combien opportun car comment effacer ce douloureux souvenirs? Comment oublier ceux qui lui ont ouverts les bras quand il est arrivé à Paris? Comment accepter perdre ces amis sans un dernier au-revoir? Impossible de gommer ces personnes si drôles, si chaleureuses, si bienveillantes, ces souvenirs, ces moments passés… Luz partage son ressenti à travers ses insomnies, ses peurs, ses terreurs nocturnes…. J’ai été touchée par son admiration et sa tendresse pour Cabu. Un homme au physique qui n’a pas changé en 30 ans, très espiègle, joyeux et farceur. J’aimais aussi ces histoires et son dessin. Sa mort a été un vrai choc pour moi. Alors j’imagine la souffrance que Luz ressent. Il l’a aidé et soutenu dans sa progression de dessinateur. Le jeune garçon un peu gauche s’est ouvert comme une chrysalide. Petit à petit, on l’a mis sur des reportages, des enquêtes et Cabu lui a même appris à dessiner dans sa poche.

Charlie c’est plus qu’un simple journal. Tous participent, échangent, s’amusent, s’engueulent mais avec un seul objectif : rire et faire rire. Cela donne envie d’assister à ces moments si intense et loufoque à la fois. Et ce qui peut surprendre sont les sujets politiques et sociales abordés qui ne changent guère de nos jours. Cabu avait comme tête de turc Johny qu’il trouvait très ridicule. Je m’imagine bien ce qu’il aurait pu dessiné suite au cinéma qui a été fait lors de son décès. Cela me fait penser à une phrase quand les français ont adulé Johny comme d’autres avaient adulé Victor Hugo dans leur temps : « on a les héros qu’on mérite ». Aucun doute qu’il nous aurait fait quelque chose de mémorable. Luz partage ces 23 années dans la rédaction de l’hebdomadaire dans 320 pages. Un trait plus fougueux toutefois il n’abandonne pas le noir et blanc. La lumière comme l’obscurité brillent entre les traits faisant parfois apparaître la lumière douce ou intense. On se laisse porter par cette histoire personnelle au plus proches des émotions.

Une aventure humaine touchante, vive, passionnée pleine d’humanité, d’amour et d’humour.

2 réflexions sur “Indélébiles – Luz

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