
L’expression bande dessinée génère un très grand imaginaire. Alors rien de plus ordinaire qu’elle ait des détracteurs. Jochen Gerner décide de présenter ce 9e art sous un angle original.
4e de couverture
Ce livre extraordinaire de Jochen Gerner est appelé à faire parler de lui. Néanmoins son titre provocateur est à double tranchant : il ne sous-entend pas vraiment que Gerner a réalisé là un violent pamphlet “contre” ce cher et mal-en-point Neuvième Art. C’est plus subtil et peut-être plus pernicieux : Jochen Gerner a pendant de longues années et en prévision de cet ouvrage, recueilli des centaines de citations, de propos ou d’extraits de presse évoquant la Bande Dessinée, la BD ou la Bédé (propos faisant le plus souvent preuve de mépris, de condescendance, d’incompréhension totale ou de profonde bêtise), et a réorchestré cette matière dans une réflexion en images qui en dit plus long sur la perception de la bande dessinée dans notre culture que n’importe quel pamphlet, précisément. Il fallait un auteur aussi ludique que conceptuel, aussi aigu qu’observateur, aussi oubapien que critique, pour parvenir à “décrire” avec les moyens mêmes de son sujet (la bande dessinée) l’aberration coutumière avec laquelle ce moyen d’expression est ordinairement et vulgairement perçu. On est tenté de dire que seul Jochen Gerner pouvait réussir un tel pari.
Mon avis
Le titre était riche de promesse. On sait que les détracteurs de la bande dessinée ne manquent pas et à toutes époques. Elle était censée trompée les esprits des jeunes enfants, les inciter à la perversion et d’autres choses assez stupides. Pourtant, il existe peu d’ouvrages ou d’articles sur le sujet. Alors une bd consacrée sur le sujet, tout de suite on y voyait de l’audace surtout avec des références, des citations… Sinon, que pouvait cacher le titre? La déception est arrivée assez vite car le film que l’on s’était fait dans sa tête ne correspondait pas à celui du bédéaste. A travers plusieurs chapitres comme Objet(s), Censure ou Festival, on nous montre la force, la créativité et la richesse de la bande dessinée sous toutes ces coutures. Il ne faut pas s’attendre à un ouvrage didactique. Jochen Gerner laisse sa folie oupabienne créative explosé. Mais attention avec maîtrise et contrôle tout de même. On connaît très bien sa façon d’illustré car c’est lui qui fait la partie Repère du 1. On tourne les pages en admirant des représentations singulières et très compréhensibles. Il introduit de nombreuses citations aussi bien d’auteurs de roman comme Daniel Pennac, Philippe Manoeuvre ou de cinéma comme Alain Page dans « Tchao Pantin » en 1982. C’est la preuve que la bande dessinée était présente dans l’ensemble de la société, que cela de l’amour ou du désamour. On n’a pas appris grand chose au final. Est-ce le plus important? Par contre, nos représentations des choses sont incitées à s’ouvrir.
Une lecture sympathique qui détonne et rien de plus normal pour l’éditeur Association.
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