
Une chose qui déroute la raison se déroule. Hiram Lowati & Placido suivent les méfaits pour les relater dans la presse. Les choses dérapent et les hommes blancs reprennent leur quotidien.
4e de couverture
À première vue, ça ressemble à un bon vieux western tout ce qu’il y a de classique. Avec ses cow-boys, ses Indiens, son saloon et son shérif buté. Et puis, au fur et à mesure du récit, on s’interroge. Une cafetière qui entre dans un dépôt de munitions pour exhorter les fusils à se soulever contre les humains, ce n’est pas banal. Des pelles, des pioches et des lassos qui se rebellent, lassés d’être manipulés par les hommes, voilà de quoi faire sourciller le lecteur le plus blasé. Qui doit très vite se rendre à l’évidence : derrière l’apparence d’un innocent western se cache une drôle de fable fantastique. Un clin d’oeil à Edgar Poe, déroutant et enthousiasmant. Le scénario est signé David B., grand amateur de contes et légendes qui ne manque jamais d’ajouter quelques pincées de surnaturel à ses histoires. Quant au dessin, c’est un véritable festival de couleurs, un mélange de réalisme et d’humour graphique, une parfaite maîtrise des jeux de lumière. En un mot, une réussite.

Mon avis
Quand on regarde la couverture on sait que l’on va vivre une aventure des plus incroyables. Un western fantastique aves des couleurs chaudes et un trait vif nous affirme que l’univers sera atypique. Pouvait-il en être autrement dans la collection Poisson Pilote et les artistes de l’Association? Très vite, on est emporté dans ce monde cruel, sauvage et sans pitié. Le classicisme du western est mise au placard et cela fait grand bien. Ceux que l’on voit sur la couverture sont au coeur du récit. Il y a le journaliste, Hiram Lowatt ainsi que son guide indien, le taciturne Placido. Leur truc? Ils enquêtent sur d’étranges et mystérieux événements. Hop Frog n’est pas un grand chef indien comme on pourrait le croire. Mais le chef d’une révolte d’objets comme armoires, fourches, vaisselle, armes à feu… Leur boss est un pot en terre qui souhaite changer les choses. Cela est en lien avec de la magie indienne, car c’est aussi l’opportunité pour eux de prendre leur revanche sur les blancs qui volent leurs terres, les tue et viole les femmes. En plus, il ont une pratique très troublante avec l’utilisation des peaux humaines pour se faire des vêtements.
Ainsi on assiste à une lutte contre les cowboys dans l’ensemble de leur représentation quitte à se tirer dans les pattes, les indiens et les objets. Une jolie façon de dénoncer aussi bien la conquête de l’Est avec les innombrables cadavres, l’invention d’une éthique pour légitimer des massacres, l’essor des parties prenantes pour faire la loi sans omettre la sédentarisation des individus et l’essor du matérialisme. Souvenons-nous de la phrase de Lamartine : « Objets inanimés, avez-vous donc une âme ? » qui a ici tout son sens. Même les rails du chemin de fer se détachent du sol pour se joindre à la lutte. Progressivement, ils arrivent à rallier à eux les armes à feu modernes. Une bataille sans merci se met en place et dépend de la force d’une magie troublante. On se laisse porter aussi grâce aux dessins sans encrage avec des couleurs vives et lumineuses. Impossible de rester insensible à cette créativité qui chamboule et interroge. Un premier tome qui donne envie de renouer avec le western et la folie douce.
Un tome très enchanteur qui montre la force de l’imaginaire et de la créativité.
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