
Claude Dityvon est proche de la communauté de la bande dessinée dans les années 80. Pour laisser une trace de ces artistes, il décide d’aller les prendre en photographie. Dans un ouvrage chez Futuropolis, il décide de présenter son travail.
Mon avis
Quand on s’intéresse à l’Histoire de la bande dessinée, on se met à lire tout type de choses. J’ai acheté cet ouvrage sans savoir ce qui le composait. Il date de 1981 et n’a pas du connaître un grand succès ni en son temps et encore moins de nos jours. On ne peut le trouver que dans certains marchés de l’occasion. Qui est-ce que cela peut intéresser de nos jours d’avoir des photos des scénaristes et dessinateurs de bd des années 80 dont la plupart a été oublié? Pourtant, à sa sortie il devait bénéficier d’une certaine aura puisque la préface nommée « Les héros du moment » est écrite par Roland Topor. Une figure remarquable de la littérature qui ne faisait pas ça pour n’importe qui.
« Mais les héros ne peuvent pas disparaître car ils correspondent à un besoin vital, et quand ils n’existent plus, il faut les inventer. C’est ce qu’à fait la bande dessinée. Là, le problème de fabrication est exactement inverse à celui du cinéma : davantage d’abstraction que d’humanité. Le grand public était-il capable de croire à des personnages dessinés, de se passionner pour des signes? Il faut croire que oui, puisque de Superman à Snoopy, le cinéma lui-même est venu y faire son marché.
Les créateurs de bande dessinées disparaissent derrière leur héros. Ils sont dévorés par eux plus gloutonnement que Conan Doyle par Sherlock Holmes. On connaît par coeur les Pieds Nickelés, Dick Tracy et Popeye mais on e sait rien de Forton, Chester Gould et Segar. »

Puis nous passons à l’introduction de Christiane Dityvon qui explique le projet du livre. Depuis sa jeunesse, elle a toujours été attiré par le monde de la bande dessinée. Dorénavant, qu’elle est une femme, elle a décidé plus loin. « Après m’être aguerrie en compulsant des piles et des piles d’albums, je me décidai un beau jour à tirer des sonnettes. Je rencontrai donc la plupart de ces auteurs – dessinateurs et scénaristes – et leur demandai s’ils acceptaient de poser, dans leur élément, devait l’objectif de Claude. Les accueils furent variés : chaleureux ou méfiants ou encore franchement hostiles (même si cette hostilité ne s’exprimait pas de manière éclatante). Mais après tout, il s’agissait rien de moins que d’un acte sacrilège. » On sent un amour sincère pour le 9e art et pour ceux qui lui permettent d’exister.
Après on a une double page avec d’un côté, le nom d’artiste et sa vraie identité, sa date de naissance, lieu de naissance, sa bibliographie et sa signature. Et de l’autre côté, une photo en pleine page, en noir et blanc. Les poses, les lieux de pose, les tenues, les attitudes… sont toutes d’une grande variété. Beaucoup ressemble à des images prises par des potes lors d’une soirée entre amis. Faut-il y voir une relation de confiance qui s’est développé? Avec un regard de 2023, beaucoup des individus sont passés dans la case oublie comme Barbe, Barbier ou Charlie Schlingo. Par contre, on s’étonne de voir Enki Bilal jeune, ou la tête de Christian Binet qui est dans l’inconscient populaire les Bidochons. Mais ce qui retient l’attention est la présence des femmes. On oublie qu’elles étaient aussi présentes à l’époque. On découvre les visages de Claire Bretécher, Florence Cestac, Olivia Télé Clavel, Nicole Claveloux, Danie Dubos, Annie Goetzinger, Jacqueline Barse dit Keleck, Cathy Miller et Chantal Montellier. Cela fait un total de 9 femmes sur 50 hommes. Cela peut sembler peu néanmoins pour 1981, c’était déjà pas mal. Il y a des publications plus récentes avec des auteurs de bande dessinée sans aucune femme. A croire qu’il n’en existe pas. Ce choix est très intéressant et prouve que c’était la production qui primait sur le sexe. Regarder les portraits permet aussi de se rendre compte que l’on met assez peu de photo sur les contributeurs du 9e art à part quelques têtes d’affiches comme Zep ou Riad Sattouf. Une photo est une forme de reconnaissance dans l’espace public.
Une lecture assez intéressante qui donne à voir les stars du 9e art dans les années 80.

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