Echanges avec Xavier Coste

Xavier Coste fait parti de ces dessinateurs qui possède une imagination et un trait de crayon incroyable. Après avoir raconté la vie d’Egon Schiele et de Rimbaud, il nous emmène dans le Paris 1900 au coeur d’un cambriolage et d’une histoire d’amour. Allons à sa rencontre pour en savoir plus sur le magnifique album « A la dérive ».  

Pourquoi as-tu choisi ce sujet de la crue sur Paris ?
Cela faisait plusieurs années que je collectionnais des photos de Paris pendant la crue de 1910, avec l’espoir de m’en servir un jour pour un projet. J’attendais d’avoir un élément déclencheur ! C’est en lisant des articles de presse de l’époque que je suis tombé sur cette histoire de braquage, qui a eu lieu quelques années auparavant. Je me suis librement inspiré de ce fait divers, ce qui m’a permis de le situer pendant la crue.


Comment construis-tu ton histoire, scénario et dessin ?
J’aime partir d’une base réelle (des photos ou bien des textes) et à partir de là broder une histoire et laisser parler mon imaginaire. Je commence toujours un projet en écrivant un court résumé de l’histoire et ensuite je pars directement sur un storyboard de l’album, ce qui est une sorte de crayonné. J’écris mes textes, mes dialogues, en même temps que je réfléchis à la mise en scène et au dessin. Souvent un auteur va écrire le scénario et ensuite passer au dessin, mais c’est important pour moi que tout se fasse en même temps. La création du storyboard est la phase la plus intense quand je crée car c’est véritablement là que tout se met en place.


Pourquoi avoir fait le choix de mettre des cadres noirs ?
J’avais envie de bousculer les cases et de tenter des choses sur cet album, en terme de mise en page et de dessin. A chaque page j’avais envie de me surprendre, et aussi de surprendre le lecteur. J’ai utilisé des cadres noirs souvent très marqués pour faire ressortir les dessins et l’architecture des pages.


Qu’est-ce qui t’a poussé à changer ta technique graphique pour cet album ?
Sur mes deux premiers albums je faisais mes armes et au niveau du dessin je privilégiais avant tout la lisibilité de l’histoire. Sur « A la dérive » je commençais à avoir plus d’expérience et j’ai senti que je pouvais me lâcher et essayer des choses nouvelles avec de la peinture et des effets de dessin que je n’avais jamais essayé ou oser faire jusqu’à ce moment. Cet album a été un vrai bonheur à dessiner, j’ai beaucoup expérimenté.


Cet album n’est-il pas une envie d’expression graphique avant d’être une histoire ?
Complètement, et dès le départ, car le moteur du projet était de dessiner Paris sous les eaux. J’ai voulu me faire plaisir en tant que dessinateur, mais je n’oubliais pas non plus que j’avais une histoire à raconter ! Ici l’histoire est un prétexte à dessiner des paysages que je souhaitais représenter, notamment la Guyane avec le bagne de Cayenne.


L’eau n’est-il pas quelque chose qui t’obsèdes ?
Certainement ! Mais c’est inconscient. Je me rends compte que ça revient très souvent sur mes derniers travaux…


Pourquoi avoir choisi une fin ouverte ?
Sur mes premiers albums l’histoire finissait toujours mal, et ça devait être le cas aussi sur « A la dérive », mais j’ai ressenti le besoin de finir autrement, d’où cette fin ouverte ! J’avais aussi dans l’idée de réaliser pourquoi pas une suite à cet album.


Est-il plus facile ou/et plus agréable d’imaginer une histoire que de faire des biographies, comme tes deux précédents tomes ?
C’est un travail différent, j’apprécie les deux, et c’est plutôt l’envie du moment qui va me guider soit vers une biographie soit vers une histoire originale. Les deux ont leurs avantages et leurs inconvénients. Une biographie ou une adaptation de texte va vous donner un cadre à respecter, ce qui peut être parfois contraignant (je pense par exemple à de la documentation d’objets, de vêtements, etc) et à contrario quand vous faites une histoire originale c’est à vous de fixer un cadre, de définir l’atmosphère et toute l’ambiance.

Chaque album représente pour moi un nouveau challenge, une nouvelle façon d’aborder les choses. Quand j’ai fait ma biographie sur Schiele j’avais très peu de documentation disponible, donc j’étais forcé d’inventer des choses, et à contrario sur Rimbaud comme la documentation est importante j’ai préféré rester fidèle.


Qu’est-ce qui t’inspire pour créer ?
Je regarde beaucoup de tableaux pour trouver l’inspiration notamment au niveau des couleurs. Et quand je travaille j’ai besoin de mettre de la musique et l’inspiration vient assez facilement.


As-tu de nouveaux projets ? Peux-tu nous en dire plus ?
J’ai plusieurs projets en route en ce moment, ce qui est vraiment une chance, mais malheureusement la bande dessinée est très chronophage et les choses n’avancent pas aussi vite que je le souhaiterais ! Chaque livre me prend environ un an. Ma prochaine bd est quasiment terminée. C’est un gros projet qui me tient énormément à cœur, une biographie romancée de Gustave Eiffel. Cette bd est scénarisée par un ami, Martin Trystram, et sortira chez Casterman début 2019.

Je travaille aussi sur l’adaptation d’un de mes romans préférés, c’est un projet que je traîne depuis plus de 10 ans et j’ai hâte de pouvoir en dire plus…

Un immense MERCI à Xavier Coste d’avoir bien voulu répondre à mes questions.

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