Délivrez-vous ! – Les promesses du livre à l’ère du numérique – Paul Vacca

La révolution du numérique allait changer en profondeur le secteur du livre. La question si le livre papier a encore un avenir n’arrête pas d’être évoquée. Paul Vacca en reste persuadée et il va le prouver avec fougue et passion dans « Délivrez-vous ! ».

Paul Vacca est un passionné des livres papiers. Chaque page constitue une gloire à ce support particulier qui apporte tellement à l’humanité. L’évocation des plaisirs de la lecture papier m’évoque bien entendu beaucoup de souvenirs. Des discussions avec des libraires qui m’ont conseillé des choses que je n’aurais jamais lu que j’ai aimé pour la plupart du temps. Des échanges avec les copinautes qui dévorent avec passion tellement de romans et qui ont la gentillesse de partager avec la communauté. Ce livre que l’on a tant aimé et que l’on prête et qu’on offre. Le livre papier fait partie intégrante de ma vie et des souvenirs de lecture je pourrais vous en raconter de bien nombreux. Alors je ne peux que partager tous les points de vue de l’auteur.

A l’ère du numérique on veut nous vendre plus d’émotions qu’un simple livre papier procure avec des options, des filtres, des recommandations par rapport à des achats similaires, des logiciels d’analyse, des algorithmes… Des lectures augmentées avec des liens, mais est-ce utile pour un roman ? « (…) le livre est plus que jamais une expérience pleine d’avenir. Alors ceux qui se demandent encore ce qui va bien pouvoir remplacer le livre à l’avenir ne cherchent plus. Nous livrons ici la solution : le livre est l’avenir du livre ». Le livre physique possède un terrible ennemi : Amazon 451. Un malin clin d’œil à « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury avec ces pompiers brûleurs de livres. Amazon est un ennemi du libraire. Le fait de faire livrer le livre chez soi avec des frais d’expédition à 0.01€ fait concurrence aux librairies. Jeff Bezos a trouvé le support pour conquérir le monde. D’une certaine façon, cela signifie que les gens lisent ou du moins offrent des livres. « Chaque clic se révèle aussi innocent et sans conséquence que le frottement d’une allumette dans une forêt de livres… « I would prefer not to », disait Bartleby. Soyons tous le Bartleby d’Amazon. »

Certains chercheurs montrent que le monde du livre bouge. Aux Etats-Unis, des géants ferment et des librairies indépendantes ouvrent leurs portes dans les quartiers.

« Osons la question : à quoi peut bien servir une librairie aujourd’hui ? A priori, à rien. Vous êtes pris par une soudaine envie de lire ? Un simple clic sur internet peut la satisfaire : sous vingt-quatre heures, l’objet de votre désir est dans votre boîte aux lettres. Mieux, vous pouvez l’obtenir immédiatement en version numérique. Mieux encore, étendu dans votre canapé vous pouvez demander à votre assistant personnel – Alexa, Watson ou Siri, comme vous préférez – de se charger de l’achat. Mieux encore, celui-ci peut vous conseiller votre prochaine lecture. Mieux encore, la machine peut même vous en faire la lecture. » Mais faut-il pousser le vice à ce point-là et perdre un lien avec le récit ?  Sans oublier que vous enrichissez des riches patrons maltraitants ces salariés tout en leur donnant l’occasion d’installer des mouchards sur vos outils qui enregistrent tout ce que vous faîtes ?  

Les librairies plus confidentielles ont des atouts non négligeables qui se résument en 3 C : Communauté, Choix et Chaleur. Tout d’abord, elles ouvrent dans des lieux de proximité et proche des habitants. Tout le contraire de ces grandes chaînes souvent isolées dans des centres commerciaux. On y trouve un assez grand choix et pas seulement dans les têtes des ventes. Le libraire lit beaucoup de chose et va dégoter des petites maisons d’édition, des jeunes auteurs… pour montrer la richesse et la variété de la littérature. Et l’espace n’est plus seulement un espace de vente, mais un endroit où l’on peut rencontrer des auteurs, faire des dédicaces, assister à des lectures pour enfants, à des petits déjeuners littéraire, des soirées jeux… Le lieu devient convivial dans lequel on revient avec plaisir. Les addicts des livres ne pourront pas me dire le contraire.

Après malgré un enthousiasme certain, je serais plus nuancée dans certaine prise de position. Par exemple sur les liseuses, certes les arguments sur le fait qu’il ni a pas de reflet, une longue autonomie de batterie et sa facilité de transport. En effet, ces soucis n’existent pas vraiment pour le livre. Il n’a même jamais le besoin d’être rechargé. Et concernant la quantité, en effet, on peut enregistrer des milliers de livres mais va-t-on livre vraiment tout cela ? Mais ce que l’auteur oublie c’est qu’on peut lire des livres libres de droit, sans DRM, que l’on peut même télécharger sur le site de la BNF, que l’on peut emprunter des livres numériques aussi en médiathèque. Il y a un intérêt par exemple pour des livres plus publiés, pour les personnes qui vivent isolées, qui ont des problèmes de vue et qui peuvent ainsi lire avec la taille de caractère de leur choix et on peut même s’échanger des fichiers livres légalement.

L’image du savoir humain qui se partage en trois catégories : le connu connu (ex : le ciel est bleu), l’inconnu connu (ex : je ne sais pas le nombre d’habitant en Tanzani) et l’inconnu inconnu (on ignore ce qu’on ignore) est très compréhensible. Pour l’auteur, la lecture devrait toujours être un chemin de l’inconnu inconnu, une terra incognita incognita. « C’est la mission du libraire de nous ouvrir ce troisième continent : un saut dans l’inconnu inconnu par les livres dont on ne devinait même pas qu’ils existaient. Vers des promesses insoupçonnées de plaisirs de lecture. Et c’est la définition même d’une bonne librairie : celle dont on repart toujours avec ce que l’on n’était pas venu chercher. » Indéniablement c’est une expérience que j’adore faire et passer du temps à discuter avec un libraire passionné. Mais pourquoi vouloir réduire les bons lecteurs aux lecteurs curieux ? Enormément de personne ne lisent que les nouveautés d’un auteur et/ou d’un genre. Certes ils passent peut-être à côté de surprises et d’étonnement, c’est vrai. Néanmoins, une chose importante, ils lisent, se sont souvent des lecteurs fidèles et ils prennent plaisir à lire. Beaucoup ne veulent pas changer d’univers car cela leur convient. Les lectrices d’Harlequin trouvent ce qu’elles recherchent et elles sont en général heureuses ainsi. N’est pas le plus important ? Lire varié n’est pas forcément une nécessité si la notion de plaisir est là. Vous échangerez peut-être moins avec cette personne ou peut-être elle sera vecteur pour vous d’une lecture que vous n’auriez pas faîtes.

Paul Vacca est un fervent défenseur du livre papier et le prouve avec une passion dévorante dans son essai. Si vous aimez déjà lire vous ne pourrez être qu’enchanter de partager ce point de vue du bienfait de la lecture. Mais saurait-il convaincre un réfractaire à cette activité ?

Une réflexion sur “Délivrez-vous ! – Les promesses du livre à l’ère du numérique – Paul Vacca

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