HP – Tome 2 – Crazy Seventies – de 1974 à 1982, souvenirs d’infirmiers – Lisa Mandel

Le 15 mars 1960, une circulaire change complètement l’approche de la psychiatrie. Un mouvement désaliéniste apparaît afin de mettre de l’humain dans le traitement des maladies mentales. Un bouleversement dans l’organisation qui mettra plus de 20 ans à s’appliquer à l’ensemble des structures existantes.

La psychiatrie hospitalière est souvent assimilée à une vision carcérale. On enferme des gens dans des pièces, on en attache certains et on leur donne beaucoup de médicaments. Dans les années 70, un mouvement désaliéniste soutenu par des infirmiers, des médecins comme le docteur Lucien Bonnafé (1912-2003) veulent une autre façon de traiter les patients. Le docteur Bonnafé, proche des surréaliste se caractère par son esprit insurrectionnel vers les politique et vers la psychiatrie. Le patient n’est pas une personne jugée coupable que l’on doit enfermer mais unepersonne en souffrance que l’on doit aider avec considération. Sa devise était : « La poésie doit avoir pour but la vérité pratique ». Pour mettre plus de considération, avec des confrères, ils proposent des idées nouvelles qui vont bouleverser le milieu psychiatrique. Déjà, traiter à un stade précoce, séparer le moins possible la personne de son milieu, éviter les hospitalisations répétées afin de lutter contre la chronicisation, la création d’hôpitaux de jour… Tout cela va être intégré à la circulaire du 15 mars 1960. Les changements vont être assez importants et cela va tout concerner. Aussi bien la réglementation avec des divisions en zones géographiques appelées secteurs, que dans les métiers avec l’arrivée de psychologues, de psychomotriciens et d’assistantes sociales, la reconnaissance depuis 1969 du statut d’infirmier de secteur psychiatrique, des formations plus complètes des professionnels sans oublier des établissements aménagés différemment, plus ouverts.

La loi passe, on forme des jeunes avec des idées différentes. Mais voilà, une fois qu’ils sont dans les institutions le choc est frontal. Le personnel qui est depuis très longtemps lui n’a pas changé de mentalité et ne veut pas changer. Il faut alors attendre une vingtaine d’année pour que les plus anciens partent à la retraite et que de nouvelles dynamiques se mettent en place. Toutes les initiales ne fonctionnent pas toujours non plus. Par exemple lorsqu’on mélange les toxicomanes avec les autres patients. Leur pathologie liée au manque créée de la violence, des menaces, des vols… aussi bien sur les patients que le personnel hospitalier et fragilise l’équilibre du système. L’ergothérapie, la thérapie par le travail permet à certains de se sentir utile, de pouvoir renouer avec leur ancien métier manuel, d’avoir une activité comme des gens normaux. Mais des encadrants en abusent en leur faisant faire des tâches très répétitives durant des heures en devant respecter une cadence assez rapide. Même s’ils touchent une infime partie d’argent, l’épanouissement n’est pas là. Quelques professionnels vont même jusqu’à emmener un patient chez lui faire des travaux, la main-d’œuvre gratuite cela intéresse toujours. Les dérives et les abus sont présents dans tous les secteurs même ceux pour aider les gens.

Le soutien psychologique avant destiné uniquement aux patients se tourne vers ceux qui gèrent les malades. Réunion de groupe ou en tête à tête, ces échanges sont faits pour exorciser ce qui peut les toucher afin qu’ils puissent faire leur travail plus paisiblement. Les éléments qui peuvent les affecter ne manque pas comme le suicide d’un patient, une grossesse validée par le responsable de service d’une personne complètement instable qui devra être attaché pour ne pas tuer les enfants qu’elle porte, accepter qu’un patient possède une poupée sexuelle dans sa chambre. Tout n’est pas non plus noir au quotidien car des rencontres et des échanges peuvent réconforter sur l’importance du travail réalisé.

Lisa Mandel a effectué un vrai travail de recherche avec les témoignages d’infirmier(e)s pour permettre de comprendre de façon globale les modifications de la relation au patient. Le regard proposé nous met au cœur du système avec de vrais gens, au plus près de l’évolution dans le traitement qui peut paraître soit trop complexe ou soit anodine pour une personne extérieure. La dessinatrice reste fidèle à son style graphique dynamique qui joue ici avec le noir, blanc, gris et orange. Elle nous montre l’ensemble des changements avec les expérimentations, les réussites et les échecs. Elle n’a rien voulu édulcorer ou noircir. Au final, ils travaillent avec de l’humain alors rien ne peut être parfait car chacun vient avec ces défauts et ces qualités. Mais on voit de façon évidente l’évolution du regard qui est porté sur le malade avec une recherche de mieux être pour lui.  

Une bande dessinée très intéressante qui nous montre l’évolution du statut de gardien à soignant et de patient captif enfermé à patient actif plus libre. Un regard sans concession dans le monde de l’hôpital psychiatrique bien souvent méconnu du grand public.

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