
Les humains ne sont plus trop utiles à la société. Les robots font tout le travail. Pourtant, personne n’est vraiment pas heureux de cette situation.
4e de couverture
Cette satire de SF signée Mark Russell (Le Retour du Messie) et Mike Deodato Jr. (Hulk, Spider-Man) met en lumière des problématiques sociétales contemporaines – entre racisme, peur du grand remplacement et système à bout de souffle …
En 2056, les robots ont remplacé les êtres humains sur le marché du travail. La coexistence est difficile entre les robots et les dix milliards de terriens. Chaque famille humaine dispose d’un robot dont elle dépend entièrement. Le robot des Walter, Razorball, passe – de façon assez inquiétante – tout son temps libre dans le garage à construire des machines conçues pour tuer sa famille d’accueil…

Mon avis
La couverture a de quoi nous intriguer. Le tableau « American Gothic » de Grant Wood revisiter avec des robots à quoi interroger. La pertinence est de mise. L’humain a détruit sa planète et la voilà en train de mourir. Heureusement que l’on a développé des robots avec des capacités pour gérer des solutions. Des villes dans des bulles sont maintenues artificiellement par des robots. Parfois, les bugs génèrent la mort de centaine de personnes. Est-ce si grave? En tout cas, pas pour le robot justicier. Puis une nouvelle technologie de robot rend obsolète les anciens modèles. D’autant plus qu’ils ont l’aspect humain, donc on s’attache plus à eux. En mettant un peu plus à l’achat, on peut se passer des publicités qu’ils déblatèrent. Mais la société devient-elle plus acceptable? Les tensions et les inégalités ont-elles disparus? Forcément, il n’en est rien et tout part à la catastrophe.

L’humain est inutile. Les anciens modèles de robot deviennent inutiles. La révolution devient la seule solution et il n’est pas obligatoire que cela aboutisse à quelque chose de concret. Il faut essayer pour percevoir un espoir. Mark Russell explique son scénario à la fin du comics. Son approche apporte un autre regard sur le récit. Déjà le titre, il faut référence à not all man, en rapport avec la masculinité toxique. Les robots sont ces mecs misogynes et masculinistes qui reportent la faute sur les autres et qui craignent le grand remplacement féminin.
« L’idée m’est venue en 2017 au cours du mouvement #Me too, qui a mis le projecteur sur les abus que les hommes au pouvoir font subir aux femmes. Plus précisément, elle m’est venue en observant la riposte discutable des #NotAllMen. Hormis le caractère absurde de ce genre de réaction (qui équivaut à traiter le problème du car-jacking en rappelant que tout le monde ne vole pas de voitures), j’ai été frappé de voir à quel point ce contre-mouvement se concentrait sur ses propres doléances au lieu de s’intéresser au vécu évoqué par les femmes. La plainte sous-jacente de beaucoup de ces hommes portait sur le fait qu’eux aussi se sentaient réduits à des objets, qu’eux aussi étaient globalement traités comme des marchandises par les détenteurs du pouvoir. Mais au lieu d’y voir une occasion de se joindre à la cause des femmes, ils semblaient dire que puisqu’ils acceptaient d’être maltraités, les femmes n’avaient qu’à faire pareil. C’est bien le principe des privilèges : non seulement ils volent de leur humanité ceux qui en sont privés, mais ils persuadent ceux qui en profitent que les premiers n’ont aucun motif de se sentir floués. »
On ne ressort pas indemne de cette expérience de littérature. Qu’importe les niveaux de lecture, c’est impactant. Que l’on parle de robots, d’IA, de technosolutionnisme, de machines, de machisme, ces sujets restent toujours d’actualité. Les craintes du futur n’ont guère changé à part le comment on y aboutit. Là on passe par la surexploitation de la planète pour que des gens puissent s’enrichir à l’excès. L’angle environnemental totalement assumé est assez rare. L’usage de la langue avec des nouveaux mots et des expressions plus adaptés comme Ressources inhumaines facilitent l’immersion. Le dessin très réaliste apporte le sérieux et l’envie de se projeter dans ce monde.
Un album très dense, précis et travaillé de la première à la dernière page qui appelle à réfléchir. Est-il temps de changer les choses pour l’avenir?

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