Parfois, on fait des plans pour sa vie en espérant que tout se déroule comme prévu. Mais il suffit d’une relation sexuelle pour tout changer. Une grossesse non désirée chamboule tout.

4e de couverture
Tonino Benacquista et Florence Cestac signent une oeuvre bouleversante! Un album grand format événement.France, début des années 1970, trois femmes, trois vies et trois grossesses subies. Chacune d’entre elles décide alors de se rendre en Angleterre dans un bus affrété par le Mouvement pour la liberté de l’avortement et de la contraception. Florence Cestac et Tonino Benacquista signent une oeuvre rare, d’une grande humanité, sensible et souvent drôle sur un sujet particulièrement délicat, l’avortement. À travers de magnifiques portraits de femmes, Des salopes et des anges ne juge pas, mais parvient tout en finesse à remettre en question les certitudes. Indispensable!

Mon avis
Chez Dargaud en 2011 sort “Des salopes et des anges” de Florence Cestac et Tonino Benacquista. Le scénariste et la dessinatrice forment un duo un peu étonnant. Lui a plus l’habitude des polars et des histoires d’amour et elle, les histoires de femmes et de couple. Ils décident d’emmener le lecteur dans une période assez particulière en France. Dans les années 70, l’avortement est considéré comme un crime. Le préservatif existe (peu utilisé), avec l’abstinence et le retrait, se sont les trois modes de contraception légales. Mais au final, c’est à la femme de subir les conséquences de l’acte sexuel. La pilule est légale néanmoins difficile d’accès. Combien d’hommes abandonnent les femmes à leur grossesse? Trop. Et la société encore coincée dans une pensée rétrograde et religieuse, jugeant ces femmes comme des filles faciles qui ont péché en dehors du mariage. Seulement, des femmes mariées aussi ne veulent pas forcément subir des grossesses et qu’importe leur niveau social. Les représentants de l’autorité qu’ils soient députés ou soit sénateurs affirment leur conservatisme. L’hypocrisie ne les étouffent pas puisqu’ils sont consommateurs de prostitués et autres fans du pouvoir. Certains paient pour l’avortement clandestins de leur régulière.

« Selon un code de lois Babylonien datant du XVIIIe avant JC, il est dit que, si une femme tente de se défaire de son foetus, elle sera empalée et privée de sépulture. Si c’est un homme qui le lui fait perdre en la frappant, il n’aura qu’une amende. Au IIe siècle avant JC, Hippocrate, dans son serment, proscrit l’avortement. Les praticiens qui bravaient les interdits étaient passibles de condamnations. Les femmes encouraient à la fois à la sanction des lois… et les dangers des méthodes barbares. On pratiquait les saignées…, les lavements à base de décoctions diverses. Les femmes portaient de lourdes charges, se sanglaient le ventre, buvaient des dérivés de poison… La liste des maladies et des mutilations était infinie = perforation utérine, embolie pulmonaire, péritonite, hémorragie, septicémie, tétanos, annexite, stérilité à vie. Beaucoup succombaient des suites de l’intervention. Et tant d’autres se suicidaient pour ne pas l’affronter. Au début du XXe siècle apparaissent des courants de pensée en faveur de la régulation des naissances. En France, une loi interdit, en 1920, l’avortement et sa propagande. En 1939, des brigades policières sont chargées de traquer les « faiseuses d’anges ». Si certaines pratiquent des avortements clandestins pour aider des femmes en détresse, la plupart cherchent à arrondir leurs fins de mois. Elles n’ont aucune notion de médecine et ne respectent aucune règle d’hygiène. Sous le régime de Vichy, l’avortement devient un crime contre la sûreté de l’état, passible de la peine de mort. En 1943 se tient le procès de Marie-Louise Giraud, coupable d’avoir pratiqué 23 avortements. Pour l’exemple, elle est condamnée à la peine capitale. Au début des années 1960, le mouvement français pour le planning familial ouvre des centres d’accueil encore illégaux. Ils informent sur la régulation des naissances et proposent des consultations médicales et des contraceptifs. La loi Neuwirth, en 1967, légalise la pilule contraceptive. Avril 1971, « Le nouvel observateur » publie le « Manifeste des 343 » dans lequel des femmes connues ou non, déclarent avoir avorté. Simone de Beauvoir rédige le document. Du fait d’une couverture de « Charlie Hebdo », le manifeste restera célèbre sous le nom des « 343 salopes ». Octobre 1972, l’avocate Gisèle Halimi obtient l’acquittement d’une mineure de 17 ans qui a eu recours à l’avortement après un viol. Le retentissement médiatique contribue à l’évolution des mentalités et à remettre en cause la loi 1920. Février 1973, est publié un autre manifeste où 331 médecins déclarent avoir pratiqué des avortements. En avril 1973 est créé le mouvement pour la liberté de l’avortement et la contraception, qui rassemble les féministes, syndicalistes, militants de gauche et le planning familial. Le MLAC regroupait près de 350 comités à travers la France. Chaque comité tenait une permanence. la demande était forte. Ils pratiquaient illégalement des interruptions de grossesse pour lutter contre l’inertie générale persistante. Le MLAC organisait aussi des départs en car pour l’Angleterre ou la Hollande, où l’avortement était autorisé ».

