Quand les classiques américains passent à la moulinette en France, cela ne peut pas laisser indifférent Jean-Bernard Pouy. Alors il prend sa plume et décide de mener l’enquête en compagnie de son héros, Pierre de Gondol, libraire. Etes-vous prêt à partir en quête des 5 habitants de Pottsville qui ont disparu à la traduction?
Dans les années 50 jusqu’à récemment, les maisons d’édition pour économiser rognaient sur la qualité de la traduction des romans policiers. Dans l’après-guerre, le polar rencontre un gros succès. La « Série noire » lancée par Gallimard et gérée par Marcel Duhamel qui traduit Dashiel Hammette, Raymond Chandler, Horace McCoy… Pour économiser, les traducteurs bacles souvent leur travail et ne maîtrise pas toujours la langue de Shakespeare engendrant alors des erreurs, des contresens ou absurdités. De plus, le livre devait faire au grand maximum 254 pages. Le surplus devait être coupé. Aujourd’hui des éditeurs comme Gallmeister font retraduire ces grands textes pour les propositions dans leur authenticité à un public qui reconnait le policier comme un véritable genre littéraire.

C’est en s’inspirant de cela que Jean-Bernard Pouy, un des papas du poulpe, a décidé en 2000 de donner naissance à un personnage, un libraire détective, Pierre de Gondol. Un client vient le voir dans sa librairie, principalement fréquentée par des habitués et lui confie une tâche qui lui tient à coeur. Il veut qu’il retrouve les cinq âmes manquantes du titre qui ont disparu entre la version américaine et la version française de 1280 âmes de Jim Thompson. Pour cela, il faut relire le roman, des notes. Mais vraiment pour découvrir le tout, il faut aller chez les americanos. D’autant plus, si sa chérie est aussi sur ce territoire très grand.
Comment résister à l’accroche d’un détective libraire? Je n’ai pas pu. J’adore la plume de JB Pouy alors en plus avec un libraire. Et j’ai bien fait car j’ai dévoré ce petit livre avec pleins de références et surtout avec beaucoup d’humour. Le libraire a des clients très exigeants. Il y a Serge qui a cherche toujours des livres très précis qui surnomme Pierre, Epictète. Et il a souvent des bons mots comme « On se croirait à Venise. Même les gondoles sont en retard« . Des phrases sympathiques, on trouve très souvent. Une qui devrait plaire aux amateurs de bière : « Et c’est donc dans un rade enfumé et proche du sauna en feu, après quatre pintes d’une pisse d’âne qui filerait le bourdon à un trappiste« .
Puis l’auteur prend des libertés avec l’orthographe comme ouiski. J’ai trouvé cela très malin et c’est très plaisant à lire. En plus, notre héros adore tout comme moi les pommes de terres. Alors on a le droit à l’histoire de ce « légume » et des petites phrases toutes délicates. « C’est important la patate. J’en mange tous les deux jours. Question d’équilibre autant historique qu’intestinal. Il ne faut jamais oublier qu’elle a sauvé beaucoup plus de monde que la pénicilline« . Comment résister alors à Pierre de Gondol? On ne peut pas. L’amour des livres, des auteurs, de l’aventure, de la passion, des voyages et une quête incroyable sur la disparition d’habitants. Tout y est pour faire un livre palpitant qui se dévore tout seul.
Ne passez pas à côté de ce bijou de la littérature qui va vous donner envie de découvrir « Pottsville 1280 âmes » de Jim Thompson, comme moi.
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