Mediator – Un crime chimiquement pur – Eric Giacometti, Irène Frachon,  François Duprat et Paul Bona

On a tous entendu parlé du scandale du Médiator. Mais nous ne maîtrisons pas vraiment comment s’en ait venu à l’oreille du quidam. La bd retrace toutes les étapes pour arriver enfin à nous.

4e de couverture
En 2007, au CHU de Brest, de nombreux cas d’atteintes cardiaques inexpliquées attirent l’attention de la pneumologue Irène Frachon. Ses recherches mettent en cause le Mediator, coupe-faim des laboratoires Servier, dont le principe actif avait conduit au retrait de l’Isoméride en 1997. Celui du Mediator sera effectif en 2009. Depuis, elle poursuit son combat pour l’indemnisation des milliers de victimes.

Mon avis
Servier avait pris cher avec le Médiator. Du moins, c’était ce que l’on croyait. En lisant la bd, on voit que l’impact pour le groupe pharmaceutique est presque inexistant. Quand on a de l’argent on peut se permettre d’acheter tout le monde et surtout les politiques. Ils ont toujours en campagne et pour réussir il faut de l’argent. On sait bien qu’il ne faut pas mordre la main qui vous nourrit. Les scénaristes le soulignent avec l’ascension de Nicolas Sarkozy qui remerciera comme il le faut, son brave financeur. Toutes les récompenses, tout Président de la république confondu lui donneront les honneurs. Et puis, il ne faut pas oublier qu’une fois qu’un président, ministre, député, conseiller à l’Elysée n’a plus sa fonction, ils trouvent toujours où se recaser. Un carnet d’adresse s’a se paie et l’éthique, ce n’est qu’un terme philosophique. Tant que l’argent coule, c’est le capital. Des gens pauvres meurent à cause de médicaments, cela n’a aucune importance. Les gens riches peuvent se soigner et avoir des médicaments sans polémique. Deux mondes et une morale très ultra-libéraliste où les riches sauvent le monde. Il est acceptable d’avoir des distinctions.

L’autre aspect très bien développé est la méthodologie pour signaler un danger pour un médicament. Heureusement qu’il existe encore des médecins professionnels et qui se battent bec et ongle pour leurs patients. Et surtout qui arrivent à résister à toutes les pressions très fortes comme être viré de son boulot. Personne ne veut perdre le soutien du deuxième groupe pharmaceutique. Impossible de ne pas être choquer de part en part de l’album quand on sait que tout est vrai. La cerise sur le gâteau c’est quand même les politiques sont inculpés de traffic d’influence, tomperie aggravée ou d’homicide involontaire avec des preuves, ils s’en sortent indemnes. Comment ne pas croire à une justice à deux vitesses? à croire que certains peuvent se payer une impunité? Comment aussi faire confiance à son médecin qui est charmé par les vendeuses en jupette qui font appel aux fantasmes dégueulasses de ces messieurs adeptes du porno gratuit. Tout révolte. Faut-il demander à son médecin s’il lit « Prescrire », le seule magazine non financé par des fabricants de médicaments? S’il se forme? S’il s’informe?

Le fait d’adapter le scandale qui a été édité en presse en spectacle, en film puis en bd est d’une grande audace. Il ne faut pas que cela s’oublie et qu’il faut être toujours en vigilance. La confiance elle se paie avec ce que vous gagner et votre statut social. La bd apporte aussi un autre regard, d’apporter une autre critique. Par exemple, ici Hippocrate intervient régulièrement pour donner des éclairages techniques. Il y a beaucoup de pédagogie et de vulgarisation afin que l’on puisse comprendre les subtilités scientifiques. Le plus est que les sources sont citées progressivement et mises à la fin. Il faut prendre le temps de lire pour s’immerger dans ce scandale sanitaire très lourd de sens et de colère.

Une bande dessinée forte et impactante pour que l’on n’oublie pas la force de l’argent et de la corruption. La santé des citoyens sans moyen n’a pas d’importance.

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