Nos mondes perdus – Marion Montaigne

Le monde n’a pas commencé avec l’écriture d’un livre religieux. Au bout d’un moment, il devenait impossible de nier la réalité des dinosaures. A partir de là, on a commencé à écrire l’Histoire.

4e de couverture
1993, sortie en salles de « Jurassic Park » et traumatisme total pour la jeune Marion Montaigne, alors âgée de 13 ans. De cette fascination pour ces terribles reptiles d’un âge oublié va naître une obsession pour les fossiles, la science en général et le dessin anatomique… ainsi que quelques angoisses existentielles.
Alors pour exorciser ses démons, rien de tel que la méthode Montaigne : recherches à fond dans les livres et les musées, humour décapant et interrogations bien senties. Une plongée dans la paléontologie, l’histoire des sciences et finalement, l’histoire de l’Histoire.

Mon avis
Marion Montaigne a toujours aimé les sciences et les choses un peu horrible. Elle n’a pas reçu le soutien voulu par sa famille et en a gardé une petite rancoeur. Toutefois, elle a pu tracé son petit bonhomme de chemin avec la bande dessinée et la vulgarisation. Après le professeur Moustache, la vie des riches, Thomas Pesquet… elle s’attaque à nos chers amis les dinosaures. Si on avait un doute, la couverture pose tout de suite le cadre avec bien entendu humour et dérision, la signature de la bédéaste.

Après quelques tergiversations personnelles, elle entre progressivement dans le sujet qui a fait très très longtemps polémique. La religion catholique s’impose sur une partie du territoire européen et pour affirmer son pouvoir elle doit tout maîtriser. Alors il y a dieu et les humains sur la Terre qui vaut pour un ordre absolu. Seulement, des scientifiques même du dimanche se rendent compte qu’il y a des incohérences sur la datation de la Terre et sur la place de la planète dans l’univers. Au bout d’un moment, il n’était plus trop possible de tuer tous les mécréants qui osaient dire le contraire. L’obscurantisme a aussi ces limites et à moment les limites de l’oppression sont atteintes.

« – Ussher, avant de ne jamais faire de la musique, s’était dit qu’on pouvait calculer l’âge de la Terre à partir des informations de la bible… – Suffit de prendre la généalogie d’Abraham! Sachant qu’il a eu 99 ans (et sa femme à 90, c’est ça les miracles : des accouchements au meilleur moment pour le périnée…) et qu’Isaac meurt vers 180 ans… – Et il trouva une date étonnamment précise… – D’après mes calculs, le monde a été créé le 23 octobre 4004 avant J.-C.! – Trop précise. – Vers 9h00 du soir! (…) Mais comme ils n’avaient pas les moyens techniques de l’expérimenter… et qu’ils risquaient un procès pour « apologie de l’athéïsme ». » (p. 25). C’est très tendu et risquer de proposer une autre approche. Certains le font et avec des preuves qui peuvent être discuté. On découvre la vie de Buffon et de Cuvier, des grands noms encore évoqués de nos jours. Buffon avait déjà une théorie. « J’ai r’fait mes calculs! La Terre a 70 millions d’années! En fait! J’l’ai pas dit pour pas que l’église elle me fasse chii. » (p. 58).

Ces chercheurs en quête surtout de renommé donne des noms en latin assez simpliste. « Y a celle du haut, plate comme une tong bien usée. C’est une molaire de « mammouth ». Rien à voir avec la seconde, qui ressemble à des nénés (si si) que j’ai donc appelée « Mastodonte » (dent-mammelon). » (p. 63). On peut dire qu’entre dire ce que l’on voit en latin et faire des similitudes avec des parties intimes, ils ne vont pas chercher bien loin. Ce qui est assez amusant sur la présentation des découvertes, restent que la plupart sont faites par des femmes, inconnues que l’on paie des miettes. Même quand quelques unes se forment, elles n’arrivent pas à percer dans le monde des paléontologues. Tout reste dans le monde des hommes, par des hommes et pour des hommes. La bédéaste les met en avant car elles font partis intégrante de la spécialité. Souvent oubliées et pourtant bien présentes. Le féminisme ça sert aussi à lutter contre l’effet Mathilda.

On voit grandement l’évolution entre ce n’est pas possible à oui c’est possible mais à quoi ressemblaient-ils. Les luttes ont duré et face à l’évidence certains ont du céder et même réinventer des histoires. Il ne faut pas perdre la face. Puis les techniques évoluent et le cinéma prend de l’ampleur. Entre « Jurassik Park » et « Denver, le dernier des dinosaures », l’imaginaire des français est peuplé de ces bestioles qui ont aussi leur place au musée. Tous les publics sont touchés. Marion Montaigne fait un peu l’impasse entre la découverte des os et le cinéma. On ne pouvait pas non plus rajouter 200 pages. Le lien se fait et se lit avec satisfaction.

Elle joue avec aisance et savoir faire sur les contresens et les anachronismes. Par conséquent rien de surprenant de trouver une blague sur le réchauffement climatique en p. 51. « Ah, et j’ai peur du réchauffement climatique! Dois-je m’arrêter de voyager au quatre coins du monde pour entretenir mon compte d’influenceuse bikini? ». Tout est occasion à rire, à s’amuser et détendre l’atmosphère. Une façon de faire qui prouve qu’elle cultive l’espiéglerie. Un don qui n’est pas donné à tout le monde. Grâce à ça, on passe un bon temps de lecture où l’on rit intelligemment, le plus souvent. On garde le sourire et on en redemande. Merci Marion Montaigne.

Quand l’impertinence est au service de la vulgarisation scientifique et que l’on apprend autant que l’on rit, on dit merci Marion.

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