
Lou n’est qu’au début de ses aventures de voyante. Un don qui lui permet de mettre un visage sur un membre de sa famille. Une expérience qui l’amène à découvrir un passé méconnu et entrevoir des champs de possible pour l’avenir.
4e de couverture
Lou pensait en avoir fini avec ses fantômes. Elle s’est jetée à corps perdu dans sa vie de jeune femme : les amies, le lycée et surtout son grand amour Nacym avec qui elle passe une première nuit, dans sa chambre sous les toits.Mais voilà qu’une jeune femme sans visage, habillée comme en 1900, se met à la suivre dans les rues de Paris. Les séances d’hypnothérapie reprennent et avec elles, Lou va plonger au cœur du passé familial.Elle explore l’incroyable exposition universelle de 1900, rencontre sa grand-mère Lucie, les époux Curie, la spirite émérite Eusapia Palladino et commence à comprendre surtout la dimension ambivalente de son don, le pouvoir destructeur qu’il contient.

Mon avis
C’est reparti pour une nouvelle aventure de notre héroïne Lou. Maintenant qu’elle peut voir les fantômes, il faut les comprendre. Alors lorsqu’une femme sans visage se présente à elle plusieurs fois et qu’elle peut apparaître sur une photo prise par son amoureux, elle sait qu’elle doit enquêter. Mais les réponses n’apportent pas toujours le bonheur. Le premier tome commençait avec les parole d’une chanson de Téléphone, celui-ci débute avec la poésie de Verlaine « Il pleure dans mon coeur ». L’angle mélancolique est tout de suite annoncé avec une scène du passé qui cette fois n’est pas le Moyen-âge.
Qui peut être cette femme grande et élégante qui la suit. Ce qui est intriguant, c’est le fait qu’elle ne possède pas de visage. Lorsque l’amoureux de Lou, Nacym arrive à la saisir sur une photographie, celui la convainc que son fantôme existe bien. Il lui reste à comprendre ce qui se passe. Elle va se faire aider de ces deux tantes qui perçoivent autrement l’extranaturel. Elles possèdent chacun un don aussi. Très vite, elle va identifier la femme et découvre un pan entier de sa vie. En plongeant dans l’hypnose, tout va lui apparaître même s’il ne faut pas tout prendre comme réalité. L’oralité du récit amène aussi à des choses concrètes dans le cabinet du médecin.
La séance, nous permet de s’immerger dans le 19e siècle et particulièrement pendant l’exposition universelle de Paris. On y découvre une ville en pleine effervescence et rempli d’énergie. C’est aussi l’opportunité de parler des moeurs de l’époque où il était mal vu pour une demoiselle d’être seule. Visuellement on apprécie ces décors et des éléments incroyable comme le trottoir électrique. L’arrière-grand-mère de Lou a du caractère la preuve, c’est une des élèves de Marie Curie. « Les Curie sont à l’image de ce radium qu’ils ont découvert, ils diffusaient leur énergie. Et leur passion peut s’attraper par contact. Te voilà contaminé toi aussi! Comme la radioactivité, ils produisent de l’énergie à partir de rien. Ou plutôt leur obstination les amène à tant tirer de leur propre substance qu’ils ont peut-être en train de se disloquer. Nul ne sait où une telle découverte va les mener. » (p. 49). Les Curie est aussi une opportunité d’évoquer le spiritisme qui intéressait de nombreux scientifiques ou littéraire. Victor Hugo en faisait pour autant discuter avec sa fille morte que des personnalités.
La bédéaste aborde également de Camille Sée qui a institué les lycées publics pour les jeunes filles bien que cela ne leur permet pas d’obtenir le baccalauréat. « Il a créé une école à Sèvres pour former les professeurs femmes qui y enseigneraient les sévriennes. » (p. 19). On voit une petite fenêtre qui permet aux femmes d’avoir le droit de se former et de comprendre. Toutefois, pas trop quand même car elles ne doivent pas s’éloigner de leur fonction de maternité et femme de ménage.
Les femmes sont au coeur des histoires car les hommes, ils leur arrivent toujours des malheurs.
Après une séance riche en émotion, elle part le coeur léger pourtant elle ne devrait pas oublier ce qu’on lui a déjà dit avec le fait de partager son secret. Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités.
On reste sous le charme graphique de Maud Begon qui avec un trait singulier et énergique qui donne vie à ces personnages de papier. Et aussi à tout l’univers autour en multipliant les apports et les technique et les références. L’héroïne rousse, a des airs de la dessinatrice. On trouve beaucoup de plan sur son regard entre autre qui sont très expressifs et qui nous interpelle. Le chat noir et l’oiseau rouge qui sont les fils conducteurs, très ingénieux, à travers le temps, les personnages et les récits futurs et présents. On ne sait guère quelle matérialité ils ont et pourtant ils sont indispensables, même quand il est question de tuer un innocent. Aucun doute que la suite sera nous surprendre encore une fois. La mort est omniprésente, toujours collègue de l’amour.
La suite de Bouche d’ombre est toujours aussi belle aussi bien dans le graphisme que dans l’écriture.
Il pleure dans mon cœur – Paul Verlaine
Il pleure dans mon coeur
Comme il pleut sur la ville ;
Quelle est cette langueur
Qui pénètre mon cœur ?
Ô bruit doux de la pluie
Par terre et sur les toits !
Pour un cœur qui s’ennuie,
Ô le chant de la pluie !
Il pleure sans raison
Dans ce cœur qui s’écœure.
Quoi ! nulle trahison ?…
Ce deuil est sans raison.
C’est bien la pire peine
De ne savoir pourquoi
Sans amour et sans haine
Mon cœur a tant de peine !
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