
La Machine à influencer explore deux millénaires d’histoire des médias, de l’écriture antique à l’internet moderne. L’ouvrage déconstruit l’idée que les médias constituent une entité toute-puissante visant à contrôler les esprits, pour montrer qu’ils reflètent avant tout nos peurs, nos envies et les structures économiques existantes. En croisant anecdotes historiques, humour et pédagogie, Brooke Gladstone invite à repenser notre rapport à l’information.
4e de couverture
Pourquoi le chiffre de 50 000 victimes revient-il aussi souvent dans les médias américains ? Les journalistes devraient-ils annoncer leurs intentions de vote ? Internet radicalise t-il nos opinions ? Ce sont quelques-unes des questions soulevées par Brooke Gladstone, journaliste spécialiste des médias pour la radio publique américaine NPR. Avec l’aide du dessinateur de bande dessinée documentaire Josh Neufeld, elle retrace dans La machine à influencer l’évolution des médias d’information et des pratiques journalistiques. Des premières dérives de l’information sous l’empire romain jusqu’aux errements des médias américains au moment de l’entrée en guerre contre l’Irak, Brooke Gladstone s’interroge et livre une grande leçon de journalisme.
Passionnant manifeste, La machine à influencer réfute les théories qui représentent les grands médias en tireurs de ficelles tout-puissants. De la censure aux journalistes « embedded » en zones de guerre, le livre recense les stratégies des politiques pour s’accommoder du quatrième pouvoir, décortique les différents biais qui affectent les journalistes, décrit le circuit des sondages et statistiques qui parviennent jusqu’à nous et explique comment nous en venons à croire ou rejeter certaines informations. Brooke Gladstone et Josh Neufeld nous fournissent ainsi des outils pour décrypter les médias et rester des consommateurs (voire des producteurs) d’information vigilants.

Mon avis
Brooke Gladstone livre une réflexion nuancée sur les médias, soulignant que leurs dérives sont le plus souvent le reflet de mécanismes institutionnels et de nos propres attentes. L’approche est pédagogique sans tomber dans le simplisme. Un retracé historique, en bichromie mais rigoureux, où le style clair et épuré de Josh Neufeld sert avant tout le propos. Malgré la variété des sujets abordés, de la liberté de la presse à la concentration médiatique, en passant par l’influence des réseaux sociaux sans oublié de réfléchir à des notions comme la neutralité. Ca donne pas mal à réfléchir surtout que les références ne manquent pas avec les sociologues, les chercheurs, les sémiologues et tellement d’autres. « Quand le traitement d’un évènement est contradictoire ou confus, nous avons accès aux documents d’origine, ou bien nous pouvons chercher à vérifier une information auprès de ses sources… ou encore chercher à connaître des opinions raisonnables en dehors de notre zone de confort. C’est risque. Comme l’a dit John Dewey, « toute personne qui commence à penser met certaines parties du monde en danger ». » (p. 22).
Il manque parfois de profondeur sur chaque point, ce qui donne un sentiment de survol et de grande complexité. Même si c’est sans doute un choix délibéré pour rester accessible et c’est déjà un gros volume. C’est toujours un questionnement, faut-il parler d’un sujet particulier à fond et plus être généraliste sur plus de thèmes. La difficulté est de trouver le juste milieu. La bd cite de nombreux exemples américains et presque uniquement américain. La guerre est un exemple de choix pour maîtriser les médias et les journalistes. Parfois dictature et démocratie, utilisent les même outils. « L’information est contrôlée : le nombre de victimes est réduit et les pertes transformées en victoire. Mais il y a toujours des messages mitigés qui filtrent. Sauf quand la bombe atomique est lâchée, le 6 août 1945. La Maison-Blanche contrôle ce récit de bout en bout… « Il y a seize heures, un avion américain a lâché une bombe sur Hiroshima, base majeure de l’armée japonaise… « , « Les Japonais avaient commencé la guerre dans les airs à Pearl Harbour. Et ils en ont subi les conséquences… », « Une bombe atomique… maîtrise d’une force élémentaire de l’univers ». (p. 83). Ce choix reste du moins pertinente dans un contexte global qui reste une vérité dans de nombreux pays. Rien de tel pour apprendre à développer son esprit critique surtout à une période où les fake news sont vénérées. Et aussi cela donne envie de se plonger dans des ouvrages sur l’histoire des médias avec aussi l’essor du storytelling.
Une bande dessinée riche et dense qui donne à réfléchir et surtout à douter sur les médias.
Laisser un commentaire