Le meurtre particulièrement horrible d’une femme, incite des policiers à trouver le coupable. Mais bien des choses se cachent derrière ce corps sans vie. Des amitiés vont éclater et la vérité restera caché.

4e de couverture
Los Angeles Police department, 1946. Dwight « Bucky » Bleichert fête son premier jour aux Mandats, le prestigieux service où revent de travailler la plupart des flics de la Cité des Anges. Il fera équipe avec Leland « Lee » Blanchard, un collègue qui comme lui a été boxeur, et qu’il a déjà affronté sur le ring. Malgré les non-dits, les deux hommes sympathisent. Il ne savent pas encore qu’ils vont enquêter ensemble sur un crime qui va à la fois les rapprocher et boulverser leur existence: la mort atroce d’une jeune femme, Elizabeth « Betty » Short, surnommée le Dahlia Noir, dont on retrouve le corps mutilé dans un terrain vague, en janvier 1947…

Mon avis
Adapter en bd le roman culte de James Ellroy est un défi. Les fans sont au rendez-vous avec des attentes de tailles. Pour avancer, il faut déjà l’accord de l’auteur et le soutien de quelqu’un d’important. Là Matz, a le soutien du réalisateur de David Fincher. Ensemble, ils s’attaquent à un texte dense et assassin par essence. Leur choix de se concentrer sur un angle narratif épuré rend l’intrigue plus lisible sans trahir son noir désir de violence et de duplicité. Tous les personnages mentent, trichent, frappent, tuent et acceptent des pots de vin. Personne ne semble vraiment se soucier du sort d’Elizabeth Short, la victime. Ce parti pris scénaristique trouve une traduction efficace en cases, avec une narration ajustée qui respecte la densité du texte original tout en imposant un rythme clair. Le dessin au fusain de Miles Hyman crée une atmosphère feutrée, jouant sur les contrastes d’ombre et de lumière qui évoque la tragédie hollywoodienne . Les traits, parfois jugés figés ou froids, participent à l’impression d’une cruauté latente, omniprésente dans l’univers d’Ellroy. On y voit une similarité avec le style de Loustal. Toutefois, les visages se ressemblent souvent, rendant l’identification des personnages parfois laborieuse, en particulier entre les deux policiers Dwight Bleichert et Lee Blanchard. Les marques sur les visages les rendent moins humains. Comme s’il s’agissait d’un choix esthétique où il est important de mettre en avant les traces pour aider à poser les bases du visage en dessin. Malgré ces bémols stylistiques, l’adaptation se révèle honorable. L’univers de Los Angeles des années 1940 est superbement restitué  avec la corruption, la misère sociale, la ville en plein essor, le racisme, la violence gratuite, tout y est décrit avec soin et précision. Le scénario ménage ses révélations, immergeant progressivement le lecteur dans l’enquête sordide jusqu’à une conclusion ouverte qui, si elle laisse certains lecteurs sur leur faim, demeure fidèle à la nature fragmentaire du roman d’origine. Les dialogues, souvent repris ou directement inspirés du texte d’Ellroy, conservent leur intensité et leur ton frontal, contribuant à donner à l’ensemble une authenticité qui contrebalance le formalisme du dessin.

C’est une adaptation exigeante et mature qui séduira les amateurs de polars sombres et atmosphériques. Elle brille par son agencement narratif précis et son ambiance oppressante, mais peut dérouter par un traitement graphique rigide et uniforme.

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