
Graig Thompson propose de raconter l’exploitation du ginseng à travers son expérience personnelle. Etonnement, la petite racine pousse aux Etats-Unis pour être envoyer en Chine. Que cache cet étrange commerce?
4e de couverture
Enfants au début des années 1980, Craig, son frère Phil et sa soeur Sarah ont travaillé toutes leurs vacances dans les champs de ginseng du Wisconsin, afin d’aider leurs parents à joindre les deux bouts. De cette activité éprouvante, Craig a conservé l’amour des comics achetés avec l’argent gagné à la sueur de son front et des soucis de santé probablement causés par les pesticides massivement employés dans l’agriculture intensive. C’est en cherchant de nos jours un remède en médecine douce à ses problèmes qu’il en est venu à se pencher sur cette plante quasi miraculeuse, le ginseng. Entre documentaire et biographie familiale, le middle west et la Chine, une enquête qu’on dévore avec passion.

Mon avis
Quel plaisir de lecture de se plonger dans ce récit autour du ginseng. Une plante connue par son nom et ces vertus médicinale. Bien souvent, elle est confondue avec du gingembre. Pourtant, les deux ne se ressemblent pas vraiment. Une chose surprend dès le début car c’est dans une ville aux Etats-Unis qui est la capitale du ginseng. « Pourtant, dans les années 1980, cette petite communauté rurale du centre du Winsconsin était le premier producteur mondial du ginseng américain. » (p. 11). Le sol riche en argile donne un espace épanouissant à la racine. Surtout qu’il lui faut 4 ans pour pousser. Son entretien est très exigeant. La main d’oeuvre reste nécessaire pour enlever les mauvaises herbes qui empêchent la racine de s’épanouir. Elle reste difficile à trouver car c’est douloureux et peu payer. Par conséquent, ils font appel à la communauté Hmong et des mexicains. Eux sont prêts à accepter les pires conditions de travailler. Graig Thompson explique la présence de la communauté Hmong aux Etats-Unis. Un saut dans l’Histoire s’avère nécessaire. Impossible de penser le commerce isolé du monde. « Et les agriculteurs du Winsconsin prétendent que les sols canadiens ont un avantage déloyal, comme des athlètes sous stéroïdes. Les substances récréatives comme le tabac, bénéficient d’une réglementation plus souples que les aliments diététiques comme le ginseng. Cinquante ans après son interdiction, on trouve toujours du DDT dans les anciens champs de tabac : il dope la récolte de racines et dilue leur pureté médicinale. En 2010, 90% des producteurs du Winsconsin avaient abandonné. Seuls ceux qui pouvaient devenir aussi gros que les Canadiens ont survécu. » (p. 151).
Pour limiter leur présence au maximum, les exploitants n’hésitent pas à investir dans de nombreux produits toxiques. Graig Thompson l’évoque sans trop de profondeur. Il évoque quelques produits comme l’agent orange. Un produit déversé pendant la guerre du Vietnam et qui est radical pour tuer les insectes sur les plantations. Comment croire que cela n’aurait aucun impact sur l’humain? Il aborde assez peu le sujet. Toutefois, il évoque la possibilité que cela a un impact sur sa maladie qui touche ses mains. Dessiner devient de plus en plus difficile et douloureux. Il a fallu 4 ans pour réaliser l’album de 448 pages. Un pavé complet où l’on voit la démarche jusqu’au-boutiste du bédéaste. Il croise l’histoire du ginseng avec sa vie privée. Donc, il se met en avant avec sa famille. Impossible alors de ne pas évoquer « Blankets » qui lui a permis d’accéder à la reconnaissance dans le monde. Il débute son enquête avec ce qu’il connaît et tire un fil rouge qui enrichit sa perception du commerce internationale. Pour faire des affirmations, il enquête.
Ils rencontrent les exploitants, les consommateurs, les petites mains et pas seulement dans sa ville natale. Direction la Corée, la Chine et la Taïwan, où le ginseng joue un rôle important aussi bien au niveau de la santé que de la consommation alimentaire. Forcément, il aborde les conditions politiques de ces pays qui orientent l’exploitation. Mais sans omettre une autre vision de l’agriculture et de l’idée de qu’est-ce qu’une bonne racine. Étonnamment, les choses diffères de façon conséquente. Pourquoi n’y a t’il aucun échange de bonnes pratiques? Ce n’est dans la culture de personne. Ainsi, en Asie pendant 4 ans, le ginseng occupe le sol puis pendant 4 ans c’est le riz, puis à nouveau pendant 4 ans le ginseng et ainsi de suite. Alors qu’aux Etats-Unis, après 4 ans, le ginseng ne revient jamais et cela engendre une perte d’exploitation à long terme. Les éléments que l’on apprend ne sont pas négligeable. On se régale et on prend son temps. Car c’est riche de données et aussi riche de détails graphiques. D’autant plus, qu’il a fait le choix de la bichromie en noir/blanc et rouge. « La seule couleur que le peintre ne doit jamais mélanger avec de l’encre vermillon. Parce que le rouge est la couleur du feu, la puissance et l’élément purificateur du Ciel ou de l’Esprit qui est bien sûr pur et inaltéré. » (p. 429).Ce choix donne encore plus d’énergie de peps dans son récit. Le choix est très explicite en lien avec le thème. Le dessin est riche dans les détails aussi bien dans les paysages que les visages. Pour quelqu’un pour lequel dessiner est une souffrance, il ne laisse pas pour autant la précision. Bien au contraire. Les thématiques sont très riches avec le fanatisme religieux, l’exploitation des enfants, l’agriculture intensive, l’évolution du rapport au travail, la médecine occidental versus médecine traditionnelle… Le changement climatique revient car le père est climatoseptique malgré l’évolution du climat et l’impact sur les plantations. « C’est juste de la propagande de gauche pour museler l’industrie. Aujourd’hui on ne fabrique plus rien aux Etats-Unis. Tout vient de Chine! » (p. 75). Une richesse qui permet d’intéresser tous les lecteurs. Cela donne envie de se replonger dans ses publications.
Une lecture riche et dense autour du ginseng ainsi qu’un autre regard sur sa famille. On s’en sort enrichi et curieux d’en savoir encore plus, voir même goutter de nouveau la racine.
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