Artemisia est née dans une famille d’artistes. Contrairement à ces frères, elle possède un sens de l’art tout particulier. Son statut de femme sera t’il vraiment un frein à sa création?

4e de couverture
L’incroyable destin de la première femme peintre officiellement reconnue par l’Académie. épaulée par le dessin sublime de Tamia Baudouin, Nathalie Ferlut nous emmène sur les traces d’une artiste hors du commun. Lorsque Artemisia Gentileschi pousse son premier cri, le Caravage commence à développer son art magnifiquement ténébreux. La peinture est alors un art réservé aux hommes : une femme ne peut ni entrer à l’Académie, ni signer ses toiles, ni être payée pour elles. C’est pourtant ce que l’une d’entre elles va faire… Sa force lui permettra de triompher de tout et de tous, et de révéler au monde une peinture dont la puissance n’a rien à envier à celle des hommes.

Mon avis
Nathalie Ferlut et Tamia Baudouin proposent un nouveau regard sur la vie d’Artemisia Gentileschi. Nous sommes loin de la vision très romancée d’ »Arte » de Kei Ohkubo. Les deux femmes nous emmènent au plus près des traces que nous avons en notre possession. La jeune fille a été abusée sexuellement pour un ami de son père. Qui a proposé de se marier avec elle afin qu’elle ne porte pas trop le déshonneur sur sa famille. Son père qui a fait l’autruche un moment doit faire face à sa fille qui l’accuse d’avoir laissé faire la situation. Il poursuit l’homme au tribunal. Cela se faisait que très rarement. Artemisia montre une détermination à toute épreuve. Elle a résisté à la torture pour prouver qu’elle maintenait son accusation de viol. Par contre, bien qu’elle gagne le procès, que vaut son honneur dorénavant. La victime vaut moins que son bourreau. N’est-ce pas toujours le cas de nos jours?

Comment ne pas être choqué de cette morale rétrograde et qui encore une fois valorise l’homme? On peut lire la parole du père à la suite du procès : « Tassi à tout détruit : ma fille vaut à présent moins qu’une prostituée, vous l’avez vu dans la rue tout à l’heure! Le juge a écrit que Tassi l’a violée, mais pour les gens, ça n’existe pas! S’il l’a prise, c’est qu’elle l’a aguiché, elle l’a laissé faire! Et puisqu’elle ne s’est pas tuée après, c’est qu’elle a aimé ça! Il a pu renouveler son exploit? Alors, c’est une putain! Dans la rue, au marché, à l’église, et dans les tavernes où vont les peintres et les acheteurs de tableaux, elle n’est plus une bonne fille, elle n’est plus peintre, juste la putain de Tassi. Alors ce qui l’attend, c’est ce qui se fait dans ces cas-là : c’est le couvent! Et qu’elle y expie bien fort tous ses péchés! » (p. 64). Une pensée assez violente et pourtant très vraisemblable dans l’Italie du 17e siècle où l’obscurantisme religieux se combinait à merveille avec phallocratie. Et cela explique pourquoi on entend toujours ce genre de parole au 21e siècle. L’intolérance et la discrimination ne viennent pas de nulle part.

Ce qui remarquable avec Artemisia c’est son combat pour avoir la liberté de peintre, d’agir et de se déplacer. Son statut de femme l’empêchait de se former artistiquement, d’acheter des toiles, des pigments et de même de vendre son travail. Grâce à des amis hauts placés, elle a pu avoir des privilèges et être la première à rendre à l’académie avec les droits inhérents à son statut. Même si son travail a souvent été attribué à son père, les historiens de l’art commence à regarder les œuvres sous un autre oeil. Son « Judith et Holopherne » restera une peinture très marquante où l’on peut admirer Tassi, son violeur, la tête tranché. Le gars est ressorti 1 an plus tard sans que cela nuise à sa réussite sociale et son intégration dans la société. A défaut de vrai justice, elle l’a rendu en peinture. Néanmoins, on ne voit pas de toile à part celle de la couverture. Un choix qui peut surprendre de parler d’art à travers une personne et jamais son travail.

Les bédéastes lui redonnent sa force de caractère et montre la difficulté de trouver sa place en tant que femme. Pouvoir y réussir reste rare et le parcours ne peut qu’être semé d’embûches. Par contre, au niveau graphique peut être un dessin très réaliste aurait apporté plus de crédibilité au récit et aurait amené plus de lecteurs. Les visages sont assez difformes. L’avantage est que tout le monde est à la même enseigne. L’autre atout c’est que cela suffit à piquer notre curiosité pour s’informer plus sur cette artiste de talent. Il y a des documentaires et des ouvrages lui étant consacrés.

Une bande dessinée qui permet de découvrir l’histoire d’une femme qui s’est battu pour son statut de femme et d’artiste libre.

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