La bande dessinée débute par poser le cadre historique de l’avortement. Quelques lignes suffisent à expliquer le contexte assez tendu. Pour avorter, le MLAC organise des déplacements vers des pays où l’on pratique l’IVG. Heureusement qu’il existe de telles structures pour permettre de pouvoir disposer de son corps. Pour partager ce que cela pouvait être, les créateurs réunissent dans un bus à destination de Londres, trois femmes aux idéaux et aux mœurs complétement différents pour mettre fin à leur grossesse. Mélangeant habilement fiction et réalité, parlent d’une tranche de vie sans aucun misérabilisme, avec didactisme, sans jugement et avec une bonne dose d’humour. Ils n’utilisent pas les arguments des pro-vies que c’est un véritable traumatisme dont on ne se remet jamais. Et avec son lot de mensonges éhontés comme quoi quand on avorte on ne pourra plus jamais avoir d’enfants par la suite. Les droits de la femme est une lutte, un combat qui se poursuit sur le temps. D’autant plus que les plus ferventes rétrogrades sont des femmes qui adule un mode de vie d’un siècle passé et patriarcale. Mettre fin à une grossesse n’est pas un loisir, un moyen de contraception de confort ou autre absurdité du même genre que l’on peut entendre, même de nos jours. Pendant le trajet en bus, on entend les paroles de ces femmes qui font un choix audacieux et risquer pour l’époque. Et elles ont le doit de changer d’avis également. Cette expérience a permis aussi à des personnes de se rapprocher et de construire une vraie amitié. Quelques hommes ne sont pas en reste comme le prouve une citation de Lucien Neuwirth, qui s’était battu pour légaliser la contraception orale en France en 1967 : « Je rejette l’avortement comme méthode de contraception, mais j’accueille la femme qui s’y retrouve contrainte, faute à l’écrasant et séculaire égoïsme masculin. ».

Une bande dessinée qui ose raconter l’histoire d’une société diriger par et pour des hommes. Heureusement que des associations luttent pour l’égalité et le droit de disposer de son corps.



5 réponses à « Des salopes et des anges – Florence Cestac et Tonino Benacquista »

  1. Avatar de belette2911

    On reconnait bien les dessins de Cestac (enfin, moi je les reconnais). Bon, trêve de conneries, je note cette bédé !!

    1. Avatar de noctenbule

      Elle a un style inimitable 🙂

      1. Avatar de noctenbule

        Je pense que je vais lire toutes ces bd. Elles sont peu empruntées à la bibliothèque.

      2. Avatar de belette2911

        Alors tu fais une bonne action 🙂

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