
La situation est dramatique pour les agriculteurs du Dust Bow. La poussière n’arrête pas de tout détruire sur son passage. L’Etat doit agir pour trouver des solutions et sensibiliser les citoyens.
4e de couverture
Etats-Unis, 1937. John Clark, un photoreporter de 22 ans, est engagé par la Farm Security Administration, un organisme gouvernemental chargé d’aider les fermiers victimes de la Grande Dépression. Sa mission : témoigner, grâce à la puissance d’évocation de la photographie, de la situation dramatique des agriculteurs du Dust Bowl. Située à cheval sur l’Oklahoma, le Kansas et le Texas, cette région est frappée par la sécheresse et par des tempêtes de sable spectaculaires qui plongent les habitants dans la misère, poussant bon nombre d’entre eux à migrer vers la Californie.
Mais au fil du temps, John comprend que, pour accomplir sa tâche, il devra surmonter un obstacle bien plus grand qu’un climat hostile…

Mon avis
Dans l’Histoire des Etats-Unis, le Dust Bow dans les années 30 fait écho à la Grande Dépression. Les deux évènements se déroulent en parallèle et le pays sombre. Entre le crack boursier et des terres agricoles stériles, il faut réagir. La Farm Security Administration documente toute cette misère qui se déploie. Elle envoie sur les territoires concernés des photographes pour rendre compte de la réalité et de la montrer aux Américains. « De nombreux photographes de renom font leurs premières armes dans le cadre du programme de la FSA, tels que : Arthur Rothstein, Ben Shahn, Dorothea Lange, Walker Evans, Russell Lee, Marion Post Wolcott, Jack Delano, John Vachon et Gordon Parks » (p. 280). Tout ça, est véridique.
Pour mieux découvrir ces paysans en souffrance, Aimée de Jongh invente John Clark, photoreporter de 22 ans. Il porte le même prénom et nom que son père, photographe, alcoolique et violent. Une identité très lourde à porter et dont il mettra du temps à se séparer. Pour sa commande, il trouve les images qu’on lui demande de prendre. Une approche qui le dérange car il doit mettre en scène certaine chose pour les rendre plus dramatique. A force d’être en contact avec la population, le drame suffit à lui même. Progressivement, le cadre imposé lui pèse. Quand la mort lui fait face, c’est le signe qu’il peut changer les choses. Il laisse tout derrière lui et prend un nouveau départ. Cette approche de la triche est abordée aussi. « En 1936, la FSA fait circuler auprès des journaux locaux une série de photos que Rothstein consacre à la sécheresse dans l’image d’un crâne de boeuf sur une étendue de terre craquelée. Mais la rédaction d’un de ces journaux, la Fargo Forum, découvre que le même crâne se retrouve sur d’autres photos de Rothstein, chaque fois dans un environnement différent, comme un accessoire de cinéma. On accuse alors la FSA de propagande, et de manipuler l’information dans son propre intérêt. Rothstein aura beau affirmer que son intention n’était pas de dramatiser la réalité, cette controverse jettera un voile sur le reste de sa carrière. » (p. 282). On apprend que même les célèbres photos de Dorothea Lange a placé les gens pour un rendu optimal de ses photos.
L’histoire est vraiment très intéressante et permet aux lecteurs de vraiment de donner l’ampleur de l’évènement. Tout un territoire est touché par l’extrême pauvreté à cause de condition météorologique catastrophique. Dans la postface, la bédéaste nous donne des explications avec des photos d’époque. On voit à quelle point la fiction est proche de la réalité. « Dans les années qui ont suivi, de plus en plus de fermiers se sont installés. Leur bétail a brouté toute l’herbe, jusqu’au dernier brin. Et ils ont labouré la terre de long en large. Si seulement ils avaient su ce que nous savons… Vous voyez, c’est l’herbe qui donnait sa cohésion à la terre. Une fois que l’herbe a été retirée, la couche supérieure de la terre a commencé à s’éparpiller dans l’air au moindre au coup de vent. La poussière et le sable se sont mis à former d’épais nuages noirs. C’est ainsi que le dust bowl est né. On ne peut pas tout mettre sur le dos des fermiers. C’est à cause de la sécheresse et de la chaleur que les tempêtes de poussière ont persisté. Mais c’est une région qui a toujours été connue pour ses périodes sèches et ses canicules. Et pourtant, on n’y avait encore jamais connu ce genre de tempêtes dévastatrices. » (p. 199).
Une bd très bien construite qui nous immerge dans une situation catastrophique qui peut à nouveau se produire. L’Homme face à la nature a peu de chance sur le long terme.
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