Aurélia, une sportive à l’épreuve des roulettes

Joyeux Johan

Aurélia n’est pas seulement une blogeuse talentueuse que vous connaissez peut-être sous le nom de Ma Lecturothèque. C’est également une sportive aguerrie  qui n’hésite pas à enfiler ces patins pour donner le meilleure d’elle-même sur une piste. Allons à la rencontre d’une joueuse de roller derby qui pourra nous en dire plus.


Tu peux nous présenter rapidement le roller derby?
Le roller derby est un sport de vitesse et de contact se jouant généralement durant deux manches de 30min chacune. Ces manches sont découpées en « jams » qui ne peuvent pas dépasser les 2min.

Avant d’aller plus loin, parlons des joueuses : deux équipes s’affrontent sur le « track » (une piste ovale). Une équipe est constituée de 14 joueuses maximum, mais les 14 ne vont pas sur le track simultanément (ce serait vite un sacré bordel). A la place, chaque équipe envoie un groupe de 5 joueuses, constitué de 1 jammeuse (elle marque les points) et de 4 bloqueuses (elles empêchent la jammeuse adverse de passer et tentent d’aider la leur). Les bloqueuses des deux équipes forment un pack dont elles doivent respecter les distances (vous ne verrez donc jamais une bloqueuse faire tout le tour du track pour récupérer la jammeuse adverse). A chaque fin de jam, un nouveau groupe de joueuses est envoyé sur la piste.

Comment faire pour empêcher les adversaires de passer, de marquer des points ? Eh bien on peut les coincer derrière nous, faire rempart, mais on peut aussi taper. Mais pas n’importe comment ! On peut donner des coups avec les hanches et les épaules, on peut en donner sur les côtés, dans le buste… Toutefois, interdiction de frapper à la tête, dans le dos ou en dessous de mi-cuisses. Il est aussi interdit de faire barrage avec les bras ou de faire des croches-pattes… C’est très réglementé car c’est un sport qui peut vite être dangereux si on n’obéit pas aux règles. Il y a d’ailleurs beaucoup d’arbitres (en patins) autour de la piste pour surveiller tout ça.
Le jam commence, le coup de sifflet est lancé. Les jammeuses s’élancent et la première à sortir du pack obtient le « lead » : elle pourra donc arrêter le jam quand elle voudra (si elle ne le fait pas, il s’arrêtera automatiquement au bout des 2min). C’est ce qu’on appelle le passage initial. Vient ensuite le (ou les) passage(s) marquant(s) : la jammeuse peut commencer à marquer des points pour son équipe. Pour cela, elle doit prendre un tour d’avance sur les bloqueuses adverses dans les limites du track et de façon légale (c’est à dire sans faire de fautes). En dépassant les hanches d’une joueuse, elle marque un point.
Pour quelles raisons arrêterait-elle le jam en cours ? Si son adversaire la talonne, il vaut mieux marquer peu ou pas de point plutôt que de la laisser en marquer elle aussi. Ce peut aussi être pour commencer le jam suivant dans les meilleures conditions, ou parce qu’elle est fatiguée… Les raisons sont multiples.
Une fois le match terminé, c’est l’équipe qui a le plus de points qui a gagné.
Il y aurait encore plein de choses à dire, mais le mieux est de regarder des matchs pour bien intégrer tout cela, découvrir les subtilités, etc.
Souvent, les organisatrices proposent un dépliant expliquant les règles, mais il est aussi possible de demander aux personnes présentes dans le public de vous expliquer l’action.

Comment as-tu découvert le roller derby? 
J’étais encore à Rennes quand j’ai découvert ce sport. Une connaissance d’un groupe queer et féministe en parlait tellement que j’ai commencé à m’y intéresser. J’avais déjà vu le film Bliss de Drew Barrymore avec Ellen Page, et j’avais trouvé ça cool, mais uniquement en film : je n’avais pas envie de me prendre des coups de coude dans le nez ! Mais voilà, cette pote m’a rassurée : il y a énormément de règles au roller derby, justement pour veiller à la sécurité des joueuses, et du coup ça ne ressemble pas à ce qu’on voit dans le film.

J’avais auparavant fait 9 années de patinage sur roulettes en groupe, du coup rechausser mes patins et faire un sport collectif, ça me tentait bien. Alors à la rentrée je suis allée au premier entraînement, j’ai découvert les règles, etc. J’ai vite été une mordue de roller derby !

Depuis combien de temps joues-tu? 
J’ai commencé à la rentrée 2011, j’entame donc ma sixième année, dont 4 ans ½ passés à Paris.


Dans quelle équipe joues-tu? Depuis combien de temps joues-tu dans cette équipe? 

J’ai commencé à Rennes, et désormais je joue au sein des Paris Rollergirls, dans l’équipe C : les Sans Culottes. Notre équipe B s’appelle Les Quedalles, et notre équipe A, ce sont les All Stars.
Au tout début, il n’y avait que l’équipe All Stars, mais quand je suis arrivée, l’équipe Quedalles existait déjà. En revanche, il manquait régulièrement de joueuses, alors j’ai fait quelques matchs avec cette équipe pour faire des remplacements. Puis une troisième équipe a été créée et je l’ai intégrée il y a un peu moins de trois ans.

