On se dit tout entre filles – Okapi

A partir de 10 ans, le corps des filles commencent à changer. Comment comprendre ces changements et y faire face? Okapi a décidé de regrouper les réponses sur son site dans un ouvrage.

4ème de couverture
La rubrique On se dit tout entre filles existe depuis une vingtaine d’années à Okapi. C’est une rubrique phare du journal. Les lecteurs adorent et leurs parents apprennent des tas de choses !

Mon avis
En cherchant un guide pour une jeune fille pour offrir à Noël, je suis tombée sur « On se dit tout entre filles ». La couverture et la présentation général du livre sont assez séduisants d’autant plus pour des adolescentes qui veulent bien lire mais pas trop. La police d’écriture est assez grande, on trouve beaucoup de couleurs et d’illustrations. Toutefois, une fois plongée dans la lecture j’ai un peu déchanté. Sur la couverture on ne voit pas d’auteur.e car c’est une compilation des réponses qui ont été faites dans la rubrique éponyme au titre de l’ouvrage. La journaliste Sandrine Pouverreau aidé de professionnels répond aux adolescentes. On peut se demander si le livre recense toutes les questions reçues ou si c’est un choix de thématiques. Le point positif est que le rubricage est très fait ce qui facilite l’orientation pour l’adolescente.

Après je suis moins enchantée par le contenu. Déjà, on peut constater qu’aussi bien le texte que les illustrations sont hétéronormées avec des filles blanches. Est-ce représentatif des lectrices d’Okapi? Car ce n’est pas très représentatif de la société en général. Pour le confirmer, il suffit d’aller à une sortie d’école pour voir la diversité en action. Quand des conseils sont données par exemple pour se décolorer les cheveux cela concerne le cheveux dit classique. Déjà, faut-il conseiller la décoloration des cheveux à des adolescentes? C’est un autre débat. Puis par exemple, les personnes ayant des cheveux crépus, elles ne peuvent pas prendre les même produits, même constat pour le maquillage. De même pour les gens gros, où l’on trouve un lien entre entre gros et mauvaise santé. On trouve la fameuse référence à l’IMC, indicateur déjà bien biaisé qui ne prend pas tous les critères d’évaluation d’une personne. Néanmoins, ton corps change avec l’âge. « Enfin, n’oublie pas que tu vas t’affiner en grandissant. » Il faut ça pour être dans la norme et c’est ça le principale. Sinon, il faut aller consulter un nutritionniste qui t’aidera à devenir mince. On ne va pas parler qu’une personne puisse avoir des soucis hormonaux, des troubles émotionnelles, une morphologie différentes… Il tempère un chouillat car tu peux avoir des « parents corpulents », le stress ou des prédispositions familiales. On applaudit d’avoir trouver un synonyme de gros et de dire qu’il peut y avoir une raison. Pourquoi ne pas dire qu’il existe différentes corpulences, formes, tailles, gabarits et qu’il faut respecter les gens comme ils sont?

Non, il faut tout de même stigmatisé un peu même si c’est pas gentil de se moquer. Le conformisme avant tout. D’ailleurs, on parle de régime sinon comment correspondre aux images faussés des médias et des icones pornos? On nuance quand même « Ils ne sont pas étudiés pour les adolescents ». Parce qu’ils sont étudiés pour les adultes? Ce n’est pas juste une pompe à fric car juste manger équilibré c’est trop compliqué à faire? Attention, on ne veut pas trop culpabiliser les enfants. Tu peux manger quand même un fondant au chocolat. « D’accord, s’il est précédé d’une salade, si ce n’est pas tous les jours et si le dîner est léger ». Est-ce vraiment un professionnel bienveillant qui peut écrire ça? Parce que de la farine, du beurre, du sucre et du chocolat noir au moins à 70% de cacao, c’est si dangereux pour la santé, d’autant plus si c’est fait maison? Peut-être proposé l’option se faire vomir tant qu’en y est et conseiller juste de la salade. Pourquoi pas une purge et un jeune juste après? Minceur garantie. Pour la santé, c’est autre chose. Par chance, tu dois faire du sport surtout pour « éviter les prises de poids importantes ». Après on risque de prendre l’adolescente pour une grosse faignante qui se goinfre tout le temps. Alors que de la salade, du sport, du maquillage et hop tu es normale.

