Laisse pas traîner ton fils – Rachid Santaki

Pour certain, il est indispensable de montrer qui est le plus fort. Alors tuer devient une chose banale, que l’on filme sans remords. Qu’est-ce qu’il justifie tant de violence?

Le titre « Laisse pas traîner ton fils » évoque aussitôt un titre de NTM.

Et pour ceux qui éventuellement ne connaîtra pas ce titre, on trouve un extrait du texte. « Que voulais-tu que ton fils apprenne dans la rue? Quelles vertus croyais-tu qu’on y enseigne? Mais t’as pas vu comment ça pue dehors. Mais comment ça sent la mort? » Voilà, le lecteur est plongé dans un univers qui sent la solitude, la souffrance, la cruauté et la violence au sein de cité. Toutefois, avant d’entamer la lecture du roman, il faut lire un avertissement : « Toute ressemblance avec des faits et des personnages actuels ou ayant existé serait purement fortuite et ne pourra être que le fruit d’une pure coïncidence. » Vous avez déjà vu ce genre d’information dans certaines séries ou films. Alors pourquoi dans ce livre?

Vous avez la réponse dès le premier chapitre, La vraie vie. L’auteur fait sa vie normale. « Je sortais du club de boxe de La Courneuve et retrouvais mon épouse dans notre domicile à à Saint Denis. » Jusque là rien de surprenant. « Je travaillais sur différents projets d’écriture mais j’avais envie d’écrire sur cette violence que je côtoyais dans l’ensemble de notre société. Le sujet me hantait et me préoccupait depuis quelques années. » Puis sa femme a des contractions, il faut l’emmener rapidement à l’hôpital. A la radio, on parle d’un drame. Mathieu, 17 ans a disparu. Sur les réseaux sociaux, une vidéo circule sur son lynchage. Et à partir de maintenant, on passe au chapitre 2 et il va falloir s’accrocher.

« Cette nuit du mercredi 6 novembre 2017 est d’une violence inouïe. Tout commence quand Damien, Sofiane et Moussa s’installent dans la voiture. » On les a carot sur un deal et Damien n’est pas de ces gars qui accepte cela. Il faut se faire respecter. Par chance, ils ont attrapé Mathieu. Il appelle son pote et lui demande de rappliquer avec l’argent s’il veut revoir son compère. L’autre ignore les coups de fil. C’est bien dommage. Le jeune garçon qui était au mauvais endroit au mauvais moment. Dommage pour lui car cela va lui couter des terribles souffrances suivi de la mort. Les trois mineurs trop fier de la sauvagerie filment une partie de l’agression.

Le lecteur au début à l’extérieur du récit va à côté d’eux, des acteurs. On va prendre un uppercut qui nous met KO. Heureusement que les chapitres ne sont que de quelques pages. Certains pourront avoir besoin de faire une pause. C’est là que l’avertissement prend tout son sens. Ceci est une fiction. Et pourtant une partie de nous nous dit que cela pourrait être vraie. N’avons-nous pas déjà entendu ce genre de faits à la radio ou la télévision? Tout semble si vraisemblable.

Par chance, nous allons changer de point de vue. L’auteur, qui raconte à la première personne sème toujours l’incertitude sur la non-réalité de son récit. Il partage sa vraie vie à travers cette fausse aventure. Peut-être que son interrogation est elle véridique? Comment la violence prend-elle sa place dans la vie des cités? Pourquoi agresser et tuer quelqu’un devient quelque chose de banal et de gratuit? Et surtout pourquoi vouloir toujours filmer? L’importance dans le paraître dans le numérique devient de plus en plus présent, en plus de porter des Nike, des Adidas ou Lacoste. Les clips de rap et des paroles violentes contribuent aussi à cela. Est-ce propre à la France? Au Maroc, on trouve le même phénomène. Le problème est partout.

Rachid Santaki essaie de voir ce crime du côté de Sofiane. Il n’aurait jamais frappé Mathieu mais il était là, il a laissé faire, il a filmé et a envoyé la vidéo. Faut-il mieux que les autres? Avoir dénoncé les autres, est-ce une preuve de courage ou de folie? Pas facile de comprendre les motivations et la pression de la cité. Après 2 ans, en attente du jugement le garçon a muri. L’auteur qui intervient en prison lors d’atelier d’écriture réfléchit sans cesse sur la question de la violence. Même en discutant avec d’autres acteurs qui interviennent comme lui, même constat. Pourquoi et que faire? Pour l’instant la réponse est dans l’écriture d’un livre.

Les pages se tournent avec curiosité et malaise. On devient spectateur d’une violence devenue banale et sans limite. Cela me rappelle un article sur Télérama sur la création de sites web pour voir des pendus, des cadavres, des vidéos de viol, d’agression… J’avoue que j’avais été choquée par ça et ce n’était pas une fake news. Mais le pire était que les adolescents étaient les plus adeptes de ces horreurs. Ils consomment la violence, simplement et n’arrivent à se rendre compte de la réalité et la dureté de ces situations. Faut-il s’étonner du comportement de ces jeunes des cités? Ces jeunes sont prêts à tout pour défendre un honneur et un égo mal placés ainsi qu’un rôle d’homme qui doit montrer qu’il a des couilles. Un filet d’espoir souffle tout de même par des personnes comme l’auteur qui s’impliquent auprès de personne qui ont perdu confiance en des lendemains meilleurs. Néanmoins, on reste encore sous le coup des émotions fortes qui nous traversent au fur et à mesure. On ne referme pas le livre l’esprit tranquille. Des questions, des doutes nous assaillent et il faut un peu de temps pour se détacher et respirer sereinement.

Un livre coup de poing qui ne vous le laissera pas indemne. Etes-vous prêt à vous prendre la violence directement?

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