
La question de la violence pour faire passer un message est courante. Elle interroge d’autant plus quand elle est appropriée par les femmes. Irene propose de poser un regard historique et critique pour faire son avis sur ce point de vue.
4e de couverture
« Le féminisme n’a jamais tué personne ». Cette phrase est brandie depuis des décennies par le discours féministe majoritaire. Comme si les féministes cherchaient à rassurer un patriarcat pétri d’angoisse, ou à appuyer l’idée – déjà bien répandue – qu’une femme ne peut pas faire peur, qu’une femme ne peut pas être dangereuse. Mais est-il vrai que le féminisme n’a jamais tué personne ? Elles s’appellent Maria, Noura, Judith, Diana, Christabel. Elles ont fait usage de la violence contre le patriarcat. Elles ont touché au grand tabou. Pour nourrir une réflexion sur la place de la violence dans la lutte contre le patriarcat, Irene nous raconte l’histoire de ces femmes violentes.

Mon avis
Il est important de s’interroger sur la notion de violence dans le féminisme. On le trouve normal et inhérent au machisme et à la misogynie. Les hommes s’expriment et agissent avec violence, cruauté et discrimination. On va même jusqu’à valoriser des images masculinistes de ces mecs hypermusclés ainsi que ceux qui vont se battre dans des figth club. Donc ils doivent impressionner, faire peur et pouvoir faire mal avec leurs corps. Par contre, quand une femme s’essaie à ces pratiques, elle reste mal perçue. « Si, depuis des siècles, la société tend à séparer la violence des femmes, à estimer que les femmes ne peuvent être ni dangereuses ni menaçantes, à les empêcher d’apprendre à faire usage de la violence ou à réagir face à elle, c’est, entre autres choses, car telle que « la femme » est conçue et comprise par la société, l’idée de la violence n’existe pas dans son imaginaire. » (p. 24). Elle doit rester une petite chose fragile, discrète et serviable. « Devons-nous perdre du temps à montrer patte blanche et à tenter de convaincre le monde de notre gentillesse et de notre inoffensivité? » (p. 13). Des femmes ont décidé de faire autre chose. Contrairement à ce que l’on pourrait croire dans le titre, ce n’est un guide et encore moins un éloge du féminisme extrémiste. Mais il est très intéressant de s’y intéresser et de voir ce que cela cache. « Dans les discours antiféministes, la rhétorique défendant l’idée selon laquelle le féminisme prend des formes trop agressives, trop extrémistes, trop dérangeantes et trop violente est la norme. Il est devenu commun de lire des articles plaignant des hommes terrorisés à l’idée qu’une plainte pour agression sexuelle puis être déposée à leur encontre. » (p. 10).
Elle commence avec Artemisia Gentileschi, peintre du 16e siècle, qui s’est battu pour avoir le droit d’être peintre et surtout que son violeur soit reconnu coupable. Dans ces peintures surtout celle avec Holopherne, on voit une femme décidée et courageuse qui va trancher la tête. Pas de peur et pas de doute. Une représentation assez rare dans le monde classique de la peinture. Elisabetta Sirani, né en 1638, possède également un don exceptionnel pour la peinture. Elle aussi représente des femmes autrement, forte et fière. L’art est un milieu où on voit les violences faîtes aux femmes. Malheureusement, la femme reste bien souvent un objet sexuel et de désir. Donc les scènes où on les viole sont bien trop souvent hypersexualisée. Cela a contribué à l’idée que quand une femme dit non, elle pense vraiment oui. Les exemples ne manquent pas et valident des attitudes toxiques qui sont reproduites dans la vraie vie. La toxicité se voit trop et elle est rendu acceptable.
Par chance, quelques personnages de fiction ne se laisse pas faire. Vient alors l’exemple de Lisbeth Salander personnage centrale dans les romans « Millenium » créée par Stieg Larsson. Malgré une histoire de vie catastrophique, elle décide de prendre le taureau par les cornes. Ceux qui ont abusé d’elle vont le payer et ça va faire mal. Les adaptations iront plus dans la nuance avec en bonus le male gaze. « Les trames sont totalement éloignées de la réalité. » (p. 36). àD’autres histoires bien sombres elles se déroulent bien dans la vraie vie. Au Mexique, de nombreuses femmes travaillent dans des usines. Sur le chemin entre domicile travail, beaucoup se font violer, tuer, démembrer, voler des organes… Le nombre augmente de façon significative et le cadavre ne sont pas toujours retrouvé. Les autorités ne bougent guère face à ce massacre. Mystérieusement des conducteurs de bus sont retrouvés assassinés. Ces hommes profitaient de leur statut pour agresser des femmes innocentes. Il en a fallu passer par là pour mettre plus de sécurité dans les transports. Aucune coupable n’a été trouvé. Ce qui n’est pas le cas de ces femmes qui tuent leur mari ou concubin après des années de maltraitance. Les jugements et les peines sont lourds. Les victimes incomprises. Faut-il en conclure que parfois, il faut en passer par-là pour des questions de sécurité et de reconnaissance? A partir de quand et de combien de mortes, il faut considérer que l’action est acceptable? L’autrice ne prône pas le féminisme extrémiste, elle l’interroge, nous interroge et demande ce qu’il faut faire.
Une lecture qui ne laisse pas insensible avec un franc parler qui fait écho en nous.
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