Une fois que l’on commence à faire de l’alpinisme, c’est pour la vie qu’on est lié à la montagne. Jean-Yves Rochette propose un récit autobiographique entre passion et révélation. On nous montre la beauté de la nature face à la vulnérabilité de l’homme.

4e de couverture
De Grenoble à la Bérarde en mobylette. Des rappels tirés sur la façade du Lycée Champollion. Avec l’exaltation pure qui tape aux tempes, quand on bivouaque suspendu sous le ciel criblé d’étoiles, où qu’à seize ans à peine on se lance dans des grandes voies. La Dibona, le pilier Frendo, le Coup de Sabre, la Pierre Alain à la Meije, la Rébuffat au Pavé : le Massif des Ecrins tout entier offert comme une terre d’aventure, un royaume, un champ de bataille parfois. Car la montagne réclame aussi son dû et la mort rôde dans les couloirs glacés.
Récit initiatique d’un gamin qui se rêvait guide et qui devient dessinateur, Ailefroide est tout à la fois une célébration de l’alpinisme, une déclaration d’amour à la haute montagne et une leçon de vie.

Mon avis
Jean-Yves Rochette livre une partie de sa vie. Quand il est jeune, innocent, téméraire, la montagne était un défi de taille. Grâce à son ami Sempé, il découvre l’alpinisme et y prend vraiment goût en relevant sans cesse des défis de plus en plus important et risquer. Mais il se croit immortel. Les bons moments s’accumulent jusqu’au jour où la mort est devenue plus concrète. Le rêve de guide disparaît lors d’une chute avec un ami qui aurait pu être fatale pour les deux. Cela ne le refroidit pas pour autant. La vigilance est au rendez-vous jusqu’au moment où seul dans la montagne, il se prend une pierre en pleine face. Puis d’autres aventures l’amènent à avoir une seule conclusion, son avenir se fait dans le dessin. Progressivement, il se fait se place au début grâce à un cochon vulgaire. « Le transperceneige » l’a inscrit comme bédéaste. Parfois la montagne se rappelle à lui et un bol d’air fait du bien.

L’ensemble des personnages sont tous attachants avec une vraie personnalité. Dans cette bd, il parle avec une tendresse sincère de ces amis dont certains qu’il a perdu dans la montagne. Les relations qu’il noue sont fortes, bienveillantes et dans la confiance. Grâce à ça, les pages se tournent simplement. D’autant plus que l’on est immergé dans des paysages splendides à s’en donner le vertige. On retrouve le trait épais et dense qui rend les faits plus vivants. Et une palette de couleurs très limitée avec principalement du bleu, rouge et du blanc. C’est largement suffisant. Les autres couleurs apparaissent à des moments précis comme la reproduction d’une oeuvre de Soutine.

La partie qui évoque les manifestations contre le nucléaire est assez étonnant. Cela montre d’une part, qu’il y a toujours eu des mouvements citoyens surtout quand il est question du nucléaire. Et d’autre part, cela illustre les convictions environnementales du bédéaste, qui agit concrètement. D’ailleurs, cela se verra dans « La dernière reine » ou « Le loup ». Le discours est investi : « La décision de construire la centrale de Creys-Malville, un sur-générateur nucléaire également connu sous l’humble sobriquet de Superphénix, a été prise par le gouvernement français en 1974, dans le plus grand secret et sans le moindre débat à l’assemblée nationale. Dès le début du chantier en 1976, les habitants des Alpes et des alentours ainsi que la plupart des associations écologistes d’Europe s’y opposent. Le 31 juillet 1977, un an après les premières manifestations pacifiques, une grande marche est organisée, malgré les menaces du préfet René Jannin, qui annonce lors d’une conférence de presse qu’il n’hésitera pas à faire ouvrir le feu sur les contestataires. J’étais parmi ceux-là avec mes copains du casse-noix… Et avec 90 000 autres personnes venues de France, de Suisse, d’Allemagne et d’Italie. Nous sommes accueillis par 5 000 C.R.S., gendarmes et gardes mobiles armés jusqu’aux dents, ainsi que par un régiment de gendarmes parachutistes et par des membres des brigades antiémeutes. Une petite armée soutenue par des hélicoptères, des véhicules amphibies et même des points mobiles. On dirait la légion romaine. Pendant un moment, rien ne se passe, nous prenons position face aux forces de l’ordre, tandis que des milliers de manifestants continuent d’affluer. On ne le saura que plus tard, mais ce qui a tout déclenché, c’est la gaffe d’un gendarme mobile, qui s’est fait exploser la main avec une grenade. Mouvement de panique chez les flics, qui se croient attaqués. Les manifestants se sentent en danger et répliquent. Certains ont pris au sérieux les menaces du préfet et sont équipés en conséquence. Mais la plupart sont venus les mains vides et se défendent avec des jets de cailloux et de bouteilles de bière. Des cailloux et des bouteilles contre des matraques, des fusils et des grenades offensives. » (pp. 264-266). Au final, beaucoup de blessées, un mort et le projet se fait. « Superphénix a été mise en service en 1984. Le coût de construction de la centrale était prévu à 4 milliards de France, elle en a coûté 26. Elle a multiplié les pannes et les incidents. Treize ans plus tard, elle était définitivement arrêtée. A cette date, elle avait coûté l’équivalent de 12 milliards d’euros, auxquels il a fallu ajouter au moins 2,5 milliards pour le démantèlement. Un démantèlement toujours en cours vingt ans plus tard. Durant sa période d’activité, elle aurait dû produire 120 TWH. Elle en a produit 8. » (p. 270). Tous les projets n’en valent pas la peine. Mais une autre centrale a été construite plus loin. La nature et l’Homme cohabitent avec son lot de danger. Une lecture qui nous fait rencontrer autant l’homme que l’artiste que la montagne.

Une bd où l’intime rencontre l’Histoire et l’alpinisme.

2 réponses à « Ailefroide – Altitude 3 954 – Jean-Yves Rochette et Olivier Bocquet »

  1. Avatar de belette2911

    Pas encore lu, mais je l’ai croisé à la biblio…

    1. Avatar de noctenbule

      Tu vas lire toutes les bd de M. Rochette?

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