L’Histoire de la Réunion se teinte de souffrance, de lois et d’une noisette d’espoir. L’abolition de l’esclavage a changé des vies mais pas forcément comme on le croit ou on l’espère. On se dit que demain sera mieux qu’hier.

Quand raisonne un coup de feu, cela signifie en général qu’un propriétaire tire sur un voleur. Certains ont le droit à un traitement de faveur comme Edmond, jeune esclave à Sainte-Suzanne. Mais il n’est pas comme les autres. D’ailleurs, dès qu’il a l’occasion il fait l’étalage de son savoir. Au début, il est toujours esclave chez M. Bellier-Beaumont. Néanmoins, il est souvent invité chez des propriétaires de l’est de l’île. Ils sont toujours autant émerveiller par sa démonstration de la fécondation de la vanille. Un jour en accompagnant Grand-Patte qui l’a loué pour la journée, il rencontre Héritiana. C’est un marron. L’idée de liberté est un souhait que ne souhaite pas les propriétaires terriens. « Mais il est évident que c’est bien trop tôt pour libérer les noirs. Ils ne sont pas prêts ». Le décret du 27 avril 1848 oblige les notions de liberté, égalité et de fraternité à tous les individus. L’abolition de l’esclavage est valable dans toutes les colonies et possessions françaises. Ce changement radical n’est pas du goût de tout le monde. Et tout à chacun n’arrive pas à voir la portée d’une telle décision sur le long terme. « Tu ne comprend même pas ce qu’il se passe. C’est un nouveau monde qui s’ouvre à nous, l’île change de nom, nous aussi nous changeons de nom. » La réalité au quotidien n’était pas aussi enthousiasmante dans ce multiculturalisme exploité. Bien que les propriétaires disaient que l’esclavage était doux, c’était tout de même de l’esclavagisme. La liberté n’a pas tellement changé le rapport le force. Edmond cultive naïvement des espoirs malgré les aléas de la vie.

Téhem a choisi de parler de l’Histoire de France en évoquant un moment important : l’abolition de l’esclavage, dans le cadre d’une résidence d’artistes aux Archives départementales de la Réunion. Une cause juste qui remet en question bien des choses. Il faut changer le regard à l’Homme qui ne se définit pas par sa couleur de peau. Comment faire quand cela fait des années que le système utilise cela comme base de référence? Quelle personne voudrait perdre de l’argent au nom d’un principe d’égalité, de liberté et de respect d’autrui? Une prime généreuse de l’Etat aide grandement. Même si le récit date du 19e siècle, il sonne encore de vraisemblance de nos jours. Qui occupe les emplois les plus précaires dans le monde? Quelle considération ont-ils? Qu’elles sont les protections sociales et financières qu’ils disposent? Et que devons-nous penser de la montée des extrémistes racistes dans tous les pays d’Europe? Le scénariste en profite également pour évoquer l’essor d’une forme de contre-pouvoir avec la presse. Deux dessinateurs se lancent dans la publication en parlant de bande dessinée et de caricature. Il est bien rare de trouver une référence à Töpffer. Un clin d’œil élégant qui montre la force d’une image. Le travail d’Olivier Appollo se montrer ici doublement ingénieux. Car il montre cette souffrance, ces tortures subies par les esclaves. Il les décrit, les expliques et propose à travers « La lanterne magique » d’en faire une critique. « Le Komandèr nous frappait, le maître nous frappait, la femme du maître, l’enfant du maître, le voisin, le passant même, pourvu qu’il fût blanc, pouvaient nous frapper. La gifle, le coup de poing, le fouet, la chaîne, les sévices physiques étaient notre quotidien ». Nous aurions aimé en savoir plus sur sa diffusion et surtout sur la réception auprès du public. Pas juste savoir que cela se faisait. Ce sentiment d’inabouti se ressent dans la bd. Nous avions l’impression d’avoir un ouvrage critique et documenté au début. Progressivement, une forme d’hésitation se ressent. On reste alors en surface sans trop gratter la psychologie des personnages, les vrais enjeux géopolitiques, les jeux d’influence… Edmond est une sorte de fil rouge mais sans charisme particulier. Est-il l’ordinaire? Si on veut en savoir plus, il faut lire la postface avec des informations. Ce qui peut surprendre dans un ouvrage de plus de 150 pages. On aurait voulu qu’un simple divertissement un peu engagé.

Une lecture décevante qui avait un potentiel critique important. Elle a le mérite de parlé de l’abolition sur une île, c’est déjà ça.

7 réponses à « Vingt-décembre, chroniques de l’abolition – Téhem et Olivier Appollo »

  1. Avatar de ToursEtCulture

    pour ma part, je l’ai trouvé intéressante, avec le grand mérite de mettre en avant cette histoire méconnue

    1. Avatar de noctenbule

      c’est vrai cela met en valeur un moment de l’Histoire méconnu.

  2. Avatar de belette2911

    Ah merde alors, je pensais l’ajouter en voyant le titre, mais vu ta chronique, je passe mon tour !

    1. Avatar de noctenbule

      Je trouvais qu’il avait du potentiel mais pas assez abouti à mon avis.

      1. Avatar de belette2911
      2. Avatar de noctenbule

        Cela en fait un en moins 🙂

Répondre à belette2911 Annuler la réponse.