On oublie souvent la créativité qu’il a fallu pour faire évoluer la photographie et le cinéma. Guy Delisle décide de consacrer un album au génie d’Eadweard Muybridge. Ainsi dorénavant, derrière des images, on peut mettre plus qu’un nom.

4e de couverture
1855, Eadweard Muybridge, un jeune anglais qui ne s’intéresse pas particulièrement aux chevaux émigre en Californie. Passionné par un procédé technique qui en est à ses débuts, la photographie, il va rapidement devenir un des plus célèbres photographes de son époque. Aidé par l’homme le plus riche des États-Unis, il va réussir un exploit inédit : fixer sur pellicule la course d’un cheval au galop.

Mon avis
Quand on regarde la couverture, impossible de ne pas être aussitôt attiré. Le nom d’Eadweard Muybridge est suffisant pour convaincre de se plonger dans la lecture. L’homme qui a prouvé que les chevaux avaient les quatre pattes en l’air lors de la course. La photographie est une preuve indiscutable. Mais arriver au résultat ne s’est pas fait aussitôt et si rapidement. Grâce au financement d’un homme très riche, il peut expérimenter ce qui n’est pas donner à tout le monde. Heureusement que c’est expert de la photographie. Il a voyagé dans les Etats-Unis et a pris des photos incroyable des paysages, des autochtones ainsi que de l’évolution de la technologie comme le train. Grâce à ça, il a pu avoir une rentrer d’argent non négligeable et poursuivre ses recherches. Il a fait connaître son travail grâce à des publications, même restées confidentielles et des conférences dans le monde entier. Pour ces conférence, il utilise l’objet qu’il a inventé, le zoopraxinoscope. « Sur un disque en verre, il redessine des miniatures de ses photo. Le disque tourne dans un sens et un obturateur dans l’autre. Les images éclairées par une lampe donnent l’illusion du mouvement. C’est un projecteur. Il est le tout premier à inventer une telle machine. » (p. 130). Sa machine pour mettre presque en mouvement ces photos étaient précurseur et créait l’émerveillement. On trouve même l’influence du cercle avec deux motifs sur chaque face créé par Joseph Plateau qui travail sur la persistance rétinienne. « une image se superpose à une autre si on la regarde à grande vitesse. » (p. 128) et le zootrope. De ça, naquit des idées de cinéma animé avec des inventeurs de tout bois. Impossible alors de ne pas évoquer les frères Lumière et aussi la réalisatrice Alice Guy. On voit les vraies images de l’image de l’époque ce qui apporte beaucoup dans la prise de conscience.

Guy Delisle s’amuse à dresser un portrait de Thomas Edison très peu flatteur. L’homme riche aux mille inventions n’était guère commode et volait sans complexe les créations des autres. On trouve une anecdote très croustillante. « Faut dire qu’il a eu d’autres chats à fouetter, le Edison. Il a perdu le contrat d’éclairage de l’Exposition au détriment d’un jeune ingénieur qui a travaillé pour lui… Nikola Tesla, qui a mis au point le courant alternatif. Edison s’est acharné à prouver que le système de son concurrent était dangereux. Un épisode qu’on appelle la « guerre du courant ». Pour démontrer la dangerosité du courant alternatif, Edison s’est à électrocuter des animaux de plus en plus gros. Il a même déniché un éléphant. Ne reculant devant rien, il réussit à convaincre les autorités de l’expérimenter sur un condamné à mort. On l’oublie, mais Edison a aussi inventé la chaise électrique. » (p. 17).

Le génie est rarement solitaire. L’autre élément qui est très appréciable est la présence de Etienne-Jules Marey qui travaille sur un concept similaire à Muybridge en France. Il crée le fusil photographique « qui permet de prendre librement 12 images en rafale » (p. 138). Il n’oublie pas d’évoquer également les origines de la photographie. « Après des années de recherches, c’est le français Nicéphore Niepce qui arrive le premier en 1827. Il expose pendant plus de dix heures l’arrière-cour de sa maison. Son domicile se nomme « Le Gras ». Il fixe sur une plaque d’étain la vue de sa fenêtre. Pour la première fois, une image de la réalité est saisie et conservée de façon permanente. « Le point de vue du Gras » est considéré comme la première photographique. » (p. 9). Louis Daguerre veut améliorer le processus. « Fatigué par une suite d’échecs, il interrompt une exposition qu’il range dans une armoire. Le lendemain, il découvre qu’une image positive est apparue. Pour identifier le produit actif, il enlève un à un tous les objets mais, même vide, l’armoire fonctionne toujours. Il fouille partout, essaie avec une autre armoire : rien. En y regardant de plus près, il découvre, entre de xu planches, des traces de mercure provenant d’un thermomètre cassé. » (p. 11). Grâce à ça, il développe une nouvelle technique. « La vapeur de mercure permet des expositions plus courtes et se fixe aisément avec de l’eau salée. On passe de plusieurs heures de pose à quelques dizaines de minutes. C’est une révolution. Comme Niépce 11 ans plus tôt Daguerre place son appareil à la fenêtre et en tire une image. Le boulevard du Temple est une rue très animée mais, avec une exposition de 15 minutes, tout ce qui est en mouvement n’apparaît pas à l’image. Chevaux et calèches qui se déplacent ont disparu mais, dans le coin gauche, on remarque la silhouette d’un homme qui se fait cirer les chaussures. C’est le seul à être resté immobile assez longtemps pour être enregistré sur la plaque. Ce qui fait de ce mystérieux passant le premier homme immortalisé sur une photo. » (p. 12). L’évolution continue avec la reprocductabilité d’une image. « En 1866, la technique de la photo a déjà connu quelques révolutions. Le daguerréotype a laissé place à la technique du collodion humide. Un procédé plus simple et moins cher qui utilise un support en verre et non plus en cuivre. Une technique qui a aussi l’avantage d’être reproductible. A partir d’une plaque, on obtient une multitude de copies basculant notre monde dans l’ère de la reproductibilité technique. La vente de photographies commence à toucher un plus large public. » (p. 21).

Quel délice de dévorer cet album qui est passionnant. On apprécie le style assez formel, net et précis du bédéaste que l’on a déjà suivi dans ces aventures. Surtout qu’il montre tous les aspects de l’homme positifs et négatifs. L’innovateur n’est pas parfait comme il est souvent montré. La fin est très ingénieuse. Il ancre le travail du photographe dans l’impact qu’il a actuellement sur des générations de dessinateurs. Pendant la lecture, on prend de très nombreuses notes tellement c’est captivant et que l’on veut poursuivre la découverte. Une nouvelle visite au musée des arts et métiers s’imposent. Un livre à lire, relire, à mettre dans sa bibliothèque et à offrir.

Une lecture très passionnante sur Eadweard Muybridge qui nous montre l’incroyable travail du photographe.

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