Etre une mère célibataire demande beaucoup d’énergie et d’investissement. Pour sa fille, elle est prête à tout surtout lui apprendre la révolte. C’est tout jeune qu’il faut apprendre à défendre le droit des femmes et de tous ceux qui sont discriminés par la société.

4e de couverture
La maternité est un sport de combatLe quotidien d’une mère célib’ est une course semée d’embûches. Aux côtés de La mère vénère, slalomez entre les rendez-vous, la gamine, les copines, les relous et les SUV. Du café du matin au bisou du soir, La mère vénère aborde les questions de la parentalité et de la féminité de manière crue et drôle : comment tout faire en même temps ? Comment parler d’écologie, d’égalité ou de solidarité sans tomber dans le moralisme ? Comment élever une fan de princesses quand on est féministe ? Comment faire face à la bêtise du monde sans péter les plombs ? L’autrice se moque de nos faiblesses et brocarde nos contradictions. Copine fantasmée et cathartique, la mère vénère parle fort et crie souvent, mais son regard furieux sur le monde est plein de tendresse. Le résultat ? Des scènes succulentes et vengeresses dans un album découpé en gag-strips à l’humour corrosif. Camille Besse (Si les hommes avaient leurs règles) affûte de nouveau ses crayons et rejoint le catalogue Glénat avec un sujet de Société qui fait couler beaucoup d’encre et de larmes de « joie » : la parentalité. Un regard aiguisé, un zeste d’ironie et beaucoup d’autodérision pour un résultat résolument moderne, drôle et provocateur, croqué par une caricaturiste de talent.

Mon avis
Camille Besse n’est pas à sa première publication. Dire ce qu’elle pense ne lui fait absolument pas peur. Car une certitude, c’est en ne faisant rien que rien ne change. Alors il faut prendre le taureau par les cornes et dénoncer les discriminations de tout genre. Son arme de prédilection ici : un crayon. Elle raconte comment elle éduque son enfant. C’est dès le premier âge qu’il faut déconstruire les clichés qui ont la vie dure, surtout pour les femmes. Alors elle use de son regard affûté pour toucher à la fin de l’envoie. Sa répartie et son autodérision rend les personnages plus vrais et attachants. Plus d’un gag donne envie de le prendre en photo pour l’envoyer au copine et recommander la lecture de la bd. Celles qui marquent en premier sont sur le thème des règles. Dans le métro, sur les espaces de trois places sont occupés à chaque extrémité par ces messieurs qui écartent grand leurs jambes. Donc c’est assez difficile de s’installer au milieu. Alors se déroule l’opération Womanspreading. Elle prend son téléphone et dit la chose suivante : « Salut, Copine! … Oui, j’arrive! Dis-moi, est-ce que t’as des serviettes avec toi? Ouais, j’ai mes règles. Mais alors en mode attaque de la moussaka géante, tu vois? Je patauge dans mes pampers, ça me rappelle mon post-partum! Entre les hémorroïdes et l’épisio, y avait quoi faire du boudin! Et c’est sans compter la sage-femme qui m’a fist-vaginée jusqu’au coude pour aller chercher le placenta! Et bien figure-toi qu’elle en a oublié un morceau. J’ai la chatte qui a suinté du jus de poubelle pendant trois semaines! Ha! Ha! Allez, je te laisse! » (p. 7). Grâce à ça, ces messieurs se sont recrocvillé de leur côté. Le bonus comique se fait avec la poste de la femme jambe écarté avec une tâche de sang dans l’entrejambe. Comment ne pas rire face à cette situation? Les règles restent quelque chose pour ces messieurs, alors autant exploiter leur faiblesse et leur inculture. L’incorrection sera également abordée avec ces personnes qui mettent leur musique à fond comme s’ils étaient tout seul chez eux. L’enthousiasme de sa fille devient un atout de première afin qu’elle puisse chanter à tue-tête à côté de cet important trois petits chats par exemple. Qu’est-ce que l’on aimerait faire ça nous aussi.

Le thème des règles revient plusieurs fois avec des approches différentes et percutantes. On voit une femme assise dans sa salle de bains, le visage fatiguée avec du sang sous ces femmes, une bouillotte sur le ventre qui dit à sa copine : « Sortir ce soir? Ouais, mais non. J’ai piscine. » (p. 8). Quand les anglais débarquent, ils n’arrivent pas seul. Les douleurs deviennent des complices qui peuvent très bien se faire représenter par des sportifs de hauts niveaux d’arts martiaux qui vous frappent dans le bas ventre. Impossible de ne pas voir des situations familières pour soit ou ses proches.

