
Quand on est différent dans une société très normée sur la beauté, difficile de passer inaperçue. Quoi tu ne rentres pas dans du 36? Tu as déjà pensé à faire un régime? A quand des personnes plus tolérantes?
Que cela soit dans la presse, à la télévision, au cinéma… on voue un véritable culte à la minceur. La preuve avec le succès d’émissions de téléréalité avec des individus qui exposent leur minceur avec gros seins, l’abus de chirurgie esthétique, des tablette de chocolat avec un énorme supplément de bêtise humaine. Et dire qu’il y a des scénaristes pour favoriser le culte de la superficialité. Le public est malheureusement au rendez-vous. Même constat pour les émissions où l’on voit des obèses maigrir avec du sport, un changement d’alimentation et de la chirurgie esthétique. Ainsi cela véhicule que le gros manque de courage. Mais jamais, ils ne disent que 99% des participants reprennent leur poids et n’évoque le traumatisme psychologique.
En France, si tu es gros c’est que tu es fainéant et bête. Est-ce que cela pourrait être autre chose? Il faudrait croire que non. Ces idées très préconçues sont aussi très répandues dans la publicité qui inonde les chaînes. Des repas préparés à l’avance et sous-vide. Hop magie, vous les réchauffez aux micro-ondes, vous êtes conforme. On considère les industriels comme des sources fiables.
Le corps médical parfois ne vous écoute pas, ne fait pas d’examen. Il y a juste une réponse : faites un régime. Le serment d’hypocrite touche aussi de nombreuses professions. Si tu es discriminant comme personne, il n’y a pas de raison que cela change lorsque vous faîtes un métier en relation avec autrui et dans la santé. De ce fait, quand on est gros, obèse, différent, il faut prendre chaque jour pour un combat contre les regards pleins de jugements des inconnus, des collègues, de ton boss, du serveur au restaurant, de la vendeuse dans le magasins de vêtements… Le moral n’est par conséquent tous les jours au beau fixe. Mademoiselle Caroline et Mathou le savent très bien. Elles partagent avec bonne humeur et amertume un quotidien qui a souvent besoin. Leur amitié est sacré pour braver ces fameux bien pensants haineux.

La grossophobie n’est pas un sujet très courant dans la bande dessinée. A ma connaissance sur le surpoids on peut trouver « Mon gras et moi » de Gally ou « Moi en double » de Mademoiselle Navie et Audrey Lainé. Le point commun entre ces bd est qu’ils sont autour de témoignages de femmes fortes. Elles sont plus jugées plus sévèrement que les hommes. Même si la tendance commence tout légèrement à tourner. Un homme qui a du ventre est un homme qui profite de la vie. La femme, elle est plus fainéante, se laisse aller et bien entendu est moins intelligente. Des gens croient encore que l’intelligence ce trouve cachée dans les bourses, dans l’aptitude à uriner debout et rester mince voir maigre. Des siècles de lavage de cerveaux perdurent encore à notre époque. Simone de Beauvoir l’avoir dit : « “Le principal fléau de l’humanité n’est pas l’ignorance, mais le refus de savoir.” Un bien triste constat qui se fait avec la montée des nationalistes. Les gens jugent en se croyant meilleur, supérieur car eux font plus partie d’une norme et par conséquent se font mieux voir. Il va falloir changer les normes et accepter la diversité comme une richesse. En attendant, être gros est un défi au quotidien. Il faut apprendre à se blinder et parfois trouver les bonnes réparties à dire au bon moment. Souvent cela ne sert à rien, mais qu’est-ce que cela peut faire du bien à sa conscience. Mademoiselle Caroline et Mathou donnent un témoignage authentique qui peut donner à réfléchir. Pour certaines, elles se retrouveront dans les péripéties, des situations vécues ou/et des phrases discriminantes. Pour d’autres, cela sera peut-être une prise de conscience sur le regard qu’elles peuvent porter sur la différence et devenir plus tolérantes. Pourquoi pas lire « On ne naît pas grosse » de Gabrielle Deydier qui fait une intelligente préface à cette bd?
Ce qui est dommage c’est le manque d’une approche plus scientifique, plus globale qui ne se limiterait pas uniquement à leur vie privée. En effet, le corps médical à intégrer la grossophobie, depuis quand, pourquoi, dans tous les domaines… Il aurait pu y avoir un dossier à la fin avec des informations sur des associations d’informations, des ouvrages, des sites web bienveillants.. Quelque chose qui aille au-delà de la souffrance qui se gère grâce à une copine. Si on n’a pas ce binôme qu’avant-nous? Il faut juste des anxiolytiques?
Et si on pouvait être grosse, sportive, curieuse, gourmande, intelligente et bienveillante? Mademoiselle Caroline et Mathou vous le prouvent.

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