Fille de rien – Sylvain Ricard et Arnü West

La guerre change forcément les gens. Même au sein d’une famille, les liens du sang ne tiennent pas face à la politique. La libération de la France va donner au sens de l’honneur un arrière-goût amer de vengeance. Comment se reconstruire par la suite ?


4ème de couverture
C’est une photographie de Robert Capa, qui a incité Sylvain Ricard et Arnü West à écrire cet album.C’était en 1944, la France se libérait… En approchant au plus près l’intimité d’une famille ordinaire en proie à tous les déchirements dus aux horreurs de cette époque, ce récit sans concessions met en lumière toute la complexité des choix humains. Une subtile mise en garde contre le confort facile de la simplification.Mai 1944, aux environs de Lyon. Dans une grande ferme, cohabite toute une famille. Delphine vit dans le souvenir de son mari, mort pour la France en 1918, elle le vénère autant que le Maréchal, Philippe Pétain, le vainqueur de Verdun, le sauveur de la France. Elle règne en matriarche sur ses trois premiers fils et leurs épouses, son quatrième, lui, a rejoint la résistance et est entré dans la clandestinité. La guerre, il faut bien s’en accommoder, s’en arranger, alors on se débrouille, on fait ses petites affaires… Faut bien vivre. Et cette guerre a aussi créé des abîmes d’incompréhension entre les membres de la famille: on ne s’écoute plus, d’ailleurs, on ne se supporte plus. Les Alliés arrivent et avec eux, la fin de l’Occupation. Alors viendra le temps de l’épuration, celui aussi des règlements de compte, des basses vengeances et de la conscience tranquille.


Ce que j’en ai pensé ? 
Sous le même toit se trouve quatre frères, deux épouses, une mère et le portrait d’un père mort en 1918 aux côtés de Philippe Pétain. La guerre fait rage en Europe. Une partie de la France vit alors l’Occupation. Chacun vit cette période différemment ce qui explique les tensions au sein de la famille. Un frère est résistant et l’autre travaille dans une entreprise gérée par un allemand. La haine des uns entretient la rancune des autres. Alors quand la Libération est proclamée, la vengeance et la jalousie des hommes vont exploser. On va tondre des femmes et on va tuer des hommes sans autre tribunal qu’une balle sans sommation.

Sylvain Ricard et Arnü West ont choisi de s’attaquer à un sujet assez sensible et bien souvent tabou. Même s’ils traitent du sujet de la tonte des femmes, de la collaboration horizontale, des résistants, de la présence d’allemands dans les entreprises françaises… tout reste en surface. C’est regrettable qu’ils n’aillent pas au fond des choses. Difficile de pouvoir parler de tout et en plus y mettre une histoire avec autant de personnages. Au final, on n’a pas le temps de s’attacher à un personnage plus qu’à un autre et c’est bien dommage. On ne sent pas vraiment la tension de l’histoire tellement tout va vite. Alors qu’il y a tant à dire sur cette époque. Il ne manquait pas de braves français pour dénoncer les voisins, les amis ou autre pour se faire bien voir de l’occupant. Tout comme ces résistants de la dernière heure qui n’hésitèrent pas à mettre des brassards FFI après avoir enlevé leur discrète croix gammée. On tue sans réfléchir, sans juger et on tond des femmes sur la place publique comme exhortation à la colère. Toute cette frustration et cette haine explosent sur l’ensemble des citoyens. J’aurais aimé retrouvé toutes ces passions contradictoires dans le récit. La bande dessinée s’achève alors avec un goût d’inachevé. 

J’aurais apprécié une partie bonus à la fin de l’ouvrage. Comment voir cette couverture et ne pas penser à la photographie de Franck Capa. D’ailleurs, il semblerait que cela cette dernière qui a inspiré Sylvain Ricard. J’aurais aimé la revoir avec des explications fournies par le photographe par exemple ou le choix de l’auteur. On a des informations sur le nombre de personnes tuées après la guerre par des français en France, le nombre de femmes tondues, la fuite de Philippe Pétain et son gouvernement en Allemagne au château de Sigmaringen… Les informations complémentaires possibles à fournir ne manquaient pas. En plus, cela aurait donné de la consistance à la bd qui en manque.

Un choix de sujet qui est tout à l’honneur de l’auteur et du dessinateur. Toutefois, il manque de l’émotion ce qui empêche de sentir la hargne, la haine et la violence qui régnait à cette période. Dommage.

Sur le même sujet : Collaboration horizontale – Carole Maurel et Navie

2 réflexions sur “Fille de rien – Sylvain Ricard et Arnü West

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