Un des gags le plus drôle repose sur le cliché que seuls les hommes savent jouer au foot. La petite fille va voir sa mère en pleur : « Georges il a dit que je jouais comme une fille! – Comme une fille? Tu t’es roulé par terre en hurlant pour mini bobo?
– Non.
– Alors t’as passé ton temps à parrader et te recoifffer?
– Non.
– Tu t’es vantée d’être la meilleure? T’as craché par terre 40 fois? T’as joué perso? T’as refusé de prendre un plus petit dans ton équipe? T’as blessé quelqu’un sans t’excuser? T’as insulté sa mère? T’a mis un boule?
– Non. Non. Non. Non. Non. Non. Non.
– Et ben, il a raison Georges… Tu joues comme une fille! La prochaine fois, tu lui diras merci. » (p. 70).
Cela ne nécessite aucune explication supplémentaire. Et cela devrait être une carte qui s’offre à Noël qui répète que le foot c’est un vrai sport de bonhomme.

Dans les thèmes aussi, on trouve les harceleurs de rue. Ces messieurs qui se croient si exceptionnels qu’on ne peut refuser de passer un moment avec eux. Les fameux ouinouin, qui disent que l’on ne peut plus draguer. A croire que insulter les femmes de sales putes est censé être de la séduction. Elle joue avec ces mecs trop surs de leur charme. « Besoin d’un homme, d’un vrai? » Ce à quoi, elle répond : « Un homme, un vrai, Tu vas me montrer ça… On va chez moi? C’est quoi ton petit prénom? Tu cuisines? Jete préviens… Je suis une gourmande… (…) Des tacos? C’est parfait! Ma fille va t’a-do-rer! A ce propos, accélère, on va louper la sortie de l’école! Tu peux te rendre dispo pour l’amener au judo le mercredi? Un week-end sur deux, elle est chez son père…. Ca nous laissera le temps de lui faire un petit frère.. » (p. 5). Sans grands étonnements, le damoiseau part en courant.

Un gag nous amène aussi à nous interroger sur les représentations. La petite fille joue à la poupée et dit : « Maman! Ma Barbie elle est excisée! » (p. 12). En effet, le fait de ne rien vouloir représenter pour éviter de perturber ces chères têtes blondes, on pourra y poser un autre regard. Un gag qui fait froid dans le dos.

Un personnage est récurrent dans la bd avec la voisine d’immeuble Mme Figalo, proprette sur elle. Qui n’hésite jamais à sortir des propos racistes, discriminants sur les pauvres, les féministes et sur Anne Hidalgo. Quand les fachos passeront les choses iront mieux. Ou du moins, cela sera encore pire car on aura pris la haine comme modèle de société. Quand l’enfant demande c’est quoi son pays? Quoi répondre d’autre que Le Racistan?

On voit quelques femmes grosses ce qui permet aussi d’aborder la représentativité. Un gag montre des femmes de différents gabarit à la plage. Une femme grosse passe et l’enfant dit à haute voit : « Maman, t’a vu la dame? ». La mère s’empresse de mettre la main devant la bouche de sa progéniture risquant le moment gênant. Au final, elle dit : « Son maillot de bain, il est trop beau! ». (p. 51) Comment ne pas être fière à ce moment?

Camille Besse est aussi très investie politiquement. Par conséquent, il est important aussi de protéger la planète. Impossible de ne pas faire face à des absurdités considérables. Elle explique à sa fille qu’il faut faire attention, à l’eau par exemple, que c’est un bien précieux. « Mais alors… Ca veut dire que quand on est riche, on peut gaspiller? » (p. 49). Les moyens financiers changent considérablement la donne. Les enfants peuvent très jeunes comprendre l’injustice.

Enfin, le dernier sujet que j’ai trouvé d’une grande intelligence est la contraception masculine. Cette partie peut être prise en charge par ces messieurs. Toutefois, ils ne préfèrent pas s’en occuper d’où le titre : « Contraseptique ». En effet, il existe plusieurs méthodes. Mais le mec de la copine a toujours une réponse. Pour le préservatif? « Par son énooorme engin est claustrophobe. Pour le slip chauffant/remonte-couilles? «  »Y aura jamais sa taille ». La pilule pour homme? « Tu veux que j’attrape le cancer? ». Et enfin pour la vasectomie très efficace? « Vous voulez me castrer? Féminazie ». (p. 29). La moralité revient qu’il faut peut être trouver un homme qui ne pense pas qu’à lui et son confort personnel. Surtout lorsqu’on voit que le taux de contamination du sida augmente car mettre un préservatif nuit à l’image virile d’un homme, un vrai. Etre malade et contaminé, semble faire partie de ce cliché aussi.

Bref, on pourra parler encore un moment de cette lecture qui fait du bien au moral. On rit de cette impertinence remplie d’intelligence. On rit et on réfléchit. La lecture est un outil aussi pour faire changer les choses et faire rire de l’injustice et de la haine. Une colère qui a permis de faire naître ce type d’ouvrage qui mérite d’exister. Une petite pépite intéressante à avoir dans sa bibliothèque, à partager et à offrir.

Une lecture qui change les idées et qui fait rire. Par les temps qui court cela devient assez rare et précieux comme chose. Rions intelligemment.

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