J’ai bien fait ? – Théâtre de la tempête

Pour Valentine, enseigner c’est la porte ouverte vers de nombreuses possibilités. Alors quand elle se trouve face à des situations d’échecs et d’abandon de plus en plus important, la flamme qui l’animait commence à s’éteindre. Peut-être faut-il penser l’improbable ?

 

Un nouveau souffle de révolte se fait entendre au théâtre de la Tempête. Pour sa deuxième mise en scène d’un de ces spectacle, Pauline Sales nous emmène à la rencontre de Valentine, mariée, deux enfants et enseignante. Pendant longtemps, elle a cru au pouvoir de l’enseignement pour élever les gens. Mais année après année, les élèves qui viennent dans sa classe traînent de plus en plus de lassitude, de dépit et de désintérêt. Alors pour tenter de remettre un peu d’humanité dans ces jeunes esprits, un échange avec un migrant se met en place. Sous prétexte d’une rencontre avec Alain Mabanckou lors d’une conférence au Collège de France, elle monte avec sa classe sur Paris pour rencontrer le migrant. Une fois tous réunis au point de rendez-vous à St Denis, ils tombent dans un guet-apens où on va leur voler la plupart de leurs affaires. C’est la goutte d’eau qui va faire exploser la raison de cette professeure. Pour la peine, elle va aller se réfugier chez son frère avec lequel elle n’entretient aucune relation. Un nouveau dialogue de sourd va se mettre en place entre eux. Comment pouvoir vraiment s’aider si personne ne s’ouvre aux autres ?

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Photo : Tristan Jeanne-Valès

Son frère est artiste. Il travaille sur une œuvre avec une quarantaine de polochons. Quel avenir pour lui ? Le milieu de l’art reste sans pitié et il ne fait plus parti de la jeune garde. Qui peut vraiment comprendre sa détresse ? En tout cas, il ressent celle de sa sœur qui lui semble étrange. Grâce à lui, son mari va débarquer et ne va rien comprendre non plus à la situation. La dérive de Valentine devient plus profonde avec la rencontre de Manhattan, cette jeune fille dans laquelle elle a mis tant d’espoir. Mais elle a renoncé à avoir son bac et maintenant, elle fait des ménages. Pourquoi se battre alors pour un monde meilleur ? Après tout, ses élèves sont bien dans la cave de son frère. Là, ils finiront bien par apprendre quelque chose. Que faisons-nous vraiment pour avoir un futur avec plus de sens ? Qu’avons-nous fait pour les générations futures? La scénographie signée par Marc Lainé et Stephan Zimmerli et la mise en scène de Pauline Sales essaient de nous pousser à réfléchir à ces questions. Les quatre protagonistes interprétés par Olivia Chatain, Hélène Vivès, Anthony Poupard et Gauthier Baillot jouent avec justesse, l’émotion au creux de l’estomac. Leur vie se résume à des échecs. Un mal être et une détresse qui se ressent dans l’air. Le son crée par Fred Bülh contribue à mettre en place cette sensation de souffrance discrète. Puis dans un système de va et vient, la musique va de plus en plus prendre de la place avec la répétition de la même ligne mélodique du « Boléro » de Ravel. Et à la fin quand tout risque de s’effondrer, le refrain se fait entendre à pleine oreille avec tous les accompagnements. La lumière de Mickaël Pruneau souligne ce soudain regain d’espoir qui après un moment où la scène est d’un intense rouge va vers une lumière plus chaleureuse. Aucun détail n’a été laissé au hasard et on nous guide subtilement vers une question qui au final n’est pas si ouverte. Oui, le changement c’est maintenant et c’est à chacun de le faire.

Laissez-vous embarquer par l’histoire de ces gens normaux qui va raisonner en vous. Car au final on essaie tous de survivre avec nos blessures mais on avance et on garde un peu d’espoir dans l’avenir. 

 

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