
Noël approche à grands pas et c’est l’occasion de fêter la noisette. Mais étrangement sur le marché, on voit une grosse différence de prix pour ce fruits. Qu’est-ce que cela peut cacher?
4ème de couverture
Dans la forêt du Loup en slip, l’heure est aux festins et aux emplettes. C’est qu’à la fin de l’année, plus que jamais, la noisette est à la fête ! Tandis que tout le monde pâtisse à qui mieux mieux, Madame la chouette fait sa tournée de cadeaux. Elle offre au loup en slip un superbe hibou casse-noisette rouge pétard ! Ce soir-là, le loup s’endort ravi. Mais dans la nuit, un étrange bruit le réveille. Son hibou a pris vie ! Est-ce un rêve ? Est-ce un cauchemar ? Le mystérieux hibou entraine le loup vers la forêt interdite, un lieu des plus effrayants ! Le loup va devoir affronter mille dangers, parmi lesquels ses propres chocottes ! Car oui, les loups aussi ont des chocottes !
Wilfrid Lupano et Mayana Itoïz nous plongent, avec l’humour et la poésie propres à la forêt du Loup en slip, dans les travers de la consommation et de la surproduction (de noisettes).
Un album savoureux en forme de clin d’oeil au conte d’Hoffman, qui permet d’aborder, avec les plus petits, des questions sensibles telles que la culture intensive, les OGM, les conditions de travail des agriculteurs ou encore le prix des aliments.

Mon avis
Il n’est jamais facile d’évoquer de sujets sérieux auprès des enfants et parfois des adultes aussi. Comment leur faire comprendre l’importance d’une chose sans pour autant les inquiéter? Wilfrid Lupano a tellement d’expérience dans la réalisation de scénario qu’il est arrivé à trouver la bonne manière de faire. Il fallait un expert pour être capable d’un tel exploit en rajoutant en plus une touche d’humour. Comment ne pas tomber sous le charme du loup en slip? Et ce qu’importe son âge. Il a choisi cet animal mythique, souvent présenté tel un terrible danger qui irait jusqu’à voler des bébés pour les dévorer. Déjà, il a fallu déconstruire et créer le lien avec les enfants. Cela n’a pas été si difficile puisque les petits et le loup possède des points commun : la mauvaise foi, le mensonge, l’égocentrisme, le narcissisme… La vie prouve que parfois, il faut laisser cela au placard et s’ouvrir aux autres car les amis, la famille, le partage, c’est super. Notre héros a pris sur lui et a changé pour être plus heureux. D’ailleurs, ce n’est pas pour rien qu’il a un slip maintenant, c’est Mme hibou qui lui a fait ce magnifique cadeau.
Comme Noël approche, le hibou offre au loup son cadeau unique. C’est un casse noisette sous forme de hibou. A la nuit tombée, le casse-noisette prend vie et l’emmène vivre une incroyable aventure. Il s’infiltre dans la forêt interdite et il découvre quelque chose d’horrible. Des animaux sont exploités pour gérer des noisetiers qui sont exploités à outrance. La toxicité est de mise et on le voit autant au teint blafard des animaux qui travaillent durement que les arbres tout jaune. Personne ne tente de fuir car les familles sont prises en otages. Un robot géant les contrôle. Au final, ce n’est que du métal et des boulons. Il fonce dessus et se fait attraper. La solidarité peut faire tout changer. Alors tous ensemble saute sur la machine et la détruise petit bout par petit bout. Ainsi ils ont conquis leur liberté en groupe. Ils restent tout pâle et fatigué. Le loup sort alors ces couleurs et colore chacun. Puis ils les laissent pour que chacun s’aide pour remettre de l’identité dans leur vie avant de retrouver la liberté. On sait comment l’écureuil pouvait vendre des grosses quantités. On sait à quel prix. Le pic proposait des prix plus élevé et plus en cohérence avec son travail et son respect des saisons. Une belle façon de faire réfléchir aux produits de consommation. Dans quelles conditions sont faites les choses? Est-ce normal de faire travailler des enfants? Faut-il la précarisation et l’humiliation pour profiter de produits? Une façon au combien ingénieuse et pertinente de parler de la réalité et de montrer que chacun d’entre nous peut avoir un rôle à jouer pour que les choses changent.
Il y a des petites choses vraiment adorable comme la représentation des chocotes à travers des petites boules noires qui dansent pour accentuer la peur. Un sentiment que chacun a, surtout les enfants qui clament de leur fierté : « Non j’ai pas peur! ». On voit même leur fonctionnement dans le cerveau. Une mise en dessin très bien trouvé, assez drôle et qui relativise la peur. Si on comprend comme ça fonctionne, on gère mieux ce sentiment très envahissant. Le fait de le montrer permet aussi de dire que cela arrive à tout le monde. Il n’y a rien d’honteux à le ressentir. On apprend que le hibou bouboule. L’univers graphique de Mayana Itoïz apporte beaucoup de fantaisie, des décalage, de folie qui amusent petits et grands. On sourit et on réfléchit en tournant les pages. Une nouvelle fois le loup en slip a sévi pour montrer l’étendue du champ des possibles, de l’agriculture intensive et de l’exploitation humaine. Et pour les adultes, il y a la petite histoire sur les deux dernières pages de l’album en rapport « Aux vieux fourneaux » avec un casse-CRS qui est très drôle. Un clin d’oeil qui donne envie de retrouver ces vieux briscards, eux aussi qui n’ont pas leur langue dans la poche et qui ont agi pour changer la société.
Une bande dessinée intéressante à faire lire aux enfants et en discuter avec eux après. Et aussi faire réfléchir les grands sur leur consommation et leur rapport au monde. Faut-il consommer pour exister?

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