La disparition de Jim Sullivan – Tanguy Viel

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Je ne dis pas que tous les romans internationaux sont des romans américains. Je dis seulement que jamais dans un roman international, le personnage principal n’habiterait au pied de la cathédrale de Chartres. Je ne dis pas non plus que j’ai pensé placer un personnage dans la ville de Chartres mais en France, il faut bien dire, on a cet inconvénient d’avoir des cathédrales à peu près dans toutes les villes, avec des rues pavées autour qui détruisent la dimension internationale des lieux et empêchent de s’élever à une vision mondiale de l’humanité. Là-dessus, les Américains ont un avantage troublant sur nous : même quand ils placent l’action dans le Kentucky, au milieu des élevages de poulets et de des champs de maïs, ils parviennent à faire un roman international

En fait, Detroit ressemble à une sorte de Pompéi moderne, dont la lave ne proviendrait pas d’une roche incandescente, plutôt des crédits et des dettes, poussant à cet exode urbain dont la question se pose d’où ils sont allés, tous ces gens, laissant leurs chiens et leurs poubelles pleines, les balançoires dans les jardins qui la nuit avec le vent laisseraient croire que les enfants reviennent. 

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4ème de couverture
Du jour où j’ai décidé d’écrire un roman américain, il fut très vite clair que beaucoup de choses se passeraient à Detroit, Michigan, au volant d’une vieille Dodge, sur les rives des grands lacs. Il fut clair aussi que le personnage principal s’appellerait Dwayne Koster, qu’il enseignerait à l’université, qu’il aurait cinquante ans, qu’il serait divorcé et que Susan, son ex-femme, aurait pour amant un type qu’il détestait.

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Tanguy Viel est un auteur français qui a beaucoup lu de littérature américain et qui a décidé de se lancer dans l’écriture d’un roman américain. Il connait tous les codes qu’utilisent les grands romanciers américain, alors pour quoi pas se lancer dans ce défi. Ce n’est pas qu’il n’aime pas la France, bien au contraire, mais certaines histoires font moins rêver si cela ce passe sur le territoire de la baguette de pain et du camembert . »Je dis seulement que jamais dans un roman international, le personnage principal n’habiterait au pied de la cathédrale de Chartres. Je ne dis pas non plus que j’ai pensé placer un personnage dans la ville de Chartres mais en France, il faut bien dire, on a cet inconvénient d’avoir des cathédrales à peu près dans toutes les villes, avec des rues pavées autour qui détruisent la dimension internationale des lieux et empêchent de s’élever à une vision mondiale de l’humanité ». 

Son héros s’appelle Dwayne Koster, 50 ans, il est marié avec Susan, des enfants, ancien professeur d’université, avait une amante qui tourne des films pornos. Bref, le schéma classique. Mais ne vous fiez pas à cela uniquement. Une plume simple et efficace. Des situations déjà lues et vues mais pourtant je reste accroché. L’auteur s’incruste dans l’histoire en expliquant la méthodologie, les clichés, les stéréotypes qu’il va utiliser au fur et à mesure. Quel plaisir  de retrouver l’auteur qui crée ainsi une relation avec lecteur.

Alors oui, j’ai suivi Dwayne dans son divorce, sa jalousie, sa folie… Il a été interné pour avoir mis intentionnellement le feu suite à un traumatisme du à la guerre du Viet-Nam qu’il a bien failli faire à un jour prêt. Il va attaqué un agent du FBI suite à des malversations relatives à la guerre en Irak. Bref, le gars qui n’a plus grand chose dans la vie et ces gamins, il n’en a rien à foutre. Une chose lui tient l’esprit : qu’est ce qui a pu arriver à ce fameux Jim Sullivan. Ce musicien qui a mystérieusement disparu dans le désert. Que lui est-il arrivé? Voilà une question récurrente pour Dwayne et il va peut-être élucider ce mystère.

Bref, une très bonne lecture assez surprenante. Je vous conseille de partir aux States par le biais des yeux d’un français.

Ce qu’en dit la presse
La Croix – Sabine Audrerie : Il est très touchant, le romancier narrateur de La Disparition de Jim Sullivan, épris d’Amérique, emploi d’espoir. Et pas sans talent, d’autant que Tanguy Viel lui prête sa plume, jouant finement du discours direct livre comme de la parodie à l’intérieur de ce texte à plusieurs épaisseurs.
JDD – Bernard Pivot : Pourquoi ne pas délaisser le roman français pour écrire, lui aussi, un roman américain? En y appliquant les recettes gagnantes du roman américain (…) Voilà le défi que Tanguy Viel se donne et explique dés l’ouverture de La Disparition de Jim Sullivan. Défi à la fois absurde et sensé, ambitieux et modeste, loufoque et sérieux. Mais l’écrivain possède assez de métier et d’humour pour mener à bien son affaire, c’est-à-dire parvenir à passionner le lecteur à un roman yankee, tout en l’associant à ses tours et stratagèmes d’écrivain pasticheur.
Actualitté : De superbes ellipses qui en disent bien plus long qu’un texte plus complet, plus élaboré. Une histoire merveilleusement suggérée. Qui laisse à l’imagination toute la place pour faire son chemin. J’ai été surpris et conquis.
La libre Belgique : Un intelligent et réjouissant roman de Tanguy Viel où il se met lui-même en scène. “La disparition de Jim Sulivan” démonte les recettes du roman américain. […] Dans cette mise en abîme du roman lui-même et de ses techniques, c’est comme si le roman français dansait le tango, ou plutôt le rock, avec son homologue américain.
L’express : Dans son sixième roman, Tanguy Viel reprend à son compte tous les clichés du roman américain contemporain, qu’il confronte à la conception française du genre. Entre plaisir du récit et critique malicieuse: un pur régal.
L’Humanité : De tout cela surgit un véritable petit joyau littéraire. Assurément le livre le plus enlevé de Tanguy Viel, formidable exercice d’écriture et de lecture critique. […] Tanguy Viel ou l’art d’accommoder les poncifs à la grande sauce littéraire.
Bibliobs : Un zeste d’ufologie, des barbecues géants, des routes toutes droites témoignent d’un sens aiguisé du détail qui fera reconnaître au lecteur qu’il est dans un authentique roman américain. On ne sait bientôt plus si la parodie se joue de l’intrigue, ou l’inverse. Ecrire, c’est mystifier. Chapeau, the artist !
Libération : Ceci n’est pas tout à fait un roman, même si c’en est aussi un, mais le making of du roman, son atelier d’écriture à la lumière de la question.

L’avis de Plaisir à cultiver

 

Jaimemonlibraire challengeusWonderpatate

14 réflexions sur “La disparition de Jim Sullivan – Tanguy Viel

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  3. Intéressant. J’avais déjà noté son potentiel… américain.
    Pourtant, si tu places un cadavre au pied de la cathédrale de Chartres, cela peu être un point de départ intéressant… Pour les chartrains. Parce qui sait où se trouve Chartres ?
    Mais il y a pire que Chartres, certaines villes n’ont qu’une église. Du coup, ça manque de grandeur dans la puissance du crime et ses effets sons et lumières.

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