10 jours dans un asile – Nellie Bly

Il y a des femmes lorsqu’on leur dit qu’elles sont incapables, prennent le taureau par les cornes. Nellie Bly fait partie de ces femmes pour qui rien n’est impossible. D’ailleurs, elle sera une pionnière dans le journaliste d’investigation. Elle n’hésitera pas à se faire interner pour dénoncer les mauvais traitements dans les asiles, parler des mauvaises conditions de travail dans les usines ou dans le recrutement des bonnes. Vous voulez en savoir plus ?


4ème de couverture
Engagée en 1887 au journal New World du célèbre Joseph Pulitzer, Nellie Bly se voit confier une mission pour la moins singulière : se faire passer pour folle et intégrer un asile, le Blackwell’s Island Hospital sur Roosevelt Island à New York. Intrépide, courageuse et soucieuse de dénoncer les conditions des laissées-pour-compte, elle accepte le défi et endosse le rôle. Elle reste dix jours dans l’établissement et en tire un brûlot. D’abord publié en feuilleton, ce reportage undercover met en lumière les conditions épouvantables d’internement des patientes ainsi que les méthodes criminelles du personnel. L’oeuvre de Nellie Bly, jusqu’alors inédite en France, marque la naissance du journalisme dit « infiltré » et préfigure les luttes pour l’émancipation des femmes.


Ce que j’en ai pensé ?
J’avais déjà découvert le travail de Nellie Bly lorsqu’elle tenta de faire le tour du monde plus rapidement de Philéas Fogg. Même si l’image d’une femme libre pour moi, est celle d’une femme qui peut se débrouiller totalement toute seule ne se retrouve pas vraiment dans le récit. Toutefois, c’est la liberté pour une femme américaine de la fin du 19ème siècle. La conception alors est bien différente et ce qu’elle ose faire défi les règles de vie des hommes. Une fois encore, elle prouve au directeur du journal et à ces homologues masculins qu’elle peut faire du journalisme d’investigation tout assumant sa féminité.

On peut comprendre l’appréhension qu’elle a pu ressentir pour aller se faire interner. Mais l’envie était là et elle est arrivée sans trop de peine à se faire interner. Elle ne s’attendait pas à l’enfer qui l’attendait. Diagnostics non approfondis, manque d’écoute, maltraitances physiques et psychologiques… voilà la vie quotidienne dans ce lieu où l’espoir ne devient plus qu’un mot. Il ne lui a pas fallu très longtemps pour se rendre compte de la misère et très vite elle en est sortie avant de prendre la folie comme compagnon. Aussitôt sortie, elle a dénoncé haut et fort cette injustice. Mais lors de visite de constatation tout était propre et les gens étaient respectés. L’illusion n’a pas été assez convaincante. L’état a décidé de renforcer les contrôles et de donner plus d’argent pour ces institutions.

Je me suis posée la question si l’argent permettait de donner plus de considération aux gens. Les gens malhonnêtes existent en haut de la pyramide et s’ils prennent l’argent, cela ne changera rien. J’aurais aimé savoir ce qui s’est passé réellement à la suite du scandale de son reportage.  Malheureusement, ce n’est pas une édition augmentée qui donne plus de contexte à l’histoire.

Il y a quand même deux autres enquêtes, bien moins passionnantes, dans cet ouvrage. Les textes sont beaucoup plus courts mais sont le reflet d’une époque où on n’hésitait pas à exploiter les jeunes filles seules en quête de travail et celle qui était à l’usine. A travail égal, les femmes gagnaient beaucoup moins, ce qui d’ailleurs n’a pas trop changé. Et en plus, elles avaient le droit à avoir des avances des mecs de l’usine ou du patron. Chose qui existe encore de notre société moderne. Elle met dans ces deux enquêtes ces femmes qui sont courageuses qui se battent pour gagner un peu d’argent pour leur famille et survivre. Une pauvreté qui n’est pas sans rappeler les romans d’Emile Zola. J’aurais aimé en savoir sur les conditions de ces femmes, si les articles de la journaliste faisaient bouger quelques choses. Ces immersions sont assez brèves et me semblent bien trop courtes pour vraiment s’imprégner d’un monde plein de noirceur et d’injustice. Mais je le regarde avec un œil d’une femme du 21ème siècle. Il est possible que ce fût la technique de l’époque et que tous faisaient ainsi. Je pense qu’il va falloir que je mène mon enquête sur la presse du 19ème siècle en général.

Une lecture intéressante qui nous donne un regard critique sur une période de l’histoire. Et aussi qui rappelle qu’il a fallu bien des femmes courageuses pour prouver que les Femmes étaient tout aussi capables que les hommes.

Lire ma chronique du Le tour du monde en 72 jours 

5 réflexions sur “10 jours dans un asile – Nellie Bly

  1. Pingback: Challenge lecture 2017 – 300 chroniques livres | 22h05 rue des Dames

  2. C’est un livre qui est depuis un moment dans la WL ; il semble très intéressant, même s’il manque un petit quelque chose d’autre toi. Ses articles (je pensais qu’il n’y avait qu’une enquête dans ce livre) ont dû être une goutte d’eau dans le vase ; ils n’ont pas bouleversé les choses mais y ont grandement aider. En tout cas, son article sur l’asile semble, quant à lui, avoir vraiment fait bouger les choses tant il a fait scandale (d’après la page Wikipédia de Nellie Bly).

    • Il a fait scandale mais j’aurais voulu savoir ce que cela a fait changer par la suite. J’aurais voulu savoir si concrètement il y a eu des changements. Les asiles ont eu plus d’argent mais cela ne veut pas dire plus de considération. J’aurais aimé un petit plus d’infos sur les modifications, sur même une évolution des mentalités.

      • Sur Wikipedia (je n’ai pas cherché plus loin pour l’instant), il est dit : « [L’article sur les hôpitaux psychiatriques] amènera un changement radical des pratiques. » Ca reste assez vague, je te l’accorde.

  3. Pingback: Bilan culturelle d’octobre 2017 | 22h05 rue des Dames

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