
Etre unique au monde créé la peur des autres. Pourtant Charlie n’a rien demandé à personne. L’avenir l’obligera à faire des choix difficiles.
4e de couverture
Charlie est né en laboratoire à la suite d’expérimentations génétiques, d’un père humain et d’une mère chimpanzé ; il est un « humanzee ». Spécimen unique, Charlie est recueilli et élevé en famille par un couple formé par un scientifique spécialiste des primates et par une avocate. 15 ans plus tard, Charlie le humanzee intègre le lycée et il fait la rencontre d’une jeune fille du nom de Lucy. Pourtant, l’arrivée de Charlie dans la communauté humaine va créer une onde de choc. Bien vite, les implications de son existence secouent la société américaine et, au-delà, suscite des questions au niveau mondial… Entre des activistes végan radicaux qui veulent en faire leur emblème et les bien-pensants qui estiment qu’il est la preuve vivante des dérives de la science, Charlie, qui incarne l’évolution malgré lui, va se retrouver au centre de bien des enjeux ! Lui qui aspire juste à avoir la vie la plus normale possible…

Mon avis
Avec la couverture et le titre « Darwin’s Incident », on est tout de suite intrigué. Que va nous proposer Shun Umezawa? Pour garder la surprise, il ne faut pas lire la quatrième de couverture. Ainsi on se laisse surprendre totalement
C’est Charlie que l’on voit en premier qui se tient à un structure métallique avec un téléphone en portable à la main. C »est un hybride mi-humain, mi- chimpanzé. C’est un humanzée » (p. 11). On peut le voir bébé et l’image est assez troublante. Surtout qu’elle occupe une page entière. Doucement, on le découvrir à différentes étapes de sa vie. Bien que l’on se concentre sur sa période adolescente. Il rentre au lycée. Sa dissemblance est visible et très marquée. Par conséquent, tout le monde le regarde, le scrute comme une bête curieuse. En plus, internet référencie toute sa vie. L’incompréhension et l’incertitude des élèves prend le dessus et engendre des comportements peu sociaux. Des gros malins le provoque avec rhétoriques.

Un singe végan, ça fait doublement rire. Sauf que ce jeune là ne pense pas comme les ados de son âge, totalement basique. Ils ne se laissent pas porter par ces émotions ou le désir de faire son intéressant pour plaire aux filles. Il sait répondre posément et avec des arguments. Lucy apprécie sa répartie qui ne manque pas de piment. C’est le début d’une amitié. Le mangaka s’amuse en appelant ce personnage Lucy amie avec un singe. Quel filou.

Le récit ne reste pas juste en surface. Des dimensions politique et psychologique se développent avec beaucoup d’hardiesse. L’alliance des libérations des animaux a permis à Charlie de ne pas être exploité dans un institut de recherche et de trouver une famille aimante. Plusieurs années plus tard, l’ONG décide de passer à l’étape supérieure. Les partisans commettent un premier attentat dans un restaurant de viande. On compte plusieurs morts dont celle d’une petite fille. Un enfant ça touche plus de monde. Donc les médias s’en empare pour augmenter leur audience. L’opinion public stigmatise les végans. Ce n’est pas une façon d’agir pour convaincre clame t’elle. Pour trouver un bouc émissaire, ils se focalisent sur Charlie. Il a été sauvé par l’ALA donc il est responsable. N’oublions pas que corrélation n’est pas causalité. Les regards à nouveau se pose sur lui.
Le bédéaste appuie la complexité de la situation. Les activistes veulent le humanzee dans leur camp. Pour le faire adhérer, ils décident de tuer ses proches pour l’isoler socialement. Ainsi il viendra de son plein gré à eux pour trouver une autre communauté qui l’accepte. Sauf que le gamin a défendu sa famille et ses amis des meurtrier sans faire aucun cadavre. Une action qui le rend encore plus désirable pour les criminels. Plus tard, il les retrouvera et demande des comptes. Mais il n’avait pas prévu la fourberie. Il ne possède pas tous les codes de la malhonnêteté et de la manipulation. De ce fait, le voilà plongé dans une situation où il ne maîtrise rien.
« A partir du moment où nous sommes une espèce vivante, l’exploitation animalière zéro n’est tout simplement pas possible. Non, des animaux meurent aussi dans le processus de fabrication des produits agricoles. Et puis, que se soit les routes, les pneus ou les articles médicaux, la confection de nombreux produits de la société d’aujourd’hui nécessitent en amont des sacrifices animaux. […] Bien évidemment, ce n’est pas parce que nous sommes véganes que cela nous donne le droit de juger et de punir les autres. Mais c’est ce que ces terroristes se sont malheureusement mise en tête… Il n’existe aucun humain qui ne soit pas un criminel… » (pp. 128-129).
Quelle belle approche humaine. Le mangaka travaille l’aspect politique et stratégique avec précision et réalisme. On est époustouflé par un scénario si complet et qui souligne le rôle et l’importance de l’ensemble des parties prenantes. Rien n’est traité de façon superficielle et donne la place à tout le monde pour donner son point de vue. On parle de véganisme, d’exploitation animal, d’activisme, de la différence, des expérimentations en laboratoire, des relations entre adolescents, de la notion de famille et d’amis… Les rebondissements ne manquent jamais et sont toujours complexes. On ne peut rester à ce stade. Il nous fait aller plus loin. Quelle vision de l’humain cela véhicule t’il? C’est plus compliqué qu’une simple dualité gentil/méchant et humain/animal.
Un manga bluffant, passionnant et palpitant futuriste et réaliste qui ne peux que nous inciter à aller plus loin et réfléchir à notre société et notre vision du monde.

Répondre à belette2911 Annuler la réponse.