Les catastrophes environnementales prennent plus d’ampleur dans la société. Il faut agir vite et ensemble. Sinon, personne ne pourra plus répondre de rien.

4e de couverture
Kranti et Bananabelle, deux amies de toujours, sont arrêtées lors d’une manifestation et enfermées dans un enclos près d’une voie ferrée isolée. Alors que Kranti tente d’obtenir une preuve de leur capture, elle découvre le site d’une future centrale nucléaire.
Après avoir essayé de faire fermer le chantier de cette centrale, elle apprend l’existence d’une entreprise encore plus néfaste pour le monde naturel : un important projet de géo-ingénierie censé démarrer sous peu.
C’est dans ce contexte que se forge une amitié interespèce entre une militante anti-capitaliste, un informaticien apolitique, un musicien en herbe ayant rejoint le mouvement Occupy, une bénévole dans un jardin communautaire, un lapin saboteur et une cobaye théoricienne et stratège. Ensemble, ils sont bien déterminés à s’attaquer aux diaboliques entreprises capitalistes qui ravagent la planète afin de produire du profit.
Stephanie McMillan est lauréate du prix de journalisme Robert F. Kennedy.
« Ce livre est une bouffée d’oxygène en des temps irrespirables. »
— Vandana Shiva
« Une satire sociale particulièrement spirituelle et engageante. »
— Howard Zinn

Mon avis
C’est osé de mettre dans le titre de la bande dessinée le mot d’écocide. Le terme est reconnu par la Cour pénale internationale (CPI) en 1993. Puis il arrive dans différents pays comme la France. Face à des catastrophes de plus en plus importantes où les grandes entreprises responsables ne paient pas grand chose par rapport aux conséquences à court et à long terme. La solution n’est-elle pas alors le soulèvement populaire? Bunnista, lapin saboteur au sein de l’Armée de libération des lapins et Victoria, hamster, stratège et théoricienne hors pair vont essayer de créer un mouvement pour lutter contre le système capitaliste. Les grands mots et la cruauté des faits suffisent-ils à convaincre les quidams? Pas vraiment. Et puis, mettre un caillou dans la chaussure d’un ultra-riche puissant ne va pas stopper toute l’organisation qui met le profit avant tout. « – De quoi d’autre a besoin une révolution? – D’une armée populaire. – Oui, mais pas encore. Il faut s’organiser au niveau politique d’abord. – L’extrême droite a des milices. Pourquoi pas non? L’autodéfense ne devrait peur être spécifique. – L’être droite peut faire beaucoup plus de choses que nous. – Ah bon? – Servir de chiens de garde à l’aile fasciste de la classe dirigeante offre certains privilèges. – Une milice de gauche ne tiendrait pas cinq minutes. Tu as déjà entendu parler de « sédition »? Il y a une loi contre ça. – Et la milice de Carolyn Chute, dans le Maine? – Elle est anti-capitaliste. Elle défend les opprimés. – Si elle s’était étendue au-delà du Maine rural, elle aurait été écrasée. De toute façon, elle a été dissoute. – La gauche n’a jamais le droit de s’amuser. – Si le peuple veut se défendre collectivement, il doit le faire sans avoir recours aux armes. Pour l’instant. – Comme les groupes de solidarités. – Ils jurent de se défendre les uns les autres si leurs patrons ou propriétaires les embêtent. Ou les flics. Ou les pollueurs. – Exactement. – Quant les groupes seront grands et fort, alors ils pourront s’armer. – Facilement. » (p. 79)

Les deux animaux sont entourés de plusieurs personnages : Kranti, militante anticapitaliste partisane de la diversité des tactiques pour « démanteler l’infrastructure écocidaire », Barnanabelle, bénévole dans un jardin partagé, Nikko, informaticien apolitique, Xavier, musicien en devenir et ex-participant du mouvement Occupy et Otto, dealer et chef d’une organisation criminelle. Ils vont tenter un renversement important. Seulement, ils sont tombés dans un piège qui a coûté la vie à une participante. Stéphanie McMillan ne raconte pas une gentille histoire qui tourne mal au final. Elle ose ouvertement critiqué un système bien rôdé. « – Nous ne sommes pas devenus riche en étant stupides, petit coeur. Nous savons que le réchauffement climatique est réel. Nous avons des groupes de réflexion consacrés à ce sujet. – Mais… tous ces gens au pouvoir qui le nient…? – Le déni est la meilleure position que nous puissions adopter en public. Ce serait gênant que la populace comprennent ce qui est vraiment en jeu. La panique de masse peut être terrible et ingérable. Elle provoque l’instabilité du marché ». (p. 73).

