Mara vit difficilement son métier de guérisseuse. On lui demande de l’aide mais ce n’est pas socialement acceptable. Le curé et les bigottes veulent garder l’attention des gens sous le risque de jugement divin.

4e de couverture
Un petit village des Pyrénées, au milieu du XIXe siècle. Mara est une vieille guérisseuse célibataire, qui vend ses remèdes aux villageois et doit faire face à leur mépris. Son mode de vie rude et isolé est, en effet, mal vu par un milieu patriarchal et centré sur la famille. Un jour, elle recueille en pleine forêt Serena, jeune fuyarde muette au passé mystérieux. Mara la soigne et lui fait découvrir le métier de guérisseuse et les secrets de la montagne. Mais cette nouvelle venue n’est pas bien vue au village, d’autant plus quand une épidémie éclate, menaçant la vie des habitants et de leurs bêtes.Après une trilogie autobiographique saluée par la critique, le cador de la BD espagnole Jaime Martin replonge ici dans une fiction historique sombre et teintée de fantastique.

Mon avis
Quand on regarde la couverture, on ne sait pas vraiment l’histoire qui va nous être proposé. Puis une fois que l’on commence le récit, on a tous les éléments et on comprend également le choix des couleurs. Les guérisseuses restent un sujet peu présent dans le 9e art. Il devrait être plus présent car les albums abordant les femmes dans l’Histoire se répandent, pour l’instant. Les femmes possédaient un savoir des plantes pour soigner. Les hommes ont décidé de s’approprier la connaissance des corps des femmes et de la contrôler. Celles qui allaient à leur encontre, on les accuse de sorcellerie ou autres fadaises et finissent par mourir assassiner. Une histoire bon sombre qui souligne la main-mise du patriarcat et d’autres choses bien sombres.

Alors on remonte dans le temps, direction le 19e dans les Pyrénées. Mara est une vieille guérisseuse et elle fait de son mieux. Elle vit en marge du village et possède une vision d’avenir. Un gars du village veut acheter sa maison pour devenir autonome avec ses chèvres. Il a la rancoeur tenace et contribue à lui donner une mauvaise image. Les femmes n’hésitent à véhiculer des cancans comme seule moyen de faire du lien en société. Elles critiquent toutes. L’hypocrisie est de mise puisqu’elles ont toute fait appel à elle pour diverses choses comme l’avortement. Elles rêvent toutes de partir de cette zone pour avoir une vie meilleurs, plus libre, plus d’espoir et pas forcément avec un homme qui a tout les droits sur elle. A cela se rajoute une omniprésence de la religion avec un curé intégriste et des paroles valorisant l’intolérance. Rien de tel pour rendre les gens mauvais, méfiants et discriminants. L’arrivée de l’école publique pour tous, nuit à ce prêtre qui va prendre de son pouvoir et de sa main mise. On voit une vieille avec une croix qui juge une femme car elle est rousse, belle et jeune. Sa foi lui permet alors d’être une mauvaise langue et de générer des conflits. La toile de fond est posé surtout que l’on peut rajouter à cela la misère, la pauvreté et la distance sociale entre riche et pauvre. « Quand les femmes renient le mariage, les enfants et la famille, elles renient les enseignements de Dieu. C’est là le fruit de la société moderne : la sécularisation. Chasser Dieu comme s’il n’existait pas, comme si nous ne dépendions pas de lui et que nous n’avions pas besoin de lui pour fonder une famille et régir notre vie. Suivant ce plan diabolique, on voit proliférer en ville des écoles sans Dieu. Et s’il s’en ouvre aussi dans certains villages du diocèse! Méfiez-vous de ceux qui viennent de ces endroits impies. Ils murmureront aux oreilles des naïfs afin de jeter un sombre manteau sur nos valeurs éternelles, essayant des nous noyer dans une mer de ténèbres. Comme le dit si bien notre très cher Berger Fèlix Sardà (représentant de l’intégrisme catholique de l’époque) : l’école laïque, c’est le démon ». » (p. 53).

Mara ne veut pas vendre sa maison et qu’elle devienne un lieu pour les femmes comme elle. Les trementinaires ayant un mode de vie particulier sont rejetées et jalousées. « Trementinaires : femmes originaires des Pyrénées catalanes qui, au cours du XIXe siècle, cueillaient des herbes pour l’élaboration de remèdes qu’elles commercialisaient à travers les villages de Catalogne, parcourant les routes à pied. » (p. 13). Ainsi elles auraient un lieu de transition, de repos et pour laisser aussi les enfants le temps de faire leur tournée. Un objectif très honorable qu’elle doit mener en secret. La sororité se construit en solidarité. Il est difficile d’avoir accès au droit et à la justice quand on est une femme. « J’ai consulté un avocat. Tu es ce qu’ils appellent une « épouse de disparu », tu as donc les mêmes droits qu’une veuve. En plus tu as les pleins droits sur la propriété puisqu’elle appartenait à tes parents. Mon mari a signé l’accord pour que je sois ton exécutrice testamentaire. » (p. 27). Mais les choses ne se déroulent pas comme prévu.

Un personnage surnommé Serena va bousculer le fragile équilibre de la vie de Mara, déjà âgée, ces amies et le village. Elle trouve refuge dans cette maison isolée et ne dévoile rien d’elle. On ignore son nom, ce qu’elle veut et où elle va. Est-elle la mort? Les loups l’écoutent, la poursuivent et l’écoutent. Qui est-elle vraiment? A t’elle changer de statut car elle a tué son enfant qui avait la rage? Les loups transmettent la rage. Pourquoi sèment-ils la mort sur le chemin? Pourquoi cela doit-il rester si secret? Il y a beaucoup de mystère et de choses étranges qui ne sont pas expliqués. On reste sur notre faim. Elle ne fait pas grand chose pour celle qui l’aide au détriment de sa vie. Il manque un petit quelque chose. Heureusement que l’on nous dit qu’elle est sublime. Jaime Martin réalise des traits très marqués avec un crayon noir. Tous les visages sont très durs. Ainsi les personnages ne sont pas très attachants, malgré un travail psychologique sur Mara. Par contre, le choix des couleurs avec des nuances de mauve, bleu et rose apportent beaucoup au récit. Le choix des teintes se rapportent à l’univers féministe. Cela fait écho à ces parcours de femmes qui sont difficiles avec peu de perspectives épanouissantes. Elles doivent servir leur mari et écouter leurs ordres. Quel autre choix pour elle?

Une histoire qui manque un peu d’épaisseur et qui a pourtant une grande richesse sur l’absence de droit des femmes.

2 réponses à « Un sombre manteau – Jaime Martin »

  1. Avatar de belette2911

    Je voulais le lire, puis, j’ai oublié de l’emprunter à la biblio, je vais essayer de ne plus oublier. 😉

    1. Avatar de noctenbule

      je pense que le dessin devrait te plaire.

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