Qu’elle est ton poste?
Il existe trois postes au roller derby : la personne qui marque les points est appelée jammer (jammeuse), elle a un couvre-casque avec une étoile. Les personnes qui vont empêcher l’adversaire de marquer des points sont les blockers (bloqueuses). Et puis il y a celle qu’on appelle pivot : elle a une bande sur le casque. Cette personne est une blocker avec un avantage : elle peut devenir jammer pendant un jam.

Je suis essentiellement blocker, mais il m’arrive d’être pivot.

Qu’elle est ton surnom et pourquoi ce dernier? 
Jusqu’à récemment, c’était Demi Déesse (une blague entre copines). Mais j’ai changé parce que j’ai pensé à un jeu de mots et je voulais absolument l’utiliser : Loki d’Or. Toujours en référence avec la mythologie, mais ça vient aussi d’une expression française (« il faut se méfier de l’eau qui dort »), et enfin « d’Or » et non pas « dort » parce que l’origine latine de mon prénom signifie « doré ».


Est-ce que tu as beaucoup de bleus et bosses? 

Oh là là ! Oui ! J’en ai surtout sur les jambes, mais il m’arrive d’être un véritable dalmatien au niveau des bras, car on se soutient avec et il arrive que certaines aient une poigne assez puissance. Toutefois, mes plus gros bleus viennent souvent du fait que je me cogne dans un meuble – c’est moins glorieux.

Qu’est-ce que ce sport t’apporte? 
En dehors que le sport en général soit un défouloir, il me permet surtout de travailler les stratégies, chose que j’aime que ce soit dans les jeux de société, les jeux vidéo… et dans le sport aussi. Lire le jeu adverse, rester concentrée du début à la fin, se dépasser… Ca apporte beaucoup de challenge et j’aime ça.


Le roller derby, c’est une sorte de grande famille : il y a des gens avec qui on est super proches et d’autres moins. Je me suis fait de super copines et j’adore mes coéquipières !
On a aussi l’occasion de voyager régulièrement, mais malheureusement, la plupart du temps, on ne voit que l’aéroport/la gare et le gymnase. Cela dit, j’ai eu la chance de visiter Madrid l’année passée, d’aller à Londres, de voir Dublin et la côte irlandaise, de me baigner à Nice et d’y manger des pizzas sur la plage avec les copines… C’était vraiment chouette, ce sont de super souvenirs !


Que dirais-tu à quelqu’un qui veut faire du roller derby? 
Apprendre le roller derby, ça peut être difficile car tout le monde ne progresse pas de la même façon ; certaines filles sont aptes à jouer au bout de 4 mois par exemple, alors qu’il faut plus d’un an à d’autres. Dans tous les cas, il ne faut rien lâcher : quand on commence, on tombe, il y a toujours une fille qui patine plus vite que tout le monde, etc. Mais ce n’est pas grave parce que même si on ne s’en rend pas forcément compte, on progresse nous aussi. On apprend plein de choses et il y a toujours quelqu’un.e pour nous soutenir.

Il faut regarder les pages Facebook des ligues les plus proches de chez soi : certaines proposent des ateliers d’été, comme ça il est possible d’essayer et voir si ça plaît ou non.
Quant au matériel, inutile d’investir dans quelque chose de cher dès le début : mieux vaut se laisser 6 mois ou un peu plus avant d’acheter les patins dernier cri. En revanche, là où il ne faut pas lésiner, ce sont pour les protections, notamment au niveau des genoux et du casque. Il ne faut pas hésiter à se renseigner auprès de spécialistes (Le Passage des Etoiles, HawaiiSurf…).

Est-ce que tu peux nous conseiller des livres autour de ton sport? 

Il existe pas mal de livres en anglais, mais en France, c’est un peu désertique. Dans les bouquins parus chez nous, et parlant du roller derby tel que nous le connaissons (à peu près, car il y a eu quelques modifications de règles depuis le temps), il y a le roman Bliss, métamorphose d’une fille ordinaire de Shauna Cross qui a inspiré le film Bliss. Il y a aussi Pure Fucking Roller Derby du français Will Argunas, c’est un livre axé sur Les Simones, l’équipe d’Orléans. Et puis il y a un comics sorti en France fin 2016, aux éditions 404 : Roller Girl, de Victoria Jamieson. Il parle du derby, de l’adolescence, de l’amitié… J’ai beaucoup aimé !

Le roller derby inspire aussi des univers fictifs et je pense notamment à la BD Trish Trash, Rollergirl sur Mars (dont j’attends toujours le deuxième tome!) de Jessica Abel et à la novella Mortal Derby X de Michael Roch, qui réinvente le sport pour quelque chose de plus violent, avec une histoire de vengeance…

Quand est-ce que l’on peut venir voir ton équipe? 
Pour suivre toute l’actualité des Paris Rollergirls, il y a la page Facebook . Les Sans Culottes joueront les 18 et 19 novembre à Dijon dans le cadre du Championnat de France (Nationale 2) et ce même week-end, les All Stars et les Quedalles iront jouer à Manchester !

Un grand merci à Aurélia d’avoir répondu à mes questions 🙂
Lire mon billet sur le match Les Quedalles/All Blocks

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s