La vie dans les mines n’est vraiment pas de tout repos. Guy Lefranc est sur le terrain et découvre bien des choses. Malheureusement pour lui, son article ne sera pas publié.

4e de couverture
23 Décembre 1955. Après avoir affronté le « Maître de l’Atome », Guy Lefranc retrouve son ami l’inspecteur Renard dans une localité minière entre Lens et Marchiennes, dans le bassin houiller du Nord-Pas-de-Calais. Le journaliste vient couvrir un événement dramatique : une tentative désespérée de sauver des mineurs bloqués dans leurs galeries par plus de 900 mètres de fond. Quant au policier, en mission pour Interpol, il est venu arrêter un redoutable terroriste qui se cache…

Mon avis
Quand on voit la couverture et la mise en page, on croirait une bd des années 70. La surprise est de taille quand on découvre que l’ouvrage date de 2009. Il est encore possible de publier avec tant de clichés au XXIe siècle. Le premier tome est publié en 1954 et continue encore de nos jours. C’est totalement incroyable. Cela peut expliquer pourquoi rien n’a évolué et tout est figé dans une époque rétrograde et discriminante. Du moins, de façon un peu différente de celle de nos jours, pour l’instant.

Ce qui étonne aussi est que l’on débute avec une préface expliquant le contexte des mines de charbon. C’est signé par Camille Rigebert et on ne sait pas son métier. Nous ignorons en quoi cette personne peut dresser un bilan. Quelle est sa légitimité? Elle propose un résumé de la politique d’extraction du charbon en France et en Belgique. Les conditions de travail difficile sont abordés. Cela servira de base pour le récit fictif. On retrouvera le fait que les profits valent plus que la vie des mineurs. Néanmoins, les scénaristes insistent plus sur le côté paternaliste du patron qui se soucie vraiment de ces employés. « Mon devoir est de penser avant tout à la vie de mes employés… D’autre part, je ne voudrais pas que l’on me reproche d’entraver l’action de la police. » (p. 9). Ou « – J’ai fait en sorte que la famille soit relogée dans une maison plus confortable. Mais, depuis, Luciana n’est plus la même et sa fille Laura a perdu la parole. J’ai pris en charge son traitement chez un psychiatre de ma connaissance. – Hum… Je vois que derrière l’administrateur se cache un homme de coeur… » (p. 33). Le problème vient d’un sabotage interne. Un choix qui détonne par rapport aux informations premières. On a juste une prise de conscience d’un subalterne qui choisit de minimiser les choses pour se faire bien voir. Donc ce n’est pas une faute directe des responsables du site. « Toute cette exploitation est vétuste, pourrie jusqu’à la moelle! Le rendement a toujours passé avant la sécurité! Et moi, j’ai toujours fermé des yeux, omettant de mentionner les incidents dans les rapports pour ne pas avoir d’ennuis, ni avec la direction, ni avec l’inspection des mines! Par exemple, cette huile qui a provoqué l’incendie, on aurait pu la remplacer par un liquide ininflammable ! Mais cela aurait entraîné un surcoût… » (p. 16).

Guy Lefranc, un héros, journaliste au Globe, avec un syndrome du sauveur, se met toujours dans des situations catastrophiques. Grâce à ça, d’une part, il rencontre des personnes assez extraordinaires et d’autre part, il écrit des papiers très populaires. Les choses finissent par bien se passer par le biais de ces actions de bravoures. Et sans surprise, c’est la femme qui amplifie les problèmes. On a le droit à un récit en long et en large sur les turpitudes qui touchent. L’amour lui fait perdre la tête. A part Luciana, toutes les autres restent des personnages secondaires qui s’occupent à la fois de la maison et des enfants, de préparer le repas de leur mari et d’aller travailler aussi tous les jours. Elles restent à leur place.

Les éléments qui détonnent ne manquent pas. Déjà, pour un album jeunesse c’est très verbeux. On n’est pas loin de « Blake et Mortimer » aussi bien dans la quantité de texte que dans la mise en page. Cela alourdit la lecture. L’autre chose est en plus de la lourdeur du texte, c’est sa complexité. « Un arc électrique enflamme l’huile » (p. 6). Les jeunes lecteurs sont dorénavant habitués à des choses plus légères et qui privilégie l’action aux longues descriptions et explications. Sans omettre que l’on insiste sur des évènements comme la guerre d’Algérie. Est-ce qu’un gamin de 10 ans de nos jours connaît? Et malgré que des personnes discutent, c’est le français écrit qui est retranscrit.

On sent le racisme très présent. Les « vrais » français menaient la vie dure à ces immigrés que le gouvernement ainsi que les exploitants de mines sont allés chercher en Italie et en Pologne. Comme on pense qu’ils volent le travail des locaux, on les accuse facilement de nuisance grave. « On m’a chargé de mettre la main sur un dangereux criminel qui a fui la Pologne pour se cacher au sein de la vaste communauté polonaise employée par les charbonnages. Il est accusé de l’assassinat à la voiture piégée du général Kielbasa, un héros de la dernière guerre » (p. 8). En complètement, on trouve de trop nombreuses références à la religion catholique aussi bien dans les expressions que dans les usages. C’est très gênant et cela n’a plus sa place car ce n’est pas publié dans la presse catholique. « J’ai même prié la Sainte Vierge pour vous… » (p. 44). Malgré ça tout finit assez mal sauf pour le héros et son compère policier.

Une lecture surprenante qui cultive une autre époque, où le conservatisme et la religion tiennent une place phare.

6 réponses à « Les aventures de Lefranc – Tome 20 – Noël Noir – Jacques Martin, Régric, Michel Jacquemart, Pierre Stevenart et Loli Irala Marin »

  1. Avatar de belette2911

    J’en ai lu assez bien, des Lefranc, et effectivement, ils sont très verbeux, mais j’en avais marre du côté assez manichéen des personnages… Celui-ci, je ne l’ai pas lu.

    1. Avatar de noctenbule

      Je vais poursuivre la lecture. Tu l’avais découvert dans Spirou?

      1. Avatar de belette2911

        Lefranc n’appartient pas à Dupuis, je les avais découverts en achetant des bédés à une brocante.

      2. Avatar de noctenbule

        Le dessin est déjà répulsif pour moi. Mais je vais poursuivre quand même pour voir l’esprit d’une époque.

      3. Avatar de belette2911

        Pourtant, ce sont des dessins en ligne claire, les Lefranc…

      4. Avatar de noctenbule

        C’est vraiment horrible. C’est une épreuve de lecture pour moi. Mais c’est vraiment plaisant à analyser pour voir que même écrit en 2020, les scénaristes continuent à utiliser les clichés d’une autre époque.

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