Quatre chorégraphes d’aujourd’hui à l’Opéra de Paris

Les danseurs de l’Opéra de Paris sont-ils juste dans l’excellence du classique? Absolument pas, leurs corps est aussi l’outil d’artistes modernes. Que diriez-vous de vous de les découvrir?

Le spectacle vivant est pour l’instant mort et pour une période indéterminée. Et comme l’a dit le gouvernement, on peut en voir derrière nos écrans, c’est le principal. Que vouloir de plus? La culture après tout cela n’est pas nécessaire, les autres pays vivent bien sans. Alors on se contente de l’écran même si l’apport et l’interaction émotionnelle sont bien moindre, voir parfois inexistant. On essaie de maintenir a minima sa part de merveilleux.

En 2018, l’Opéra de Paris laisse sa scène et ces artistes à quatre chorégraphes inventifs et surprenants : James Thierrée, Hofesh Shechter, Iván Pérez et Crystal Pite. Une soirée exceptionnelle dont Arte nous permet de pouvoir profiter encore une fois confortablement installé dans notre salon, les yeux et notre coeur ouvert aux sensations.

Frôlons de James Thierrée  (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)

Agathe Poupeney/Opéra national de Paris

Tout commence avec « Frôlons » de James Thierrée. Si un jour vous avez eu la chance de voir un spectacle de James Thierrée vous vous en souviendrez toute votre vie. Il arrive à chaque fois à vous emmener avec douceur dans son monde merveilleux et féérique. Pendant une bulle temporaire, vous êtes ailleurs, perdu et rassuré dans quelque chose qui redonne vie à votre âme d’enfant qui encore envie de croire à l’impossible, à l’incroyable, à la magie. Cette fois encore, même si c’est à l’opéra, il montre sa singularité dans l’étonnant et le féérique. Dans l’opéra d’étranges créatures, mi-hommes/mi-insectes se déplacent ici et là dans des costumes aussi étranges que sublimes. Ils sont partout avec des chanteurs et comédiens. On ne peut pas dire que le chorégraphe n’ose pas sortir des sentiers battus. Puis ils se dirigent tous sur scène où l’on observe captif ce grand drap flottant, une marque de fabrique de l’artiste. 

Frôlons de James Thierrée (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)

Puis changement radicale d’ambiance avec « The Art of not Looking Back » d’Hofesh Shechter qui vient d’entrer au répertoire. La transition est un peu rude car elle se fait dans la violence, le bruit et dans des corps plus mouvants. Le montage musical réalisé par le chorégraphe mélange la musique à la parole, aux cris, aux chants… Quelque chose qui déroute. On sent la souffrance, le manque. Il raconte en voix off : « Ma mère m’a abandonné à l’âge de deux ans ». Un traumatisme qu’il partage et qu’il arrive à faire ressentir.

"The Art of not looking back" de Hofesh Shechter (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)

Changement radical d’ambiance avec « The Male Dancer » d’Ivan Pérez qui m’a moins convaincu. Il veut nous interroger sur la masculinité dans la danse. Rien d’étonnant pour cela qu’il choisisse les meilleurs danseurs pour sa chorégraphie. Malgré la perfection de la réalisation, je n’arrive pas à me sentir emporté et une pointe d’ennui apparaît qui s’amplifie avec le choix musical.  

"The Male Dancer" de Ivan Pérez (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)

L’enthousiasme revient très vite avec l’envoûtant et extraordinaire travail de Crystal Pite avec son ballet : “The Season’s Canon”. Tout débute avec les « Quatre Saisons » d’Antonio Vivaldi, revisitées par Max Richter, avec ces corps en mouvement qui nous captive aussitôt. Un ensemble de corps harmonieux fluide créant des moments de beauté stupéfiantes que l’on prend plaisir à regarder encore et encore. (L’avantage du replay). Tout est calculé au millimètre prêt, aucune erreur possible car cela risque de casser les mouvements, si esthétiques. Des compositions saisissantes, sublimées par une musique choisie avec justesse, des effets de sons et lumières qui mettent en exergue la perfection des corps et de la gestuelle. Les 54 danseurs sont tous tenus à la même rigueur rendant encore plus admirable et grandiose le spectacle donnée. On admire silencieusement et extasié de cette prestation rare et parfaite. Quand c’est fini, on attend avec de remercier, le temps de garder en mémoire ce magnifique moment. Une oeuvre du répertoire (merci Benjamin Millepied) que j’aimerai voir en voir si un jour l’Opéra rouvre ces portes.

"The Season's Canon" de Crystal Pite (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)
"The Season's Canon" de Crystal Pite (Agathe Poupeney/Opéra national de Paris)

Ces quatre ballets montrent la richesse et la diversité de la danse contemporaine surtout vu à travers l’oeil de Cédric Klapisch et Miguel Octave. Le temple de l’Opéra Garnier montre que l’institution sait vivre avec son temps pour laisser autant de plus à Noureev qu’à Crystal Pite.

N’attendez pas pour regarder : https://www.arte.tv/fr/videos/080148-000-A/quatre-choregraphes-d-aujourd-hui-a-l-opera-de-paris/

 

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