On vient à se demander que vient faire une remarque sur la construction sociale. Ne regarde pas trop la balance (ah bon??) et qu’il faut prendre ses distances « avec des prétendus modèles de filles parfaites! ». Donc on conseille d’être surtout normal en évitant de regarder les modèles de l’idéal féminin, mince et narcissique. Etrange!!! Il aurait été judicieux de parler plus longuement de la norme sociale, de la stratification sociale, de donner des exemples positifs à suivre sur les réseaux sociaux par exemple. Ce n’est pas comme si cela n’existait pas. Les sujets ne manquent pas, ce qui est très bien. On parle de seins : « les seins sont jumeaux mais pas identiques ni symétriques ». Beaucoup de jeunes filles ont peur que cela soit anormal. Il faut l’expliquer aussi aux garçons. Par contre, les demoiselles passent directement par la case soutien-gorge avant la brassière. Pourquoi cette absence de conseil? Il y a même des femmes adultes qui portent des brassières et il y en a pleins d’ailleurs qui ne portent rien du tout. On va éviter aussi de parler de féminisme à cette âge là. Sinon qui va lire Biba et acheter pleins de cosmétiques?

Par le choix d’évoquer les règles, par contre pas de couleur rouge. Faut-il en tirer la conclusion que c’est sale? « C’est une étape naturelle dans la vie d’une femme (même si ce n’est pas très drôle, c’est vrai! ». Ouf, c’est naturelle. Et pourquoi ça? « Ton corps va, en 2 ou 3 ans, être capable de fabriquer un bébé ». Ce n’est pas précisé que c’était parce que tu pouvais devenir un incubateur humain que tu devais le faire. Tu as le choix de choisir. « En attendant, tu peux mettre un protège-slip « au cas-où ». Tu peux en parler à ta mère, grande soeur (si tu en as une) ou une copine ». Si tu n’as pas de mère ou du soeur, pourquoi tu ne pourrais pas en parler avec son papa ou quelqu’un de la famille? Les pères peuvent aussi en parler car ils vivent avec leurs enfants et connaissent les problèmes que cela engendre comme la douleur ou les sauts d’humeur. Tant que l’on dit que cela ne concerne que les femmes on ne fera pas changer l’idée sur le fait que les règles c’est sale. Une raison que les femmes gagnent moins que les hommes repose sur l’idée que les femmes sont moins productives pendant leurs règles. Et il faut nuancer que toutes les femmes n’ont pas de règles et qu’avoir des règles veut dire possibilité d’avoir des enfants aussi. En cas de grosses douleurs, il est conseillé de voir son médecin traitant ou un gynécologue : « pour vous assurez que ces douleurs n’ont pas une autre cause et pour qu’il prescrive un traitement adapté (anti-inflammatoire ou anti-spasmodique) ». « Dans quelques années, il pourra même vous prescrire des contraceptifs oraux, qui sont également efficaces ». L’âge des règles avancent de plus en plus et peut débuter à partir de 9 ans. C’est assez difficile à cette âge là d’aborder le sujet et souvent les toilettes ne sont pas adaptées pour gérer les protections hygiénique. A partir de quelle âge, les filles peuvent prendre des contraceptifs? Ce n’est pas inscrit. Surtout que les adolescentes commencent à avoir des relations sexuelles à partir de 11/12 ans. Quand cela devient nécessaire? Où faut-elle qu’elle compte sur leur partenaire masculin pour qu’il mettent un préservatif? Où est-ce que vous allez acheter des préservatifs à 12 ans? Il n’est pas évoqué le syndrôme pré-menstruel qui est commun à presque toutes les femmes comme les douleurs avant et pendant. Cela fait parti du package de devenir une femme. A la question serviette ou tampon : « Gardez trop longtemps un tampon ou une serviette favorise le développement des mauvaises odeurs et l’augmente le risque de laissez des microbes proliférer et de provoquer une infection! ». Surtout que l’on ne connaît pas les composants des produits chimiques dans ces produits. Des femmes ont été gravement malade et certaines sont mortes à cause de la toxicité des produits. De nos jours, les entreprises n’ont toujours pas l’obligation d’indiquer les composants des produits contrairement à ce que l’on peut manger. Il existe d’autres façons de gérer le flux sanguin, il y a un petit encadré sur les cups. Par contre, la culotte menstruelle, on n’en parle pas alors que c’est lavable et réutilisable. Le point positif est qu’il est dit que les cycles menstruelles durent entre 21 et 35 jours même si c’est noté pour les irrégulières. 28 jours a été établie par les vendeurs de pilules contraceptives. La contraception est un marché très lucratif.

