Des femmes qui tombent – Pierre Desproges

Voilà que dans un village français les femmes tombent comme des mouches. On en retrouve partout. Il ne reste qu’une seule survivante et cela attise des regards d’hommes entre envie et jalousie. Que se passe-t-il ? Quelqu’un va-t-il trouver la raison de ces morts inexpliquées ?


4ème de couverture
Ce ne sont pas les mouches qui tombent, mais les femmes : un tueur en série sévit à Cérillac. Seul indice : tous les corps ont été piqués par un moustique – pas n’importe lequel – un anophèle femelle. Pour le villageois qui s’ennuie, la mort d’une voisine est toujours une aubaine…


Ce que j’en pense ?
L’ambiance extérieure est un peu morose en ce moment. Une pause lecture un peu drôle s’impose. C’est alors que le plus grand des hasards m’a fait poser les yeux sur une couverture verte. Le nom de l’auteur me surprend. Je ne savais pas que Pierre Desproges avait écrit des livres. Pardon, il n’a pas écrit des livres. Il a écrit un seul et unique roman en 1985, avant qu’on lui diagnostique son cancer. Alors rien d’étonnant à ce que l’histoire soit complètement capilotractée. Des femmes qui tombent comme des mouches à cause d’anophèles femelles, il fallait y penser. L’humoriste montre encore son amour des femmes à travers les morts d’Adeline Serpillon, la mercière, Monique Poinsard, la secrétaire de mairies…. Et puis, c’est elle, LA FEMME qui sera à l’origine de la destruction du monde. Et oui, un monde sans homme est gérable avec quelques éprouvettes. Mais un monde sans femme est impossible. 

Les hommes ne sont pas tellement mieux au final. Il y a le médecin alcoolique, les politiques menteurs, un boucher qui apprécie trop les poncifs, un journaliste orgueilleux, un curé libidineux… Parfois, la description peut pencher vers le pléonasme. Il n’avait pas son pareil pour décrire son prochain qu’il aimait dans toute son imperfection.

Je me demandais pourquoi avoir choisi la couleur verte pour la couverture puis très vite j’ai compris. J’ai été surprise de découvrir la présence d’un extraterrestre. Tout est montré sur la couverture. Des femmes de jambes en l’air pour illustrer le titre et un discret moustique. Mais dans la couverture intérieure, très jolie, un fond rouge avec que des moustiques. Le message était là, ça va saigner grave. Puis le médecin alcoolique a vu les traces de piqure ainsi que quelques insectes volants non identifiés. Etrange pour la saison et pour le Limousin. Personne ne veut écouter ces théories.

L’idée est originale dans la loufoquerie toutefois je reste un peu sur ma faim. Même si c’est assez subtile la fin qui a été choisi. Tout s’impose en première partie pour aller un peu trop vite et dans tous les sens dans la seconde partie. Mais ce qui est très appréciable est l’écriture. Les jeux de mots, les doubles sens, néologismes… rappellent le talent de l’humoriste. J’ai rigolé bien des fois de ce qu’il a osé écrire. Parfois, le récit devient secondaire devant un bon mot. Le politiquement très incorrect s’applique aussi ici. Lire ce roman, c’est plongé dans une vraie bulle où les mots vont prendre des sens pour rire noir (et bleu, blanc rouge) et déranger.

J’ai adoré ce court roman qui m’a fait rire et qui m’a rappelé l’importance des mots. Cette solide maîtrise de la langue française, de l’histoire avec un sacré esprit tordu ne peut qu’embarquer le lecteur vers un ailleurs qu’il n’a jamais connu. Il ne Desproges pas à la règle. « Les femmes qui tombent » est une expérience de lecture qui ne pourra pas vous laisser indemne. Bzzzz…


Quelques bons mots 
« Ces deux femmes, pour tout dire, se promenaient dans la vie provinciale hors des sommiers battus, des thés confits notariaux et des soupers cravateux boudinés où de sobres paons subesculapiens, accoudés aux cheminées Louis XV de leur manoir héréditaire, un verre en main et l’autre dans le nez, pérorent, emphatiques, et jettent au canapé les gaudrioles aseptisées de leur humour carabiné. Elles renâclaient à l’ennui convenu, à l’étouffement des bienséances. »

« Ecartelé entre ses crapauds de sacristie et ses grenouilles de bénitier, le père Montagu ne se sentait bien qu’auprès de Catherine à l’heure du thé. »

« Benoîtement antiféminisme par tradition et par éducation comme la plupart des hommes, femmes comprises, le tavernier de Cérillac, sans aller jusqu’à voir systématiquement les filles d’un oeil de cochon sommeillant, s’étonnait comme Alain qu’on pût raisonnablement en tuer une pour des mobiles au-dessus de la ceinture. »

« D’épistoliers vautours s’abattirent alentour, flanqués de noirs chacals tapis derrière leur zoom fouille-merde. Ils venaient traquer les sanglots, souiller les chagrins, pulvériser les douleurs intimes, étaler les souffrances des uns, les intestins sanglants des autres, et putasser la mort pour vendre du papier. »

« Marro cultivait, même au plus profond de ses cuites, une passion maladive pour la langue. Il avait le respect démodé du mot juste et vénérait Vaugelas en pleine ère vidéo. Cet homme aux dehors ursidés était capable de tomber amoureux pour un subjectif bienvenu derrière un verbe étrange et lancé d’une bouche anodine dont les lèvres lui semblaient alors écartées pour d’inestimables luxures. Pa voie de conséquence, ill affichait un mépris tonitruant pour le triomphalisme pédant de la médiocrité culturelle en marche, dont la dégénérescence du langage était le plus beau fleuron. »

« pédiatre par devant, pédophile par derrière. »

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