Silki quitte la Corée pour faire des études en Inde. Après quelques années, elle décide de venir en France. Le dépaysement est total et cela la pousse à s’interroger avec son crayon.

En 1993 naît un joli bébé en Corée. Silki s’épanouit assez vite pour devenir une jeune fille passionnée. Au lycée, elle décide de partir en Inde pour étudier l’illustration et les arts appliqués pendant 8 ans. En 2016, elle arrive en France pour améliorer sa maîtrise de la narration graphique à Angoulême. Un nouveau bain culturel très riche d’enseignements. D’ailleurs, c’est une source d’inspiration pour raconter son immersion. On trouve des petites choses mignonnes comme le fait de se faire la bise. Se toucher le visage pour se saluer n’est pas une coutume que l’on trouve dans tous les pays du monde. Difficile d’accepter tout comme le fait de se tutoyer qu’importe l’âge ou le statut hiérarchique. Ou encore le fait de cohabiter avec son chéri sans être marié au-préalable. Dans l’hexagone, c’est devenu assez courant. En Corée, cela commence un peu à se faire mais cela reste encore très mal vu. Silki n’omet pas les côtés plus sombres, assez nombreux. Telles les remarques désobligeantes qui restent légions. Entre les fantasmes véhiculés par les films et la covid, les agressions physiques et morales ne manquent pas. La bêtise ordinaire montre sa démesure. Tout comme les choix des politiques d’immigration qui déterminent selon des critères mouvants ceux qui peuvent rester ou non sur le territoire. Comment pouvoir se projeter dans l’avenir? Nous le saurons en continuant de suivre le compte Insta de Mâtin!.

La collection Mâtin! nous réserve toujours son lot d’étonnement et de surprises. On découvre l’histoire des femmes, la permaculture, la vie des déchets… Alors le carnet d’étonnement de Silki a toute sa place. En effet, le titre « Kimchi Baguette » a de quoi surprendre. Est-ce que l’on va nous parler de cuisine où l’on met du kimchi dans une baguette de pain? Le mélange risque de ne pas être des plus heureux, quoi que. L’autrice nous livre son ressenti avec humour, émotion et réalisme. Arriver dans un autre mode de pensée génère forcément des chocs de pratiques et de visions du monde. La restitution sous forme de bd sur Instagram qui se lit en ligne comme un webtoon est un exercice de style particulier. La série est diffusée à plus de 120 000 k d’abonnés. L’artiste s’en sort haut les mains. En 4 pages, elle va à l’essentiel.

Elle possède un style assez précis et spécial. On se laisse porter par son sens de la moquerie et de sa remise en question. Elle nous incite à porter un regard différent pour souligner les forces et les faiblesses des cultures. Une forme d’appel à la tolérance et à l’ouverture d’esprit. Est-ce que lorsqu’on assiste à des mini-agressions verbales racistes, homophobes, misogynes… ne rien faire, est-ce accepter? Il n’est jamais facile d’être mis face à ces contradictions. Il est important de réfléchir pour savoir le monde que l’on veut demain. Une approche originale qui mérite vraiment que l’on s’y attarde. Ne vous inquiétez pas, on s’amuse beaucoup dans la lecture. Silki a un sacré sens de la dérision.

Une lecture singulière qui donne envie d’aller faire un tour à la maison de la culture de Corée.

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