Lebensborn – Isabelle Maroger

Le contrôle des naissances n’est jamais une chose anodine. Elle raisonne avec la prise de pouvoir par l’Etat sur le corps des femmes, de la liberté et d’autres choses encore. Faut-il alors s’étonner d’une sélection de femmes pour donner à bons aryiens ?

4e de couverture
Un matin qu’elle se promène avec son fils, bébé, Isabelle Maroger se fait interpeller par une femme qui la complimente pour ce bel enfant blond aux yeux bleus et ajoute « ça devient rare comme race »…
Un choc pour Isabelle, qui réalise qu’il est temps pour elle de raconter son histoire. Car si elle est, elle aussi, grande, blonde et aux yeux bleus, c’est parce qu’elle est à moitié norvégienne. Sa mère est née, pendant la guerre, dans un Lebensborn, ces maternités mises en place par les nazis pour produire à la chaîne de bons petits aryens.

Mon avis
Isabelle Maroger a très bien choisi le nom de son album. Au moins, on sait tout de suite de quoi va parler sa bd. Le dessin proposé donne plus d’information sur ces femmes qui ont du abandonner leurs enfants. Une histoire assez sensible qui a été pendant très longtemps restée secrète et tabou. Le plus touchant est que la bédéaste raconte ce sombre récit du passé à travers un témoignage personnel, celui de sa mère.

Certaines personnes l’ignorent, mais le système nazi est obsédée par la peau blanche, les yeux blonds et la blondeur. Pour y arriver, ils s’installent dans des pays ayant ces caractéristiques physiques. « Majoritairement situées en Norvège entre 1942 et 1945. Mais aussi en Allemagne, au Danemark… Et en nombre plus réduit en Belgique, aux Pays-Bas et même en France! Entre 15 000 et 20 000 enfants seraient nés dans ces pouponnières. » (p. 29). Ils ouvrent des maternités avec en bonus, des jeunes soldats allemands avec du spermatozoïdes à revendre. Ils doivent user de leurs charmes lors de bals pour séduire ces jeunes demoiselles vierges. Sans grande surprise, elles tombent enceintes. Pour éviter une forme de honte sociale d’être avec un allemand, beaucoup d’enfants sont laissés dans les pouponnières où les pères les reconnaissent. L’objectif final? Emmener ces bébés dans des familles allemandes pour être élevé dans le culte nazi.

La mère d’Isabelle Maroger fait partie de ces bébés et son histoire est tout autre. Une fois adulte et trois fois mères, elle décide de partir en quête de ces origines. Le chemin est rempli de surprises plus au moins belles. On s’attache à cette famille atypique qui doit apprendre à créer des liens sur une histoire assez sensible et connotée. Parfois, une attache familiale se développe aussitôt. Soudainement sur l’arbre généalogique se rajoute des branches. Quand les frères et demi-soeurs se rencontrent en rajoutant les cousins, de nouvelles aventures se préparent et sur du long terme. Il n’est jamais trop tard pour construire l’histoire de sa famille et de son identité. Ici tout se termine bien ce qui n’était pas le cas pour la plupart de ces bébés. Quelques uns ont ignorés leur passé et d’autres ont subi de lourdes humiliations. Une tactique politique employée dans de nombreux pays qui a toujours cours dans les dictatures. La douceur du dessin, tout arrondi permet d’offrir une vision plus apaisé avec des touches de couleurs chaudes. Pour conclure pour ceux qui veulent aller plus loin sur ces pouponnières, il y a des sources.

Une bd touchante et pleine d’humanité derrière l’horreur du pouvoir ainsi que de la domination.

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