
Le numérique n’est pas neutre en impact. Il y en a aussi bien sur l’environnement que de la part des dirigeants qui se prennent pour des hommes intouchables. Toutefois, derrière cela devrait se poser des questions aussi bien sur le respect de l’individu, le travail que l’écologie.
4e de couverture
Dans les années 1970, une poignée d’illuminés de la Silicon Valley caressaient le rêve d’en finir avec le socialisme, la régulation étatique, et d’installer, au moyen de la technologie, le règne sans partage de l’entreprise privée. Ce rêve, les seigneurs du numérique sont aujourd’hui en passe de le réaliser. Les « Big Tech » contrôlent en effet une marchandise devenue au cours de la dernière décennie la plus précieuse de toutes : les données des milliards d’utilisateurs de leurs services. Par le monopole qu’elles exercent sur la connaissance, elles nous ont propulsé dans l’âge « techno-féodal » du capitalisme. Le pouvoir qu’elles détiennent n’est donc plus seulement économique, il est aussi politique. Que faire face à ces mastodontes soutenus par de puissants États ? Dans ce livre, Cédric Durand nous invite à dépasser l’anxiété provoquée par ces nouveaux maîtres du numérique pour leur opposer une alternative. C’est une lutte rude mais nécessaire, car il est possible de mobiliser ces technologies pour construire une société émancipée et résoudre la crise écologique
Mon avis
Dans ce dense essai issu de conférences données à l’Institut La Boétie, l’économiste explore la question essentielle : faut-il sacrifier le numérique pour préserver la planète ? Il ne plaide ni pour un rejet intégral du numérique, ni pour un technosolutionnisme naïf, mais pour une lecture nuancée et stratégique du techno‑féodalisme que dominent les Big Tech qui ont les monopoles des données qui concentrent un pouvoir économique et politique sans précédent. Cédric Durand déconstruit cette emprise impérialiste des géants du numérique, analyse la privatisation du savoir collectif, la glèbe numérique et l’extraction de rente qui prime désormais sur l’exploitation du travail. « Bien sûr, au niveau global, il ne peut y avoir de profit sans exploitation du travail. » (p. 47). La force du propos réside dans l’articulation entre critique rigoureuse du capitalisme numérique et propositions concrètes : communs numériques, supervision publique et lutte pour une souveraineté numérique internationaliste.
Le livre se distingue aussi par sa capacité à esquiver les deux écueils : ni romantisme technophobe, ni croyance béate dans un progrès technique naturellement libérateur. L’auteur défend un usage éclairé et émancipateur des technologies, dans un projet qu’il baptise cyber‑écosocialisme, une voie étroite entre rejet et capitulation, capable d’intégrer le numérique dans une stratégie écologique et démocratique. Quelques critiques sont pertinentes comme la cohérence du concept de techno‑féodalisme qui peut sembler exagérée telle les Big Tech comparer à des seigneurs protégeant leurs salariés, ce qui tend à diluer la réalité complexe des conditions de travail globales . Quant à la postface consacrée à l’alliance entre Trump et les seigneurs technoféodaux, elle ouvre au débat. Mais manque peut-être de matériaux empiriques solides pour convaincre pleinement.
Ce petit ouvrage de 196 pages reste assez accessible, stimulant et utile. Il offre une synthèse claire des concepts de technoféodalisme et de capitalisme intellectuel monopoliste, tout en esquissant une stratégie politique pragmatique pour mobiliser les technologies au service de la planète et de l’émancipation collective. Tous les concepts ne sont pas totalement accessible directement. Beaucoup des approches ne sont pas courantes. Toutefois, c’est une incitation à repenser notre rapport au numérique. Non pas pour le fuir, plus pour le réorienter.
Ce texte propose donc une réflexion stimulante, une critique lucide des dérives du capital numérique, tout en ouvrant des pistes concrètes pour une transition écologique et démocratique.
Faut-il se passer du numérique pour sauver la planète ?

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