Le célèbre félin du dessinateur belge, Philippe Geluck ressort ces griffes pour proposer de nouvelles réflexions profondes sur le monde. L’œil toujours aussi vif et l’humour toujours aussi singulier, il n’épargne personne derrière son air calme et pantouflard. Mais chacun voit son chat à sa porte.

4e de couverture
En 1986, Philippe Geluck publiait le premier album du Chat, sobrement intitulé Le Chat. Nous voilà, trente ans plus tard, au tome 21, avec sous les yeux la preuve de l’incroyable vitalité de
l’auteur et de son personnage !
Le Chat est dans une forme éblouissante et nous fait rire à chaque page, même si les thématiques abordées sont parfois graves. Geluck lui-même, on le sent bien, s’émerveille de la volubilité de son héros et couche sur papier les délires métaphysiques que sa créature lui glisse à l’oreille, en un cocktail explosif et subtil.
Cela faisait sept ans que Geluck ne nous avait pas sorti un Chat en format classique de 48 pages. Entre temps, il s’était amusé à produire un livre de textes vachards, une Bible selon Le Chat, plusieurs coffrets… Et voici qu’il revient aux fondamentaux comme pour nous dire « Vous savez, j’ai fait tout ça pour m’amuser mais je suis toujours capable de produire un album classique dont vous me direz des nouvelles ! » Et les nouvelles sont plus que bonnes, l’opus 21 est fabuleux ! Merci Monsieur Geluck et merci Le Chat !

Mon avis
Le Chat n’a pas fini de dire des inepties. Après tout, n’est pas pour cela qu’on l’aime ? Il a dû décorer beaucoup de pieds de sapin et accompagné de nombreux gâteaux d’anniversaire à différentes étapes de la vie. L’impertinence éternel du Chat n’a pas ni de limite d’âge, ni de nationalité. On picore les pages en suivant les courts gags et certains nous font rire ou sourire plus que d’autres.

Est-il plus méchant qu’avant ? Non, pas du tout. Les sujets de plaisanterie et de sarcasme ne viennent jamais à manquer. Le monde est assez inspirant pour ça. Philippe Geluck a une bonne base de connaissance pour faire dire des choses absolument pas politiquement correct à son personnage. Alors on ne s’étonne pas de trouver des remarques sur la crise des migrants, la religion, l’écologie ou la place de la femme. Son éditeur français, Casterman, précise que Le Chat « n’hésite pas à traiter les sujets les plus anxiogènes avec la légèreté qui le caractérise ». Voilà, tout est dit. Notre félin dira même dans l’album : « Je suis un humaniste… qui ne se fait d’illusion sur la race humaine. ». Il attaque même le fait que l’on tue des animaux dans le monde pour faire croire à ces messieurs qu’ils auront une belle érection. « Si on arrive à faire croire à des cons que la corne de rhinocéros râpée est vraiment aphrodisiaque. Il ne devrait pas être hyper compliqué de leur faire gober que la poudre de testicules séchés de braconnier est mille fois plus efficace. » (p. 29)

Philippe Geluck va même choquer quelques lecteurs mais on sait qu’il aime ça. Son personnage rigole avec son épouse sur le suicide de ces enfants. La chute cruelle va avec la réponse de la mère : « Ils n’ont jamais très bon compris ton humour ». Si vous doutiez de l’humour noir du bédéaste avant, vous comprendrez qu’il ne faut plus en doutez après la lecture. Tout comme ces migrants qui arrivent à la nage et qui rencontrent des personnes en vacances qui se baignent. Ou un peu de dérision où le chat philosophe face à un urinoir : « La principale différence entre Jésus et moi, c’est que lui changeait l’eau en vin. Et que moi, je change le vin en pipi ».

Une rencontre étonnante et très parlante. Il faut dire que l’artiste fait parler l’immodeste personnage depuis 1983. Le temps lui a permis d’aiguiser les mots et les dessins. Ces 280 gags ne vous laisseront pas totalement indemnes. Le non-sens, l’absurde, le burlesque, les calembours, les contrepèteries…  n’ont plus de secret pour lui. Alors préparez-vous à rire jaune tout comme à vous esclaffer. Certaines phrases méritent d’être noter pour y réfléchir en d’autres occasions. « J’attends l’inattendu. Je cherche l’introuvable. J’imagine l’impensable. » (p. 26).

Une lecture qui ne marque pas dans mais qui nous à rire et à réfléchir le temps de tourner les pages.

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