Shigeji ne manque pas de chose à faire entre reconstruire l’entreprise familiale et s’occuper des orphelins. Il doit être partout à la fois et réussir les objectifs qu’il s’est fixé. Va-t-il pouvoir y arriver ?

De quoi ça parle ?
Lors d’un incendie, Shigeji perd ses parents et l’entreprise familiale. Il doit faire face et aller de l’avant. Pour cela, il décide de reconstruire l’entreprise et ce n’est pas facile quand on n’a pas d’argent et beaucoup de fierté. Mais il garde une certaine générosité. Ainsi, il va embaucher Ritsu, une ancienne camarade de jeu pour s’occuper de la maison et des cinq gamins de l’orphelinat aux mauvais caractères. La cohabitation n’est pas facile surtout lorsqu’il reçoit un appel ou une visite des services sociaux.

Pour la peine, ils vont fuguer pour ne pas être séparés. Aidé par des voisins et des amis, ils vont partir à leur recherche. Ils vont être retrouvés et Ritsu va être en colère tellement elle s’est fait du sang d’encre. Pour se venger, ils ne vont pas être tendres avec elle, à part l’adolescent qui est amoureux d’elle. Les enfants préfèrent la douceur de Yûko qui rend le mal-être et le manque de confiance de Ritsu plus visible. En plus, secrètement elle jalouse l’autre fille car elle est belle, brillante et avec une grosse poitrine. Son penchant pour Shigeji l’incite à penser qu’il la préféra à elle. Le jour où il l’avait frappé lorsqu’elle était petite n’arrange rien. Mais on ne peut pas savoir ce que nous réserve l’avenir.


Mon avis
Shigeji essai d’être un patron juste et qui veut bien faire malgré les remarques des autres. Il ne sait pas comment faire. Tout comme Ritsu qui veut être une sorte de mère pour ces enfants plus cruels et méchants les uns, les autres. Sans oublier, Yûko qui doit trouver sa place dans cette famille assez atypique. Maître Yoda ne disait-il pas : « Non ! N’essaie pas. Fais-le. Ou ne le fais pas. Il n’y a pas d’essai. » au jeune Luke. Dans la vie, il n’y a pas d’essai, tu fais et tu vois si ça marche. Peut-être que Minetarô Mochizuki s’en est un peu inspiré pour l’adaptation de son manga de l’ére Edo à nos jours.

Minetaro Mochizuki interroge la relation aux autres que cela soit dans une famille, dans le cadre amicale et professionnel. Comment faire? Comment bien faire? Comment évoquer l’intime, le sensible, l’émotionnel? Des questions que tout à chacun se pose dans son quotidien. Le mangaka choisit de les exprimer autrement avec des mots. Il choisit de l’exploiter à travers son graphisme très réaliste et très pure ainsi que le découpage singulier. Beaucoup de cases propose un regard photographique. Ce n’est pas toujours les corps avec les visages qui sont importants comme dans les mangas classiques. Cela peut-être un geste lorsqu’on fait la cuisine, les mouvements d’une jupe dans un déplacement ou des mains posées sur les genoux. Et on voit aussi à travers les yeux d’un personnage qui va s’attarder sur des fesses ou une poitrine. On alterne des regards et des points de vue sur des détails. Le lecteur prend aussi le temps d’observer. Sans oublier que le dessin permet aussi de souligner l’étrangeté. Tous les enfants ont des physiques assez ingrats en raccord avec leur personnalité. On n’a pas du tout envie de s’attacher à eux. Pourquoi Ritsu tient autant à ces orphelins?

Le dessin permet de générer une économie de mots. On assiste à des échanges, des discussions mais cela ne s’éternise jamais. Un mot fort peut mettre fin à une phrase et clôture la parole. Le doute et les reproches peuvent se traduire à un seul regard, à un geste. Pourquoi vouloir remplir des bulles ?

Tout se fait avec lenteur. On oppose la situation dramatique qui demande de se faire traiter en urgence et le ralenti des actions. Même ceux qui veulent impérativement participer financièrement au projet sont dans l’action, dans la rapidité. Un deuxième incendie ravage le chantier suite à un incendie volontaire où le criminel a été arrêté. On se doute bien que la rencontre avec ce financeur et l’incendie ont un lieu de causalité. Est-ce Shigeji va prendre la main tendue? « Un homme à intérêt à se montre entêté plutôt que lâche » (p. 212). Puis nous avons le droit à une information pour nous inciter à lire la suite : « Parfois, un homme ne peut pas revenir en arrière. Parfois, il doit s’entêté. Et nous allons comprendre pourquoi… ». (pp. 214-125). Pourquoi? Affaire à suivre.

Un manga singulier qui propose de poser un autre regard sur la vie quotidienne et sa particularité.

Lire l’avis D’une berge à l’autre : « La ligne claire de Mochizuki ne s’embarrasse pas de trames ou de décors surchargés. C’est dans l’épure que son art se déploie avec finesse. Une façon unique de parler aussi bien de l’amour que du deuil, de l’enfance en danger ou de l’artisanat et des traditions.« 

Laisser un commentaire