
La vie n’est pas un long fleuve tranquille. Entre les jalousies, les tromperies, le Covid et le nucléaire, il faut se battre pour survire. Parfois, certains esprits tordus en profitent pour nuire à leur entourage.
4e de couverture
Après les très remarqués « Padovaland » et « Fleur de lait », nominé dans la sélection officielle du FIBD 2024, paraît en Italie « Comfortless » le dernier chapitre de la trilogie Nord-Est de Miguel Vila, fresque catastrophique d’une humanité à la dérive où l’on retrouve le style de l’auteur dans sa façon de décrire les affres du quotidien. Ce dernier opus reprend l’univers narratif des deux premiers titres, revenant à un conte choral et polyphonique dans lequel les vices, les peurs et les égoïsmes sont portés jusqu’à la limite de l’exaspération.
Mon avis
Quand on regarde la couverture, on ressent un malaise. Est-ce le regard inquiet de l’adolescente ou les masques bleus pour se protéger d’un virus ou encore le champignon atomique? Que de choix. Au final, c’est déjà le rendu graphique de Miguel Vila qui créé un univers tendu et assez malsain. Tous les personnages ne cherchent qu’à nuire aux autres, être cruel, toujours dans le jugement. Le graphisme fait penser à celui de Robert Crumb avec des gens un peu moins hideux et des teintes plus douces. Mais cela demande de faire un effort pour ne pas fermer l’ouvrage pour ne pas y revenir du tout. La mise est très originale et fait penser à des bd modernes. Il faut s’accrocher.
Les passages sur le Covid met très mal à l’aise. D’autant plus que l’évènement n’est pas si lointain. Est-ce que cela donne envie de tuer ou d’agresser les autres? La folie n’est jamais loin. On n’aimerait pas avoir certaines voisines cinglées. Tout est de cet acabit. Ce qui peut surprendre c’est le choix de l’angle avec le nucléaire ainsi que le réchauffement climatique. Surtout que le dessinateur est italien et que ce ne sont pas des thématiques présentes culturellement. Comme le positif n’est pas à l’ordre du jour dans cette aventure livresque, on ne s’en étonne pas trop non plus. « A tous les coups tu crois que c’est la fin du monde : d’abord c’est le covid ensuite la guerre nucléaire puis la crise économique et maintenant tu yoyotes sur le changement climatique. J’ai faux? » (p. 137). Ce simple échange prouve la dureté sociale entre les êtres fictifs.
Le nucléaire effraie principalement quand il est abordé sous l’angle de la catastrophe ou de l’attaque. « »De plus en plus, de victimes des radiations en Lombardie et Vénétie. Le total s’élevant à 10 061 patients hospitalisés dont 6 421 en thérapie intensive ». Le Président du conseil annoncera dans la journée les nouvelles mesures de sécurité pour se protéger des re…retombées. » » (p. 166). Une information qui fait froid dans le dos. L’évènement déclencheur est l’explosion d’une ogive nucléaire qui a été entreposée à la base de l’Otan. Toute la population n’est pas effrayé par le passage du nuage nucléaire. Le scénariste souligne l’inculture de ces personnages. « – Mais autrefois à Hiroshima, une centrale nucléaire a explosé et aujourd’hui les gens y vivent sans problème. – Tu voulais dire Fukushima. – Non, là-bas c’est là où ils ont largué la bombe. – Admettons, mais par exemple, la première bombe atomique d’une puissance d’environ 15 kilotonnes c’est-à-dire l’équivalent de 15 000 tonnes d’explosif. Tu peux te représenter une quantité pareille? – Non – Bien. Prenons la bombe de Crémone. Sa puissance était de 600 kilotonnes soit… hmmm… Oui… 600 000 tonnes d’explosif. 40 fois plus puissant que la bombe larguée sur le Japon. » (p. 157). Est-ce que cela permet de mieux comprendre? Et surtout que trouve t’on dans l’ogive? Qu’elles sont les effets sur les habitants? Qu’importe des gens meurent à cause d’une erreur humaine. Au final se ne sont jamais les machines qui sont défaillantes. Cela reste bien l’humain. L’homme reste un loup pour l’homme. Alors rien de plus naturel de faire un récit assez horrible et déprimant.
Une bd originale par son approche scénaristique et dans la mise en page. Mais pour la bonne humeur, l’espoir et la bienveillance, il faudra repasser après l’apocalypse.

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