
La guerre impacte concrètement ceux qui vivent dans les zones de conflit. Ce n’est pas uniquement un fait divers récurant au journal télévision. Pour leur redonner une âme, entendons leur voix.
La guerre en Ukraine a débuté en février 2022. La Russie a envahi un pays limitrophe pour lutter contre le fascisme. Au début, beaucoup croyait que cela allait être un conflit assez bref. Mais la réalité est tout autre. Dans les médias comme en France, l’évènement est presque quotidiennement cité dans les journaux à l’image d’un fait divers. La mort est banale et lointaine. On déshumanise en relativisant à des choses pragmatiques. Nora Krug décide de remettre l’humain au coeur de cette inextricable situation. Elle met en page un échange entre deux individus qui ne se connaissent pas. D’un côté, on rencontre K., qui vit à Kiev, parent, journaliste de terrain et activisme. Elle documente les impacts militaire et social. De l’autre côté, D., artiste, qui vit à Saint Pétersbourg. Les deux retranscrivent les tensions vécues au quotidien, la peur de mourir, d’être mobilisé, de perdre son identité, d’être identifiée comme rebelle au système… Au final, les deux protagonistes n’ont pas le choix de fuir. Un déracinement fort qui amène à s’interroger sur son identité, son rapport à sa patrie et sa culture. En un an, beaucoup de changement peuvent se dérouler.

Nora Krug a fait sa place dans le monde du récit graphique. Elle a publié dans « The New York Times », « The Guardian » et « Le monde diplomatique ». Sa reconnaissance s’est faîte avec la médaille de la Société des illustrateurs et du New York Arts Directors Clubs. Elle a un style bien à elle qui rappelle l’art déco et aussi les premières publication du « The New Yorker ». Raconter un conflit actuel est un exercice difficile et complexe. Elle a décidé de ne pas prendre le partie d’exposer la violence, les armes et les cadavres. L’astuce est que les mots se suffisent à eux pour décrire l’horreur. Sur chaque double page, un jour avec de part et d’autre, le témoignage réel de deux personnages centraux. C’est présenté sous forme de calpin avec des lignes et une écriture au crayon à papier. L’écriture est la même et on la même quantité d’espace. Pas de mise en valeur de l’un par rapport à l’autre. Un statut égalitaire qui remet l’humain, les sentiments, l’éthique, les valeurs en avant. Bien que dans deux cas différents, la souffrance et le doute restent omniprésents. A cela, la bédéaste rajoute quelques dessins dans une petite case. La démarche se veut dans la continuité, très pudique et illustrant uniquement des choses simples telle un tube de dentifrice. C’est soft, très délicat, le juste milieu pour évoquer une actualité toujours vive, sensible et controversée. Une audace singulière qui saura trouver son public.
Une création singulière qui aborde un sujet de guerre entrai de se faire.

Laisser un commentaire