Le choeur des femmes – Aude Mermilliod

Etre à l’écoute des femmes et agir en conséquence, n’est pas chose aisé. Par chance, certains médecins prennent à coeur leur métier et tente de changer les pratiques des jeunes étudiants. Est-il possible de toucher « Le choeur des femmes »?

Le docteur Atwood en a pour 6 mois pour valider son stage de fin d’année et ce n’est pas pour lui plaire. Elle va devoir s’y faire à être interne en gynécologie obstétrique avant de vraiment faire de la chirurgie, comme elle en rêve. Le docteur Karma a l’habitude de ce genre d’attitude. Alors il faut rappeler les bases : « Ici, on demande toujours à plusieurs reprises l’accord de la patiente pour que l’interne assiste à la consultation. D’abord au téléphone, à l’accueil et une dernière fois quand je les fais entrer. Et elles peuvent même vous demander de sortir au moment de la consult! ». Et cela n’est pas pour lui faire plaisir. A la première consultation, une femme parle librement de sa sexualité et lui ne va pratiquer aucun examen. Elle est furieuse de cette attitude et cela prend du temps. « Soigner, c’est souvent un peu long ». En plus, il fait quelques pas de danse pour décomplexer les femmes et par conséquent leurs paroles. L’interne a bien du mal à contenir sa colère : « Je ne me contente pas de jouer au docteur!!! Pas comme ces soi-disant professionnels de santé qui reçoivent les patientes de manière autoritaire et méprisante! Un soignant, ça ne doit pas se comporter comme un juge ou un flic ». Si elle veut rester, il va falloir faire des choix : « Alors, changez de comportement. Et arrêtez de juger les femmes ».

Progressivement son regard change, les femmes ne sont plus des numéros avec un temps défini mais des personnes avec des sentiments. Sabrina a commencé à être abusé sexuellement à partir de 10 ans et tombe enceinte à 14 ans. Elle voulait juste un contraceptif pour se protéger des conséquences de ses viols. Le médecin lui préfère la juger d’avoir des rapports sexuels. Catherine va bientôt mourir et le médecin l’annonce en parlant à son mari. Des femmes viennent subir un IVG. Une occasion de rassurer ces femmes et de parler de contraception qui leur serait plus adaptée. Notre jeune interne y va avec ces sarcasmes dans sa tête. Elle écoute et ces certitudes volent doucement en éclat. « Respecter ne veut pas dire adhérer. C’est pour éviter le bras de fer « j’ai raison/tu as tort ». Une relation de soin, c’est pas un rapport de force. » Ce n’est pas parce qu’une patiente dit ressentir à un endroit une douleur où ce n’est scientifiquement pas prouvé qu’il faut la contredire dans sa souffrance. De même pourquoi vouloir la mettre nue de suite car c’est assez inconfortable. C’est plus pratique pour le médecin et cela va plus vite. Toutefois, le praticien ne doit-il pas être au service de la patiente? Notre héroïne va être tourmenté quand elle va apporter des réponses à des questions sur un forum spécialisé. Elle est surprise face à ce flot de question en tout genre. Puis, c’est autour des personnes au cabinet où il faut écouter les mots pour poser les bonnes questions. Ce qui peut sembler loin de ce qui est appris à l’école prend un véritable sens dans la relation patient/médecin. Le sujet de l’intersexualité va venir et là notre jeune interne va changer. C’est en lien avec sa propre histoire qui n’est pas si anodine même pour le docteur Karma.

Toutes les femmes qui ont du aller consulter un gynécologue ou un médecin pour des problèmes féminins ont déjà fait face à l’indélicatesse, la brutalité et la violence. Entre être considéré comme un bout de viande ou être jugé car le médecin, lui, a suivi des cours théoriques pendant des années, cela ne donne pas envie d’aller se faire soigner, se faire aider… Les jeunes étudiants qui sortent des écoles ne changent pas à travers les années avec cette incroyable prétention et mépris des gens. Il est le sachant et il a le pouvoir. Et quand ils se spécialisent dans la gynécologie cela ne change guère leur comportement. Trouver un médecin de confiance devient difficile. Heureusement la parole se libère et on ose parler maintenant de violence gynécologique. L’exemple de Sabrina est frappant. Une jeune fille mineure vient voir un médecin pour avoir un contraceptif et le médecin lui si elle a déjà des rapports sexuels. Une question lourde de jugement totalement inutile pour fournir une pilule. Que la jeune femme a ou non des rapports n’a pas de lien sur la demande, d’autant plus d’une adolescente. De même pour les femmes qui viennent subir un IVG, ont-elles besoin d’être jugé? d’avoir remarques déplaisantes? Non, elles viennent pour subir quelque chose de pas très agréable et mérite du respect comme un patient ordinaire. On ne juge pas le mec qui a un souci de prostate? Et le sujet fil rouge est notre médecin qui parle de son histoire où elle est née avec les 2 sexes. Encore souvent maintenant, les médecins demandent aux parents de choisir ce qu’ils préféraient. Dans d’autres pays, on attend le développement de l’enfant pour choisir une orientation. Beaucoup de ces opérations, qui enchantent certains médecins comme défi technique ne prennent pas en compte la personne en devenir. Le message d’Aude Mermilliod est vraiment touchant, bouleversant et saisissant. Cette fois aussi dans son travail, elle adapte un ouvrage de Martin Winkler avec sensibilité, douceur et conviction. Comment ne pas sentir la rage et l’envie de s’investir pour faire changer les idées et les pratiques? Les femmes n’ont elles pas le droit d’être soigné au moins et sans aprioris comme le dit le serment d’Hippocrate? Impossible de ne pas être touché, bouleversé par cet ouvrage qui captive et qui se dévore d’une traite.

Une bd à posséder indéniablement dans sa bibliothèque, en parler, la partager… et aussi lire le livre dont elle est inspirée. Un coup de coeur qui fera aimé autant la dessinatrice que le médecin qui a consacré sa vie à la bienveillance médicale auprès des femmes.

L’avis de Mespagesversicolores : « Le Choeur des femmes c’est une ode aux femmes, et aux personnes qui se reconnaissent comme telles, c’est une rencontre éclatante et merveilleuse, entre cris et pleurs et entre silence et sourire.« 

4 réflexions sur “Le choeur des femmes – Aude Mermilliod

  1. Je crois qu’il va falloir encore attendre longtemps. On est encore tellement considéré comme le sexe faible 😦 Mais grâce à nous, nous posons des briques pour faire évoluer un peu les esprits 🙂

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