On a le droit à un petit cours sur l’épilation. Une question qui préoccupe assez les garçons puisqu’on considère encore le poil comme viril. Même si l’industrie commence à s’intéresser à eux déjà dans le milieu du culturisme qui arrive vers l’homme de base. Quand une femme refuse d’enlever ces poils c’est « un signe de protestation contre les diktats de la mode ». Ben oui, être une vraie femme c’est sans poil sinon tu es une rebelle. Quoi, ce n’est pas l’industrie qui a créé la femme comme une vache à lait pour qu’elle achète des produits de « beauté », pour mincir et ne pas avoir de poils? Elle n’a pas fait en sorte de cultiver la culpabilité pour l’inciter à acheter et stigmatiser les autres? On va éviter d’expliquer cela au plus jeune. Il vaut s’interroger s’il vaut mieux choisir entre l’épilation électrique ou l’épilation laser définitive. Il faut éviter le « petit rassoir à main » pour l’entrecuisse et les aisselles. Et surtout « évite d’aller faire bronzette juste après t’être épilée, car ta peau est un peu sensibilisée et tu risques d’attraper des coups de soleil ». Important de bien retenir cela à 12 ans.

Petit point négatif sur les risques sur les réseaux sociaux, sur ce qui est légal de dire et faire, l’importance de la pornographie, le handicap, la tolérance, l’essor de la pédophilie et de la pédo-pornographie, la prostitution (essor de la prostitution volontaire des mineurs filles), les maladies qui concernent le rapport à la nourriture, les possibilités de contraception… Et surtout donnée des exemples positifs, des sources positives et pas seulement les marronniers de Biba et consorts (« Procure-toi un correcteur de teint vert dans une pharmacie et mets en juste un peu sur tes boutons »). Et petit point positif, il y a des témoignages de garçons ici et là pour montrer qu’eux aussi se pose des questions.

Pour ce qui est des explications un peu technique du comment fonctionne le corps on repassera. Aucun croquis sur une glande sébacée, glandes sudoripares, glande thyroïde, comment bien se laver les dents, où est l’utérus, le vagin, où est le sang avant de s’écouler, c’est quoi un poil…
Aucune explication un plus recherchée sur des terme comme pHneutre, ultra doux (terme commercial ou scientifique?), adrénaline, cortisol, béta-endorphine, androgènes, AVC, TCA, anorexie,

Je nuance car il y a quelques explications simplifiées sur par exemple à quoi sert la transpiration, pourquoi pouvons-nous avoir une mauvais haleine…


Et surtout, s’il y a un problème il y a un flot de professionnels à contacter, on trouvera leur titre. C’est dommage de ne pas avoir fait un glossaire pour expliquer c’est quoi son boulot (comme gynécologue, endocrinologue, ) et dire la nuance par exemple entre un psychologue, un psychiatre et un pédiatre ou entre un diététicien et un nutritionniste. Pourquoi même pousser la pédagogie en racontant ce qui peut être demandé ou/et pratiqué? Parce que voir un sophrologue quand on a ces règles, je ne suis pas certaine qu’à 12 ans on sache pourquoi. Quand on a des idées noires, est-ce pertinent d’aller voir l’infirmière scolaire au vue de sa formation?

Pour avoir une écoute et des conseils, on trouve des noms et des numéros de téléphone. Par chance, en fin d’ouvrage, les structures sont référencées avec leur nom, numéro de téléphone et même leur site web. Dans le livre on donne souvent des numéros mais déjà en 2019, les jeunes se servaient d’internet et du chat par exemple. Les structures auraient mérités plus de place dans le livre avec qui est derrière et pourquoi sont-elles fiables. Il existe des numéros d’aide avec des derrières des intégristes religieux. Il faut à tout prix sensibiliser les jeunes aussi à ces risques très dangereux.

Un ouvrage assez décevant qu’il ne faut pas offrir à des adolescentes qui se construisent. Il existe d’autres guides plus positifs, plus précis, plus pédagogiques.

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