Des maux à dire – Bea Lema

Il n’est pas facile de grandir avec des parents singuliers. Béa fait de son mieux avec sa mère qui a des troubles mentaux. Mais elle fait de son mieux pour garder espoir.

4e de couverture
Maman, raconte-moi une histoire…
L’enfance est le règne de l’imagination… Mais pas toujours un conte de fées. Pour Vera, malgré les monstres et les sorcières sortis tout droit de la tête de sa mère, atteinte de démona, le happy end tarde à venir. Elle se souvient…
Les visites chez la chaman, pour l’exorciser d’un mystérieux mal qui aurait pris possession d’elle ; sa mère clouée au lit plusieurs jours d’affilée, prétendant qu’un démon la harcèle en tambourinant sur ses nerfs ; le silence imposé à la maison, les jours suivants, pour ne pas réveiller le monstre ; les rendez-vous chez le psychiatre, au cours desquels le diagnostic se dessine, année après année…
Et puis, face à cette mère abusive, suspicieuse et paranoïaque, traumatisée par son propre père et qui a perdu foi en les hommes, un mari dépassé qui s’efface du foyer à mesure que la maladie mentale de sa femme s’installe.

Mon avis
Quand on voit la couverture, le premier élément qui saute aux yeux, c’est la broderie. C’est une image brodé scanné qui apparaît et non un dessin numérique. On s’attarde sur différents points pour les feuilles, les fleurs et les points. En plus, quand on ouvre la bd, on voit le derrière de la toile. C’est assez ingénieux. Le tissus est une page blanche qui ne demande qu’à raconter une histoire. Après, on fait plus attention à ce que l’on veut nous montrer. On voit une femme pieuse recevoir une pilule médicamenteuse. Il y a un lien entre fervente religieuse et folie. En commençant la bd, le lien devient plus concret et réel.

Une femme commence à perdre les pédales. Une façon d’être qui effraie aussi bien son mari que ses enfants. C’est la plue jeune qui s’aperçoit des problèmes avec sa maman. Ces histoires deviennent de plus en plus loufoques. Un démon la harcèle, il faut du silence pour éviter le mal qui loge chez le voisin ou son fils est un drogué qu’il faut aider. Tout cela ne repose sur rien de très rationnel. Les médecins lui prescrivent des médicaments qu’elle refuse de prendre. A la place, elle tente les témoins de Jéhovah, d’autres pratiques religieuses comme l’exorcisme… A un moment, il n’y a pas d’autres choix que l’internement. Une fois stabilisée, elle revient à la maison. Sa santé mentale repose uniquement sur sa fille, Véra, qui est adulte dorénavant. Cela arrange bien le frère et le père qui se délestent de ce poids assez lourd à gérer. Malheureusement, la folie reste toujours présente et mène à la mort.

Bea Lema propose un récit très riche et dense en émotions. Comment grandir avec une mère folle? Comment l’aider quand on ne comprend pas tout? Comment accepter que l’on est jamais totalement soigné? Comment se construire quand la base de vie est branlante? On tente d’avancer tant bien que se peut. Progressivement, la bédéaste propose aussi de comprendre le comment du pourquoi. La mère était une belle jeune femme. La société a cette époque était tellement dans le jugement de l’autre et toujours dans la négativité. Par conséquent, elle risquait d’attirer des garçons et tomber enceinte. Elle serait responsable de ce qui pourrait lui arriver. Les pauvres pervers vicieux ils ne cèdent qu’à leurs hormones. Alors on l’a sépare des autres enfants et adultes. Et surtout on l’abreuve de religion dans sa vision extrémiste, discriminante, excluante et culpabilisante. On se demande même s’il n’y aurait pas des attouchements sexuels de la part du paternel. Avec un tel cadre, impossible de vivre en adéquation en société.

Le style enfantin qui mélange broderie et feutre, rend l’histoire plus légère face à la souffrance qui se sent. On voit le style comme si c’était en référence au personnage centrale, Vera, la petite fille. Néanmoins, les choses sont assez précises et détaillés. Rien n’est gratuit pour faire du remplissage. On sent le travail très réfléchit. C’est surement pour ça qu’elle a reçu le prix Fauve Prix du Public France Télévisions à Angoulême en 2024. La broderie/couture est aussi un lien qui se transmet en famille. La bédéaste n’a t’elle pas abordé un sujet plus personne qu’il n’en paraît? Elle retranscrit mémoire, espoir et tradition. Il faut essayer de ne reproduire les traumatismes d’avant pour avancer et être heureux.

Une bande dessinée atypique, touchante et originale que l’on ne risque pas d’oublier tout de suite. Amour et folie, font rarement bon ménage.

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