
Clémence cultive sa rage. Face à une situation assez limite, elle ne peut pas rester sans rien faire. Elle doit comprendre sa réaction pour arriver à se projeter positivement dans le monde de demain.
4e de couverture
Clémence est en colère. Une colère si forte, si envahissante qu’elle l’empêche de vivre. Sentant qu’un point de non retour est atteint, elle rejoint un groupe de parole qui réunit des femmes ayant elles aussi subi des violences sexuelles. 15 semaines, 15 séances de travail durant lesquelles, ensemble elles vont se livrer, s’aider. Auprès d’elles, grace à elles, Clémence va chercher (et trouver !) le moyen de faire autre chose de cette colère. Comme toujours, Mirion Malle nous entraîne au plus près de son héroïne et de ses émotions. C’est avec Clémence que se clôt le cycle initié par Mirion Malle avec C’est comme ça que je disparais (2020), suivi de Adieu triste amour (2022). 3 romans graphiques qui abordent avec force et sensibilité la guérison, la sororité, le soutien, l’écoute.

Mon avis
Quand on regarde la couverture, on est face à une jeune femme en colère. Le titre confirme cette sensation de révolte. On rentre dans l’histoire avec la confirmation de cet énervement tumultueux. Sur la première page, on voit un verre de limonade en gros plan avec plusieurs phrases : « Tu me saoules! Maintenant tu te casses tu leur fous la paix! Casse-toi! » (p. 7). Un mec qui a dépassé la trentaine tente de draguer très lourdement des mineurs assises en terrasse. Une mise en bouche sur l’importance et la liberté dont jouisse les pervers vicieux dans la société. Clémence est en rage et elle cultive cette émotion. Quand elle décide de rejoindre un groupe de parole qui réunit des femmes ayant subi des violences sexuelles, son rapport au monde change. 15 semaines avec 15 séances permettent de mettre des mots sur des souffrances, de discuter avec des personnes bienveillantes. Le viol est un abus sur un corps et aussi sur un esprit. Se reconstruire demande du temps. Et voir le nom de son agresseur ou le voir demande du courage pour ne pas s’effondrer. Le témoignage fictif de Clémence touche indéniablement.
Mirion Malle est fidèle à son style direct et provocateur. Il est hors de question d’éviter des sujets tabous car cela va déranger certaines personnes. Les mots ont le droit d’avoir des mots. Comme à son habitude, elle valorise l’importance de l’amitié. Des amies toujours là pour écouter, réconforter et aussi rire. Sans oublier l’amour, celui qui anime et qui fait peur. Ouvrir son coeur est toujours une prise de risque. Par contre, la façon de parler désarçonne. On assiste à un mélange de français et d’anglais ainsi que des expressions pas toujours compréhensible. Est-ce propre au parler canadien? au parler jeun’s branchés? un mélange des deux? Pour le graphisme, on reconnaît aussi la pâte de la bédéaste avec son dessin fait main levé et ces couleurs chaudes. Un choix dans l’air du temps qui botte le cul aux classiques.
Une bd qui parle de l’intime et sur le moyen de se soigner pour moins cultiver la haine avec la colère.


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