Elle parle de multinationales qui utilise avec aisance le greenwashing, l’utilisation massive du technosolutionnisme, la manipulation des médias et des politiques, de la distinction sociale… La bédéaste s’inspire du manifeste de Deep Green Resistance. Elle s’appuie sur des mouvements de résistance déjà existant pour montrer qu’une la réalité n’est pas si loin de la fiction. « – Je suis scandalisée. J’essaie de sauver la planète, et vous cherchez à m’en empêcher. – Disperser des milliards de petits miroirs dans la stratosphère? Jeter de la limaille de fer dans l’océan pour faire pousser des algues mangeuses de CO2? Qu’est-ce qui pourrait mal tourner? – Si quelque chose tourne mal, nous le réparons aussi. Et en réalité, il s’agit de trillions de petits miroirs. Quelqu’un décrochera ce contrat de géo-ingénierie. Mieux vaut que ce soit nous plutôt que des incompétents, non? Et il se pourrait que notre chance devienne un jour la vôtre! ».

Bien entendu, ici, elle pousse le bouchon un peu plus loin avec des camps où sont enfermés des manifestants par exemple. « Tu veux dire quand la police a enfermé des manifestants dans un camp secret cerclé de barbelé? Probablement. Si ce genre de choses existaient, quelqu’un aurait protesté. Les médias… quelqu’un… N’est-ce pas? » Mais bien entendu, que c’est sarcastique.

La prise de conscience d’une forme d’urgence se fait par les alertes infos en pied de chaque page. On pourrait croire que l’ensemble sont venu de l’imagination de la créatrice. Que nenni! Tout est vrai même ce qui semble le plus invraisemblable. Ainsi on peut lire : « sobriété énergétique : un ministre français promet de porter « cols roulés » pour « faire des économies », « la course aux petits réacteurs nucléaires est lancée », « effets des écrans sur la santé : « on retrouve des lésions en avant du cerveau des enfants ». Il n’y a pas vraiment de fin à l’ouvrage. L’expérience de rébellion ne s’est pas conclu comme prévu. Mais est-ce que cela veut dire qu’il faut totalement arrêté? Au contraire, elle incite à pousser plus loin le principe. « Nous devons construire un mouvement de libération vaste et diversifié, multi-niveaux, multi-classes, anti-capitasliste, anti-impérialiste, doté d’un noyau concentrant ses efforts sur l’arrêt de l’écocide et de l’exploitation, et dirigé par une coalition d’organisations autonomes et révolutionnaires rassemblant le prolétariat international, les peuples autochtones et d’autres peuples anticoloniaux vivant du travail de leurs terres. » (p. 97).

Un comics audacieux qui met les pieds dans le plats dans les actions de résistance contre une société capitaliste. Vous ne refermerez pas le livre avec le même esprit que vous l’avez ouvert.

Les premières planches sont visibles sur le site de l’éditeur : www.editionslibre.org/produit/resister-a-lecocide-bd-de-stephanie-mcmillan/

4 réponses à « Résister à l’écocide – Stéphanie McMillan »

  1. Avatar de belette2911

    J’aime les sarcasmes !

    1. Avatar de noctenbule

      C’est cruel et sauvage comme tu aimes. Par contre au niveau dessin, c’est assez particulier 🙂

  2. Avatar de Ma Lecturothèque

    Merci pour la découverte, je ne connaissais pas cette BD et elle m’intéresse, à mettre « les pieds dans les actions de résistance contre une société capitaliste » 😉

    1. Avatar de noctenbule

      C’est assez trash. On sent la colère et c’est écrit par une femme 🙂

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