
Le poil est un sujet de société. En ce moment, la mode est à l’éradication, surtout pour les femmes. Le poil devient un indicateur de beauté au même titre que la minceur.
4e de couverture
L’intolérance du poil sur les corps féminins: telle est la question à laquelle s’attache cette BD. Car avant de faire l’apprentissage de leur féminité, c’est de la honte que nombre de jeunes filles éprouvent dès leur apparition sur leurs corps pubères. Associant les qualités graphiques du dessin franc de Juliette Mancini aux travaux de recherches de deux psychologues et cliniciennes, cette BD juste, drôle, documentée et engagée questionne les dictats esthétiques intériorisés depuis des générations et qui conditionnent les vies de nombreuses femmes à travers le monde. Femmes, hommes – et même poils ! -, se croisent pour évoquer cette histoire intime, et pourtant profondément sociale et politique, en invoquant avec humour mythologie, histoire de l’art et études biologiques.

Mon avis
Les histoires de poil restent assez rare dans le 9e art bien qu’il soit omniprésent dans la société. On peut dire que les vendeurs de rasoir on fait un excellent boulot pour persuader les femmes de dépenser leur argent, malgré qu’elle gagne moins que les hommes, pour ces produits. Donc adieu poil sous les aisselles, sur les jambes, dans l’entrejambe, dans l’entrefesse, sous le nez, entre les yeux, le pubis… Les femmes doivent avoir le corps d’une enfant ou d’une personne malade pour être belle et désirable. « Pour conclure, l’épilation du sexe peut être lue comme une tentative de dompter le sexuel féminin. Il doit être aseptisé, domestiqué, civilisé, afin d’être supportable et pour contrer les fantasme qu’il continue de susciter : sauvagerie, violence et démesure. » (p. 158). Comment en est-on arrivé là? Pourquoi le corps sans poil pour les femmes est-il si important? Pourquoi génère t’il tant de stress, de peur et de méchanceté?
« – Sonia Renaud-Khoury, d’où vient la mauvaise réputation des poils?
– Ce qui revient dans l’imaginaire collectifs, aussi bien des femmes que des hommes, c’est que le poil serait sale, dégoûtant, synonyme d’un manque d’hygiène. Ce qu’on peut percevoir derrière ce discours, c’est que cette saleté est celle du « sexuel », c’est-à-dire l’aspect pulsionnel de la sexualité qu’on ne maîtrise pas. » (p. 21).
Alexia Chandon-Piazza et Sara Piazza explorent les représentations et les impératifs de l’absence de poil. On découvre bien des choses qui nous incitent à réfléchir sur nos biais et les choix sociétaux. Le poil pourrait paraître anodin pourtant il est au centre du quotidien de l’ensemble des citoyennes. Comment plaire ? Comment se construire comme femme? Que risque t’on à ne pas suivre les règles? Pourquoi est-ce si important de ressembler à une petite fille pour faire fantasmer les hommes? Quel rôle joue le porno? Tout cela se reflète dans les attitudes des femmes. Dès l’adolescence, les filles veulent retirer leurs poils. Le besoin de conformisme est dense. Le constat n’est pas très différent chez les adultes qui prennent rendez-vous dans des centres d’épilation ou qui achètent des machines d’épilation. Même dans l’art, on s’interroge. Par exemple, dans « L’origine du monde ». « Certes, le poil est bien présent mais la vulve est réduite à une fente! Pas de lèvres visibles, ni grandes, ni petites. La position du modèle offre un angle privilégié pour voir l’organe sexuel féminin et pourtant il est simplifié à l’extrême. » (p. 107). Des questions qui amènent peu de réponses et peu d’actions. Seulement un constat autour du sexe, de la désidérabilité et de la santé mentale. A chacune de réfléchir à son rapport à son corps. Mais on ne sort pas indemne de la lecture que l’on approfondir avec les sources citées en fin d’ouvrage.
Une bd intéressante qui bouscule et interroge sur notre rapport aux poils.
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