Condor – Caryl Ferey

Le roman de Caryl Ferey n’est pas une ode au condor planant sur les Andes. Mais c’est la référence au terrible plan Condor. Un projet visant à l’élimination de tout opposant politique dans de nombreux pays d’Amérique latine, soutenu par les Etats-Unis. Sous ces meurtres impunis, se cachent des familles en peine. C’est au cœur de cette souffrance que l’auteur a décidé de planter le décor de son récit. Sueurs froides, larmes et dépaysement garantis.


4ème de couverture
Condor, C’est l’histoire d’une enquête qui commence dans les bas-fonds de Santiago, submergés par la pauvreté et la drogue, pour s’achever dans le désert minéral d’Atacama…
Condor, c’est une plongé dans l’histoire du Chili, de la dictature répressive des années 1970 au retour d’une démocratie plombée par l’héritage politique et économique de Pinochet…
Condor, c’est surtout une histoire d’amour entre Gabriela, jeune vidéaste mapuche qui porte l’héritage mystique de son peuple, et Esteban, avocat spécialisé dans les causes perdues, portant comme une croix d’être issu d’une grande famille à la fortune controversée…


Ce que j’en ai pensé ? 
J’avais été tellement bouleversé après la lecture de « Mapuche », qu’il m’a fallu un peu de temps pour me replonger dans un livre de Caryl Ferey. L’auteur voyageur a une plume aussi délicate qu’assassine. Il vous plonge au cœur d’une histoire où les barrières de la fiction et de la réalité se troublent. Pas besoin de toujours imaginé le pire de l’homme. Il suffit de connaître un peu l’Histoire et un panel d’exemples pour horribles les uns, les autres apparaissent et toutes époques confondues. En plus, on apprend toujours de ce qui a été fait avant pour être plus performant dans la torture et la dissimulation.

Alors après l’Argentine avec le poignant roman « Mapuche », voici « Condor » avec comme destination le Chili. L’auteur nous met au plus proche de toutes les couches de la population, celles des laissés pour compte, des trafiquants, des politiques, des hommes de pouvoir, des hommes corrompus, des avocats, des croyants, des perdus, des rêveurs, des désespérés, des égarés… Vous ne prendrez pas les chemins touristiques. Il va vous dévoiler la géographie de l’intime, du vrai. Vous allez vous immerger au cœur des blessures et vous entendrez les cris silencieux de la souffrance. Le destin des Mapuche croisera celui d’anciens tortionnaires, d’avocats celui de dealers, d’anciens rebelles celui de croyants. Les voix du destin se croisent et exhument les ravages d’un passé horrible qui pèse encore sur les mémoires. Toutefois, de ce dénuement naît des amitiés, de la solidarité, de l’Amour. Certains refusent de se résigner et se battent à leur façon pour faire survivre un brin d’espoir.

Entre amour et mort, rêve et la réalité, drogues et songes chamaniques, mort et survie, corruptions et honnêteté, horreur et courage, Condor est un envoutant roman que vous ne pourrez refermer indemne.

Lire l’avis de Collectif Polar : « Du grand Ferey une fois de plus ! »

Lire l’avis de Gruznamur : « Un livre de Férey est toujours un voyage. Un voyage dans l’espace et dans le temps. Un périple à travers la nature humaine aussi, avec ce qu’elle peut avoir d’excessive. »

Lire l’avis de Sous l’avis la page : « On y laisserait des larmes de douleur et d’empathie. On pourrait s’y noyer sans espoir d’en réchapper. Mon investissement devait être trop instable et ce roman d’une qualité d’écriture criante a glissé de mes mains sans que je cherche à le retenir ni que j’en comprenne le pourquoi. »


Extrait
« L’ambiance était électrique Plaza Italia. Fumigènes, musique, chars bariolés, les hélicoptères de la police vrombissaient dans le ciel, surveillant d’un œil panoptique les vagues étudiantes qui affluaient sur l’artère centrale de Santiago.

Gabriela se fraya un chemin parmi la foule agglutinée le long des barrières de sécurité. Elle avait revêtu un jean noir, une cape de plastique transparent pour protéger sa caméra des canons à eau, de vieilles rangers trouvées aux puces, le tee-shirt noir où l’on pouvait lire : « Yo quiero estudiar para no ser fuerza especial* » : sa tenue de combat.
C’était la première manifestation postélectorale mais, sous ses airs de militante urbaine, Gabriela appréhendait moins de se frotter aux pacos – les flics – que de revoir Camilla.
Elles s’étaient rencontrées quelques années plus tôt sous l’ère Pinera, le président milliardaire, lors de la révolte de 2011 qui avait marqué les premières contestations massives depuis la fin de la dictature. Ici l’éducation était considérée comme un bien marchand. Chaque mensualité d’université équivalait au salaire d’un ouvrier, soixante-dix pour cent des étudiants étaient endettés, autant contraints d’abandonner en route sauf à taxer leurs parents, parfois à vie et sans garantie de résultats. À chaque esquisse de réforme, économistes et experts dissertaient sans convoquer aucun membre du corps enseignant, avant de laisser les banques gérer l’affaire – les fameux prêts étudiants, qui rapportaient gros. »
(*« Je veux étudier pour ne pas faire partie des Forces spéciales »)

6 réflexions sur “Condor – Caryl Ferey

  1. Pingback: Challenge lecture 2018 – 100 chroniques livres | 22h05 rue des Dames

  2. Je n’ai lu qu’un roman de l’auteur… et après, j’avais besoin d’air. Je réessairai un jour parce que ça m’a l’air d’être tout aussi difficile comme lecture.

  3. Pingback: Bilan culturelle Février 2018 | 22h05 rue des Dames

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s